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  • Paul KABUDOGO RUGABA

Cikwanine Marcelin : un activiste au service du réseau génocidaire contre les Banyamulenge ?

Telle est notre question. Alors que la crise récente entre dans sa quatrième année, les attaques ciblées perpétrées contre les Banyamulenge par des groupes armés persistent et les souffrances de cette population s’intensifient, notamment du fait des violations massives des droits fondamentaux, entre autres les droits à la vie. Paradoxalement, un monsieur du nom de Cikwanine Marcelin s’improvise en appui aux détracteurs de Tutsis, se targuant défenseur des droits de l’homme, mais en réalité ayant suivi l’idéologie anti-banyamulenge dont son congénère de la tribu Bashi, Lwabandji Lwasi Ngabo ne voulait plus l’ existence sur le sol de leurs aïeux, la RDC .

Dans son article intitulé « Génocide des Banyamulenge : il faut cesser cette manipulation », Cukwanine s’attaque avec acharnement au mot Génocide que lui considère comme étant une manipulation dont il faut cesser d’en faire mention. Il va jusqu’ à dire qu’il s’insurge contre cette victimisation à outrance de la part des Banyamulenge qui recherchent à s’attirer la compassion d’autres communautés.

L’intention n’étant pas de réagir de manière détaillée à son article, il importe néanmoins de faire le point sur la pensée y exprimée.

L’analyse que Cikwanine produit ressort d’une interprétation viciée des faits. Même pour quelqu’un de mal intentionné, il est difficile de nier ou dissimuler la réalité factuelle. C’est pourquoi les conspirateurs, dont Cikwanine, cherchent plutôt à accoler au terme une interprétation visant à remettre en cause sa qualification réelle ou ne veut tout simplement pas qu’il soit utilisé.

Cikwanine Marcelin

Pour rappel, les propagandes appellant au déracinement et à l’extermination pure et simple des Banyamulenge que Cikwanine et ses collaborateurs qualifient d’«occupants étrangers » se sont intensifiées durant ces quatre dernières années. La machine incendiaire de nettoyage se met à tourner avec une rapidité et une efficacité stupéfiantes, en sorte que dans moins de 4 ans plus de 400 villages partent en fumé, plus de 500 milles têtes de bovins pillées et 80 % de terres où les Banyamulenge étaient établis sont abandonnés. Et cela se passe devant les témoins onusiens (MONUSCO). Les miliciens coalisés issus des communautés locales qui y prennent part semblent convaincus de pouvoir vivre enfin dans une RDC débarrassée des Banyamulenge.


Cikwanine en posture opposée au ‘défenseur des droits humains’ qu’il déclare être

Comme on le sait, un défenseur des droits humains intervient à propos de toutes sortes de situations en rapport avec les droits de l’homme, par exemple la discrimination, les expulsions forcées, les exécutions sommaires, la stigmatisation, les pillages, les tueries, les arrestations ou détentions arbitraires, les mutilations génitales, les problèmes d’emploi, etc. Bref, Il défend des droits aussi divers que le droit à la vie, à l’alimentation et à l’eau, au meilleur état de santé susceptible d’être atteint, à un logement convenable, à un nom, à l’éducation, à la liberté de circulation et à la non-discrimination.

Cependant, Cikwanine est tout sauf défenseur des droits humains, à fortiori pour les Banyamulenge. Ce qui est sidérant avec ce monsieur, c’est qu’il se retrouve dans une posture totalement opposée à ce qu’il déclare être, un titre qu’il s’attribue mais qui nullement ne lui convient pas. Si des activistes pour la paix dénoncent la barbarie commise contre les Banyamulenge, Cikwanine, lui la dénie malgré la présence de preuves flagrantes. Faut-il lui rappeler les pertes en vies humaines, villages incendiés, vaches pillées et les dégâts matériels causés par ces conflits ciblant les Banyamulenges? ou faut-il référer Cikwanine au discours du mois d’aout 1998 de Yerodia Ndombasi, alors Ministre des Affaires Etrangères, sur les Banyamulenge et les autres Tutsis rwandophones vivant en RD Congo, quand il a lancé l’appel de les exterminer méthodiquement et avec résolution, et de se débarrasser de ce qu’il a appelé les déchets et microbes, en utilisant le plus rapidement la médication la plus efficace, lorsqu’il fait référence à cette communauté ? Yerodia : Guerre aux Tutsi RDC 1998.

