top of page
Rechercher
  • Paul KABUDOGO RUGABA

Au-delà de l’histoire écrite, il y a une vraie inédite. Partie III

Dernière mise à jour : 17 août

Quid de Banyamulenge ?

Avant de définir les Banyamulenge, convenons nous sur la signification des certains vocables souvent utilisés.


Le concept tutsi renvoie à la notion d’ethnie ou de race. Il y a des tutsi au Rwanda, au Burundi, en Tanzanie, en République Démocratique du Congo (RDC)…

Le concept Rwandais renvoie à une notion de nationalité Rwandaise. Propre au Rwanda dans ses limites actuelles.

Le concept “nyarwanda” auquel on peut ajouter le suffixe Mu pour former le mot Munyarwanda au pluriel banyarwanda renvoie plutôt à une notion de culture, à une nation indépendamment des frontières actuelles du Rwanda. C’est une notion plus vaste qui va au-delà des frontières et d’ethnies. Parmi les banyarwanda il y a de pygmées, des bantous (Hutu, Shi, Havu) et Hamites (tutsi) et toutes les formes d’hybrides issue de ces couches. Les Hutu, les Tutsi et le Twa rwandophone du Nord -Kivu sont aussi appelés Banyarwanda.

Congolais = de nationalité congolaise.

“Mukongo” au pluriel Bakongo= de la tribu de Bakongo, de la culture de Bakongo. A l’instar du thème Munyarwanda, il va au-delà des limites des deux pays portant le même nom de Congo (république démocratique du Congo (dit Congo Kinshasa) et la république du Congo avec comme capital Brazzaville. Il existe des Bakongo qui ne sont pas congolais notamment les Bakongo de l’Angola et probablement au Gabon.

Le terme Munyamulenge au pluriel Banyamulenge désigne littéralement ceux qui viennent de ou habitent à Mulenge. Au sens strict, c’est un groupe Banyarwanda installé dans la plaine de Ruzizi puis sur la montagne de Mulenge avant d’atteindre les Hauts-plateaux de Fizi, Mwenga et Uvira, dans ce qui est devenu la République démocratique du Congo lors de la colonisation. Ils se retrouvent essentiellement dans la province du Sud-Kivu, dans la zone proche de la frontière avec le Burundi. Par extensions et avec l’influence des guerres, le terme Banayamulenge a été utilisé par certains journalistes pour désigner tous les autochtones tutsi du Nord et Sud-Kivu : les tutsi de Bwisha, Rucuru,Jomba etc.

Le terme a été utilisé pour la première fois par les Rwandais précoloniaux pour distinguer le munyarwanda de l’ancien royaume et le munyarwanda d’en dehors, précisément de Mulenge. C’est pareil à dire les banyarwanda d’outre-mer. C’est un système couramment utilisé partout afin d'identifier une population par son milieu de résidence. On dit les Babwali= habitant de Bubwari. Kinois habitant à Kinshasa. Il fut timidement renforcé à l’arrivée de plusieurs travailleurs Rwandais amenés par les colonisateurs belges pour travailler dans les mines notamment : La Générale des Carrières et des Mines (Gécamines), Minière des Grand Lacs Africains, (MGL) devenu Société Minière et Industrielle du Kivu (SOMINKI) et à l’afflux de masse des réfugiés tutsi Rwandais fuyant les massacres de 1959. Il reprit avec force quand commença à se véhiculer l’idéologie séparatiste et discriminatoire qui voulait, dans une confusion entretenue, jeter dans le même sac les tutsi autochtones et les tutsi réfugiés. Paradoxalement, ceux-là même qui nient l'existence de Banyamulenge étaient précédemment les premiers à exercer une pression pour changer le nom de Banyarwanda parce que, selon eux, garder ce nom de Banyarwanda était à leurs yeux manifester une nostalgie envers l’ancien Rwanda. Il explosa quand, en fin de compte, on déclara la guerre au Banyamulenge en voulant « les effacer de la carte de la terre » selon les termes du vice-gouverneur à l’époque, Mr Lwabanji Lwasi Ngabo. C’est à ce nom Banyamulenge qu’est attitré la révolution qui a déposé du pouvoir le dictateur Mobutu. Actuellement il est dans tous les dictionnaires et su les moteurs de recherche comme Google et autres. Ceux qui tentent de l’étouffer, ils ne le peuvent plus. Ils doivent obtempérer. Plus ils essaient, plus ils font sa promotion de manière spectaculaire.

