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  • Paul KABUDOGO RUGABA

Attaque de Mikenge : Les MAI-MAI caressés dans le sens du poil par l’exécutif provincial


« Ne pas nommer les choses, c'est nier leur existence. Mais mal nommer les choses, jugeait Albert Camus, c'est ajouter au malheur du monde ».


C’est une de rares attaques qui ont fait bondir le gouverneur de la province du Sud-Kivu, Mr. Théo Kasi Ngwabidje; celle du 14 novembre 2021 à Mikenge, territoire de Mwenga, Sud-Kivu. Le message de condamnation y relatif aurait pu être intéressant du fait qu'il abordait la question sécuritaire, mais la stigmatisante manière avec laquelle il a été formulé est malheureusement dommageable pour une partie des administrés, les Banyamulenge qui continuent de payer le plus lourd tribut (humain et matériel) et dont plus de 95% de leurs membres sont en situation de déplacement ou d'exil forcés à la suite des centaines d’attaques par les MAI-MAI et leurs alliés étrangers et pour lesquelles attaques le gouverneur Théo Ngwabidje s’est toujours montré paralysé par une timidité complice.

Sachant bien que les attaques du 14 novembre contre le village de Mikenge étaient plutôt un règlement des comptes entre membres des groupes MAI-MAI qui s'entredévoraient puisqu'une partie d'eux avait affiché les velléités de s’emparer, au détriment de l’autre, de tout l’argent issu du recel des vaches razziées au soir du 07/11/2021 (aux familles banyamulenge du camp de déplacés de Mikenge), la réaction spontanée du gouverneur de province est perçue comme un acte volontaire visant à semer la confusion et consistant à faire porter aux Twirwaneho la responsabilité des crimes dont les MAI-MAI se rendent constamment coupables. Et ce, pour la grande joie et le bonheur de tireurs des ficelles sur la crise des Hauts-Plateaux.

Ce devrait être ainsi le geste le plus percutant de l'autorité provinciale au complot contre la communauté Banyamulenge, si bien que ce qui n'était jusque-là que sujet à caution a été confirmé ; notamment le fait que l’exécutif provincial et le commandement de l’opération Sokola 2 FARDC fassent bloc derrière les MAI-MAI et applaudissent dans l’ombre les multiples éruptions de violences dont ils sont responsables.

Il n’est donc pas anodin que ceux qui n'ont pas bronché face aux scènes apocalyptiques de Rurambo et Bibokoboko (pour ne citer que les plus récentes) et qui permettent la complicité de vol et le partage de la fortune mal acquise suite à la vente, dans les marchés publics des centaines des milliers de vaches razziées, s’acharnent contre des prétendus auteurs d’une attaque pour laquelle la responsabilité n’est nullement établie par une quelconque enquête.

En effet, faisant l'objet d'interprétations largement préjudiciables pour les membres de la communauté Banyamulenge dont Twirwaneho défend contre l’extermination, le communiqué officiel du gouverneur qui qualifie le colonel Makanika de sinistre semble avoir vocation d'effacer et de faire tomber dans un gouffre d'oubli (que Kasereka et bien d'autres ne cessent de creuser), des crimes incalculables et abominables commis par les MAI-MAI et leurs alliés. En toute rigueur, ce communiqué devrait être pris pour un renouvellement du permis provincial de tuer offert à ces criminels MAI-MAI qui s'approchent déjà de leur 5ème année de l’opération « Fieka adui wa Congo » (traquer et exterminer les ennemis du Congo, et donc les Banyamulenge)! Il va sans dire que ce permis est acquis grâce aussi au très efficaces relais dont les MAI-MAI disposent chez les élus locaux et au parlement, notamment à l’assemblée provincial où l'honorable Bulakali ne se lasse de démontrer sans vergogne qu'un nourrisson Munyamulenge qui marche encore à quatre pattes aujourd'hui (20021) est un assassin de 1996. Une "fiction story" largement relayée par son collègue Claude Misare Mugombwa, député national, à l'hémicycle de Kinshasa.


Avec ce communiqué qui déroule le tapis rouge sur le meurtrier projet MAI-MAI et qui nourrit les craintes d’attaques MAI-MAI à grande échelle, les conséquences se manifestent d'ores et déjà sous des formes plus tragiques. En effet au soir de sa publication, une attaque a été menée contre le camp des déplacés Banyamulenge de Mikenge. Et s'il y a eu matière à un drame fratricide, personne n'en parlera car, nous sommes au Sud-Kivu où autorités civiles et militaires, médias et société civile atténuent, minimisent et prennent même pour drolatique tout crime contre les membres de la communauté Banyamulenge.


L’Influence des évènements de Bukavu

Etrangement actif sur le dossier Mikenge, il y a lieu de se demander si l'homme le moins intéressé par ce qui se passe dans les Hauts-Plateaux de Minembwe n'est pas influencé par l’épisode de l’incursion dans la nuit du 2 au 3 novembre 2021 à Bukavu, des assaillants identifiés sous le label du mouvement CPACA-A64. Très probablement dans l’objectif de regagner un peu de crédit après avoir essuyé une salve de critiques à la suite de sa chaotique gestion des évènements, ponctuée des maladresses et communication cacophonique. Quitte à mécontenter et livrer à la potence les membres de la communauté Banyamulenge, ulcérés à l'idée d'un "cadeau offert à leurs bourreaux".


On ne peut pas prôner la justice par l'injustice

Le communiqué officiel du gouverneur de Province donne naturellement lieu à un développement d'attaques xénophobes de la part notamment du mouvement "anti-tutsi" porté par Bitakwira et adeptes qui sont promptes à voir la main des Banyamulenge derrière chaque balle sortie du fusil, même dans le pire de cas où les MAI-MAI se bagarrent pour le partage de la solde provenant du vol encadré du cheptel banyamulenge. Sans doute, il pousse d’un nouvel élan le projet de déracinement des Banyamulenge dans les hauts et moyens plateaux de Fizi, Mwenga et Uvira et encourage l’accès, par les MAI-MAI à la gâchette plus que jamais facile contre ces derniers.

Quel que soit le nom qu'on veut lui donner, le colonel Makanika mène un noble combat de justice, d'équité et d'égalité dont devrait plutôt s'enorgueillir l'exécutif provincial.


24 novembre 2021

Mukulu le Patriote

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