Quelle serait l’importance de rappeler à quelqu’un qui ne se réjouit que du malheur des Banyamulenge, le massacre de 2004 perpétré contre ces derniers par la coalition du mal, de surcroît en dehors de leur pays? Quel qualificatif donnerait-il à cette chasse à l’homme par la constellation des machines à tuer pour effacer du monde des vivants des personnes n’ayant ni le pouvoir ni l’intention de nuire ?

Monsieur Cikwanine, dans son article il critique l’ usage des mots Génocide des Banyamulenge, qu’il faut cesser cette manipulation. Je lui pose la question de savoir quelle manipulation les Banyamulenge ont fait auprès des organisations internationales indépendantes à l’instar de Genocide watch qui aussi lance un cri d’alarme contre un génocide imminant contre les Banyamulenge au Sud-Kivu et les Hema au Nord-Kivu ?

Si Cikwanine bouche les oreilles pour ne pas entendre les messages de haine déferlant dans les médias et réseaux sociaux de la part des miliciens et certains supposés ou prétendants gouvernant de la RDC visant les Banyamulenge, il y a lieu de se demander si la conscience de cette personne n’est-elle pas morte. Son langage oppressif contre les Banyamulenge ne fait que motiver et encourager les mai-mai et leurs auxiliaires. Son expression reflète toujours sa bâtardise politique pour ses propres intérêts et au bénéfice des réseaux déstabilisateurs contre les Banyamulenge. S’étant identifié comme un ancien mai-mai, Cikwanine n’est pour autant pas converti et ne s’est jamais repenti de ses péchés qu’il continu à graver avec un burin de fer sur la table de l’histoire.

En lisant ce qui susdit et sachant comment les milices tribalo-ethniques coalisées ont imposé des souffrances insupportables aux Banyamulenge qu’elles tuent pillent pour les effacer de leur pays, est-il vraiment difficile de réaliser que cette population est sous menace du génocide ?

Pour aider Cikwanine à comprendre qu’il s’improvise pour une carrière dont il n’a pas les qualités, il suffif de lui donner un ou deux exemples de reportages médiatiques plaidant pour la cause des populations Banyamulenge sous menace d’extermination, chose que ce monsieur n’a jamais fait.

James C. McKinley Jr. Par exemple, rapporta avec grande inquiétude, dans le New York Times du 26 Septembre 1996, comment plusieurs politiciens du Sud-Kivu au nombre desquels figurent le Gouverneur du Sud-Kivu, Mr. Kyembwa wa Lumona (de la tribu Nyindu) et son Vice-Gouverneur Mr. Lwasi Ngabo Lwabandji (de la tribu Bashi), appelèrent les communautés locales à s’ériger contre les Banyamulenge qui ont vécu dans les Hauts Plateaux surplombant le lac Tanganyika depuis le 17ème siècle pour les chasser de leur pays

Dans son rapport du mois d’Aout 2020, à sa page quatre, le HCDH-MONUSCO rapporte certains discours incitant à la haine ayant grandement contribué à attiser la tension. La déclaration faite le 31 Octobre 2019 par l’association des Babembe résidants à Kinshasa appelait à la guerre, le déplacement et la persécution des Banyamulenge des hauts plateaux du Sud-Kivu, et exigeait au gouvernement de déchoir ces derniers de la nationalité congolaise qui sont taxés d’immigrants « tutsis du Rwanda » par les signataires de cette déclaration