Au jourd’hui c’est le tour de Bafulero de vouloir s’attribuer cette appellation parce qu’ils habitent actuellement sur la colline. Hier ils niaient l’existence du vocable, aujourd’hui, ils disent que c’est le leur. Qui sais si demain les Bavira et le Babembe ne diront pas la même chose ? qu’à cela ne tienne ; pourvu qui’ ils ne viennent pas avec de prétentions de l’exproprier de leur propriétaire originel et vouloir s’en approprier seuls comme ils le font pour le terme congolais.

Quelques Banyamulenge ont tendance à vouloir à tout prix écarter les autres communautés qui utilisent le terme « Banyamulenge » quand ils veulent se défaire d’une appellation qui donne avantage à leurs adversaires acharnés qui veulent, coûte que coûte, les noyer dans des définitions très tendancieuse de vouloir les maintenir comme outsiders. Selon, ce nom est exclusif et propre à un groupe authentique. Cependant, devant un monde qui ne comprend pas du tout les détails et la complexité de l’histoire de la région, ca devient superflus de énumérer chaque groupuscule dans un conflit qui vise globalement une ethnie.

On comprend bien que les membres de la communauté Banyamulenge vivent avec un traumatisme psychologique consécutive à la persécution politique prolongée. Certains, par craintes de probables retombées ultérieures, ou peut-être par prudence ont tendance à repousser quelqu’un terme comme « tutsi » ou une relation qui les rapprocherait des pays voisins stigmatisés par la propagande de la RDC. Je pense qu’il y’a de limites. On ne peut pas politiser les relations culturelles ! ce serait une aliénation.

On voit de généraux qui arrentent les élèves banyamulenge qui étudient au Rwanda ou au Burundi quand ils partent pour les vacances dans leurs familles sur les Hauts Plateaux ! ils sont traités de suspects (terme code des génocidaire). C’est un crime ! C’est encore plus déshonorant de voir ils y’a un groupe de banyamulenge qui en ont fait une profession. Ils sont là pour pointer le doigt tout tutsi en provenance des pays voisin. Certains hauts gradés des Forces armées de la république démocratique du Congo (FARDC) utilisent cette manigance pour se maintenir leur déploiement sur place. Pire encore, les auteurs, dans leur folie, pensent être plus patriotes que leurs compatriotes. Il faut qu’on arrête cette stigmatisation qui associe un type de visage, une langue ou une culture à la suspicion. Et d’ailleurs, si on se référait aux statistiques, on trouverait que les communautés que l’on désigne de suspects sont les moins criminel comparativement à celles qui ne sont pas ponté du doigt.

Dans la mesure ou le nom de Banyamulenge dans son acception de « tutsi congolais » est plus connu que le nom de Bajomba ou Banyabwisha etc., il est plus facile de se faire comprendre en disant qu’ils sont Banyamulenge du Nord. C’est logique. Il ne s’agit, ni d’une usurpation, pour les uns ni une domination pour les autres. C’est un mécanisme naturel d’utiliser une référence plus ou moins connue. Après tout, les deux communautés tutsies, du Nord tout comme du Sud, vivent les conditions identiques quant à la discrimination politique dont ils sont objet. Elles sont toujours jetées dans un même panier. Vouloir ou pas, elles sont condamnées à coopérer et coordonner leurs efforts dans la lutte contre la menace d’extermination.

Bien plus, Il ne faut pas oublier qu’un mot nait, grandit engendre d’autre mots et peut prendre sens plus large ou restreint voir, peut prendre une connotation autre que l’initial. Le nom congolais en est un exemple. Aujourd’hui les Babembe et les Bafulero prétendent être « vrais congolais » alors qu’ils n’ont aucun lien de consanguinité ni culturel avec le Bakongo. Si le terme Banyamulenge prend un sens plus large où il peut se résumer comme synonyme de tutsi congolais, ou est le mal ? Et c’est son essence ?

Il faut bien noter que les Banyamulenge sont restés pendant longtemps dans l’anonymat ignorant et ignorés de leurs frères de race d’en face au Burundi et du Rwanda et même de leur compatriote du nord Kivu. Plusieurs hypothèses sont nées après la retrouvaille. C’est le fruit d’une simple imagination pleine de naïveté et des sentiments calqués sur le modèle de la conception contemporaine, mais qui, à force de se répéter, on a fini par croire que c’est de l’histoire. Parfois on a, à tort, fait une transposition de l’histoire du Rwanda sans tenir compte des dates et des périodes des événements, confondant ainsi les anciens et récents comme constituant un vécu commun. Si les Banyamulenge partagent l’histoire commune avec les Banyarwanda ou les Barundi, cela ne concerne que la période avant l’installation au-delà de Rusizi donc, bien longtemps avant l'histoire du Congo dans sa dimension actuelle.

C'est dans cette logique que les premiers à écrire, certes soucieux de trouver des causes, ont supposé des alternatives possibles (La guerre, la famine,) qui auraient poussé une communauté donnée à quitter une contré pour une autre. Ils se situaient dans une logique inversée (parce qu’elle place l’installation des Banyamulenges comme postérieur à la création de l'État actuel du Congo dans ses limites frontalières telles que connues maintenant. Ce par infirmité du langage qu’on dit que les Banyamulenge sont venu du Rwanda, ont traversé pour s’installer au Congo. On ne peut parler de traverser sans qu’on franchisse une frontière existante, réellement connue, à moins qu’on parle de la traversée d’une rivière. Dans ce cas, ils ont traversé un bon nombre des rivières et continuent à les traverser dans leurs mouvements de transhumances et réinstallations.


L’hypothèse de la recherche de pâturage est la seule plausible aux regards de leur mode de vie à l’époque et leur activité essentiellement pastorale. L'expansion d’une communauté de plus en plus grandissante vers de terres inhabitées est phénomène naturel et normal pouvant justifier à suffisance le mouvement des populations. Dans pareil cas, il peut y avoir des causes communes tout comme des raisons personnelles propres à chaque famille. On raconte que Buhiga aurait volé un troupeau de vache qu’il amena loin pour échapper à la poursuite des propriétaires. Pour des raisons de pâturage plus étendu et frais, déjà Rumenge Nvubikira suivie de nombreuses familles, à l’époque coloniale avait traversé tant des rivières dangereuses grouillant des crocodiles et avait franchi des forêts jusque-là inexplorées pour gagner Ngaji, situé vers la limite de la province du sud Kivu avec le Katanga. Une communauté importante s’y était déjà installée mais rebroussa chemin après l’indépendance en 1972 par suite de rébellion. En cette période de trouble, Sekidende a dépassé Ngaji et a atteint Vyura et Moba. Il fut suivi par plusieurs familles issues de tous les clans. Vers 1996 Moba et Vyura hébergeaient une communauté de Banyamulenges de plus de 15000 personnes. Actuellement tous ont été chassés.

La tradition orale rapporte que la plaine de la Ruzizi tout comme le mont Nyangezi étaient bel et bien depuis longtemps des zones de transhumance pour les plus hardis. La traversée de la rivière Rusizi grouillant de crocodiles n’était pas chose facile. Une fois de l’autre côté dans une vaste savane idyllique, la nature n’était pas du genre très accueillante. La plaine était pleine de fauves. Qui pi est, la malaria faisait rage particulièrement dans la plaine de la Ruzizi.

La tradition orale rapporte que les premières familles se seraient vues contraint de rebrousser chemin après quelques années de séjour à Bwegera au risque d’être décimés par la malaria. Le deuxième groupe sous le chef de famille Serugabika, ou peut-être une partie du premier, fonça vers Kakamba en direction de Lemera où il demeura plusieurs années. Il était question de faire le choix entre un élevage prospère qui du reste est la principale activité économique régissant le mode de vie des éleveurs dans une nature luxuriante face à une catastrophe de la pandémie du paludisme. L’unique moyen d’échapper à la malaria était de gagner les hauteurs des altitudes ou il y a moins de moustiques. La région offrait ainsi de vastes étendus sur le flanc versant de la chaîne de Mitumba surplombant le lac Tanganyika. Sous Sunzu le Père de Kayira, le groupe aurait dépassé Lemera puis Kibungo pour s’installer à Mulenge proprement dit. C’est à partir de là qu’aurait eu lieu l’expansion tous azimuts proprement dits des Banyamulenge.

Mutambo Joseph, dans son livre intitulé Les Banyamulenge: qui sont-ils?, d'où viennent-ils?, quel rôle ont-ils joué (et pourquoi) dans le processus de la libération du Zaïre? évoque aussi les cas d’un groupe qui aurait progressé puis disparu. Tués ou absorbés par d’autres tribus ? Difficile à répondre. Mais il est arrivé de moment ou un clan de Babembe appelle Bashiluhinda avait célébré des retrouvailles avec le clan Banyamulenge de Bahinda disant que ce sont les frères longtemps séparés. La fouille de mémoire de la tradition orale retraçait un arbre généalogique avec beaucoup de coïncidence.


Organisation sociale


Les niveaux de l’organisation socio-familiale Banyamulenge

Pour l’ensemble de la société Banyamulenge, il y a lieu de généraliser les différents échelons de l’organisation socio-familiale de la manière suivante. Le père, le grand-père, le clan, et le village, sont les coordonnées qui indentifient tout Munyamulenge. Il suffit de donner des indications pour que la personne soit bien située. Cependant, avec une démographie explosive et face à l'éparpillement à travers le monde, cette méthode s'avère de moins en moins efficace. Aucune autre ne semble la suppléer ou la remplacer. Il faudra peut-être être informatisé. Mais qui pourra le faire quand on sait que le pouvoir de Kinshasa fait tout pour effacer leur trace ?

Urugo

La famille élémentaire est le cercle familial élémentaire regroupant le chef monogame de la famille élémentaire, c’est-à-dire le père, la mère et les enfants non mariés. Urugo rwa Kabudogo.

Ingo =Pluriel de rugo

La famille nucléaire est le cercle familial nucléaire regroupant le chef polygame de la famille nucléaire, c’est-à-dire le père, les mères et leurs enfants respectifs non mariés. Ingo peut aussi désigner plusieurs familles élémentaires. Ex : Ingo za Mutumitsi, wo mu Maheta.

Inzu

Est le cercle familial dont le chef a au moins un fils marié (= yarashyingiye). Quand le chef d’une de inzu est polygame ainsi on parle de inzu nkuru= isue de la première épouse et inzu nto = issu de la deuxième épouse. Au cas où il y a plus de deux femmes, on utilise les adjectifs numéro ordinal : Inzu ya mbere, inzu ya kabiri, inzu ya gatatu. Exemple : kwa Rumenge inzu ya mbere, mu nzu ya kabiri…

Umuryango

Terme rarement utilisé dans le haut plateau mais sous l'influence de kinyarwanda commence à prendre place de inzu ou parfois de clan surtout dans la diaspora.

La parentèle (= Inzu yaguye= lignage )

C’est le cercle familial regroupant le chef de la parentèle (le père), la mère, ou les mères, les enfants mariés (filles et garçons) et les enfants non mariés ainsi que les familles élémentaires ou nucléaires de ses fils mariés ou non. On pourrait préciser Inzu yaguye (ou umuryango mugari) ya sogokuru pour faire comprendre qu’on a des inzu za basogokuru na ba data inclus

Umurara , Imirara= clan(s)

C’est un ensemble de groupes lignagers dont les membres se disent descendus d’un ancêtre éponyme commun réel et historiquement connu et duquel ancêtre éponyme ils portent tous la même appellation. Exemples de clans. umurara w’Abatwari, umurara w’Abasegege.

La tradition orale chez les Banyamulenge rapporte que certains clans portent le nom de leur troupeau et non le nom de leur ancêtre commun. C’est le cas, par exemple, des Indahurwa qui ont donné naissance au clan Abadahurwa. Le nom de Abasegege vient Insegege, abakwakuzi de Inkwakuzi. Il faut se rappeler qu'à l'époque les troupeaux étaient non seulement la base de l'économie, mais aussi le symbole de la fierté et du prestige, que l’on peut comparer à de compagnies dans la société moderne. De nos jours, on entend des gens s'identifier au nom des entreprises pour ou dans lesquelles ils travaillent.

Ubwoko.

Au-delà du clan, il y a la tribu, ensuite l’ethnie, et en fin la race. On comprend la confusion autour de ces termes. Contrairement à ses voisins, Les Banyamulenges bien qu’étant un petit groupe, ils constituent une tribu et à la fois une ethnie voir même s’il faut pousser un peu plus loin une race à part dans le Sud-Kivu. Même origine, même langue : le Kinyamulenge ; même culture : éleveurs ; même ethnie : tutsi. Même traits caractéristique physique (visage ovale, taille élancée). Quant à leurs voisins, on parle de la tribu de "Bafuliro'' pour désigner ceux qui parlent le Kifuliro, les Babembe, ceux qui parlent le Kibembe. Il en est de même pour les Banyindu, les Bavira etc. Dans le cadre de considérations ethniques, les Babembe, les Banyindu, les Bavira et les Bafuliro ont les mêmes traits physiques et sont de la même ethnie et la même race.

Au départ la société Banyamulenge est organisée sous forme des familles et des lignages et de clans. Plus tard les lignage et familles devenues nombreuses donnent naissance à des clans.

MUTAMBO Joseph dans son livre ci-haut cité, distingue 26 clans. Cependant certains sont des macros-lignages issus d’un même clan. Etant donné que les Banyamulenge sont une société exogamique et que l’endogamie au sein d’un même clan reste strictement tabou, nous considérerons comme clan une communauté au sein de laquelle les membres ne peuvent pas se marier. Cependant certaines grandes lignages ou clan avaient tendance à se disloquer à la suite des conflits internes donnant ainsi naissance à plusieurs sous clans. D’autre en revanche ont tendance à se regrouper pour former une sorte de cartel par suite de reconnaissance d’un lien antérieur. Il peut être tantôt de consanguinité suivant le lignage patrilinéaire, tantôt des anciennes alliances entre famille ou, tout simplement, des origines géographiques communes.

Le regroupement au sein du cartel est plutôt dicté par la stratégie de renfort. Cependant, si l’affinité au sein du cartel devient forte, on a tendance à interdire le mariage à son sein. On remonte les arbres généalogiques, dont la perte d’une tradition orale continue, a fini par rompre la chaîne. C’est ainsi que la confusion règne quand il y a des personnes issues de clans différents qui portent le même ou presque le même nom. Par exemple Gahaya dont se réclame les Basegege serait-il le même relaté dans la généalogie de Banyarwanda ? Le nom de Basambo chez les Banyamulenge serait-il une déformation des Bashambo du Rwanda ? les Banyabyishi seraient-ils des descendants de Byinshi le rival de Ndoli ya Ndahiro du Rwanda ? il est serait trop hâtif et hasardeux de tirer une telle conclusion. Mais c’est une piste de recherche pour les historiens.

Nous savons que Byinshi l’ancêtre éponyme de Banyabyishi est un contemporain de Ntwari avec qui ils ont été des adversaires. Or Ntwari est probablement du 17eme siècle selon les calculs basés sur des générations. Par ailleurs, Byinshi l’adversaire de Ndoli a vécu au 15 siècle. Entre les deux il y a deux siècles. En plus, l’histoire du Rwanda rapporte que Byinshi du Rwanda (appelons-le comme ça), a été massacrée avec toute sa famille. Il n’a pas laissé des descendants. Ceux qu’on appelle les Banyabyishi au Rwanda sont ses partisans, pareil à un parti politique. Ne serait-il pas plus logique de conclure qu’il s’agit des homonymes et nom la même personne avec l’ancêtre éponyme de Banyabyishi banyamulenge? Ceux qui tiennent cette thèse n’avancent aucun argument à part cette homonymie. Il me semble que le fait de rattacher les deux hommes pour en faire un est dicté par le sentiment de vouloir appartenir à la lignée princière.

Dans une société qui n’autorise jamais l’endogamie au sein d’un même clan, il y a lieu de penser que la subdivision des clans en sous clans qui peuvent se marier serait dictée par la nécessité des mariages. Il faut alors éloigner le plus possible les liens et adopter les nouvelles appellations des ancêtres plus ou moins récents comme étant éponymes des nouveaux clans, tout en abandonnant le nom commun. Si par exemple on interdisait le mariage entre tous ceux qui seraient issu des Abasambo, on réduirait le nombre des clans à moins d’une dizaine.

Les sous clans qui d’ores et déjà se marient officiellement ont été retenus comme de clans à part entière, mais nous avons pris soin de les reclasser comme sous clan dans le grand clan duquel ils sont sortis. C’est le cas de Abagorora et Abatakure qui sont clans en même temps sous clans de Abasinzira.

Les Banyamulenge sont tous de Tutsi, même si généralement ils n'attachent pas la même importance à la signification politique de ce mot qu'au Rwanda ou au Burundi. Trop souvent, certains écrits les présentent comme issus des brassages des plusieurs tribus de la contrée. Ce qui est vraiment faux. C’est une approche courtisane qui n’arrange rien mais de nature à fausser l’histoire. Ce n’est pas le fait d’avoir des liens de consanguinité avec les bantous qui donne droit à la nationalité congolaise. C’est un droit inné hérité de leur histoire.

La tradition orale rapporte qu’il y a eu une vingtaine de filles dont on ne sait exactement leurs tribus d’origine qui ont été arrachées aux arabisés lors de la traite des esclaves. Plus tard, ces filles ont eu des enfants avec leurs libérateurs. Il faut alors nuancer l’expression de la présence des esclaves parmi les Banyamulenge. Ceux dont on a, à tort, appelé esclaves ne sont que des demi-frères ; c’est-à-dire les frères de même père et mères issues des tribus différentes. Ils sont complètement intégrés et numériquement insignifiants pour qu’on en fasse trop d’échos comme couche sociale à part. Étant donné que nous sommes dans une société patrilinéaire, c’est l’appartenance du père qui détermine celle des enfants. Selon les mœurs du lieu, les demi-frères sont des frères. Ils portent les mêmes clans, reconnaissent les ancêtres et partagent la même vie que celle des enfants leurs coépouses.


Le 9 mars 2023


349 vues0 commentaire
bottom of page