La responsabilité de Cikwanine dans le génocide contre les Banyamulenge

Si la plupart ont du mal à comprendre la part de responsabilité de Cikwanine dans la tragédie dont les Banyamulenge sont victimes, ils devraient premièrement savoir que la notion de « génocidaire » est élastique: de ceux qui propagent les mythes et les suspicions, instrumentalisent les imaginaires, décident, organisent, incitent, encadrent par le positionnement stratégique de leurs corps de métiers ou de leur rang social, à ceux qui exécutent : petits ou grands criminels…Ils ont en réalité même taille, l’un n’étant rien sans l’autre. Pour ainsi dire, dans cette liste des étapes du génocide, Cikwanine peut aisément identifier son rôle sans que personne ne le persuade de le reconnaitre. Propage-t-il des mythes et les suspicions contre ses mal-aimés, instrumentalisation des imaginaires ?... Laissons aux personnes avisées d’en juger les conséquences !

Eh, quoi encore ! les seules fois où le monsieur fait entendre sa voix c’est pour étouffer les quelques cris de détresse qui dénoncent les crimes commis contre les Banyamulenge. Il ignore sciemment les appels qui font échos dans tous les firmaments dont il détient les preuves qu’il dissimule appelant au-déracinement et à l’extermination des Banyamulenge. Il oublie cependant que l’histoire l’attend au tournant, et que quand il sera pesé dans la balance de la justice, il se trouvera léger.

Si ! un moqueur tout fait… cette hantise qui le pousse à profaner par ses écrits intempestifs l’innocence de cette communauté toutes les fois qu’elle crie et dénonce les menaces existentielles d’extermination dont elle est la cible depuis plusieurs décennies n’est rien d’autre que le ressentiment qu’il a contre celle-ci. C’est regrettable que ce monsieur minimise, en se moquant de Banyamulenge, les meurtres et atrocités que ceux-ci endurent.


Le déni : c’est la phase ultime du génocide

Le déni c’est la phase ultime du génocide. A travers lui, les dénégateurs dont il fais montre à la tête contre les Banyamulenge, empêchent les victimes d’entamer le processus de revendication de leurs droits à la vie et au bien-être tout en condamnant les efforts de résilience déployés par les victimes qu’ils souhaite voir mourir inactives bouches fermées. La tactique du déni est prévisible. Elle consiste à attaquer les diseurs de vérité en les faisant passer pour criminels. Le dénégateur refuse ou minimise les preuves ou les chiffres ; il blâme les victimes, en les accusant de déloyales, ce que Cikwanine a toujours fait dans ses écrits sur les tutsis et les Banyamulenge en particulier .


Mai 13, 2021

Dr. Rutazuyaza Vaillant Byizigiro

Enseignant et Chercheur à l’Université du Rwanda



Reference

1. (https://www.nytimes.com/1996/10/26/world/zaire-war-breeds-a-human-catastrophe.html [accessed 4 August 2020])

2. https://peacekeeping.un.org/fr/situation-des-droits-de-lhomme-dans-les-hauts-plateaux-de-mwenga-fizi-et-uvira-entre-fevrier-2019-et [accessed 13 May 2021]).

3. (https://penserlahaine.hypotheses.org/242 [accessed 12 May 2021])

4. (https://congovirtuel.com/information/genocide-watchles-discours-de-haine-des-deputes-e-bazaiba-m-fayulu-et-autres-contre-les-banyamulenge-repertories-par-long-genocide-watch/ [accessed 12 May 2021]).

5. (https://www.slideshare.net/faimetti/les-dix-etapes-dun-gnocide[accessed 12 May 2021]).

6. (https://www.slideshare.net/faimetti/les-dix-etapes-dun-gnocide[accessed 12 May 2021])

7. (https://www.refworld.org/cg-ibin/texis/vtx/rwmain?page=search&docid=469f387fc&skip=0&query=Lwabanji[accessed 12 May 2021]).

8. (https://youtu.be/gyajJhWgcQY) [accessed 12 May 2021]

9. (https://www.hrw.org/news/2019/08/13/burundi-15-years-no-justice-gatumba-massacre[accessed 12 May 2021]).

10. (https://www.genocidewatch.com/single-post/2020/07/22/GENOCIDE-EMERGENCY-DEMOCRATIC-REPUBLIC-OF-THE-CONGO-JULY-2020 [accessed 13 May 2021]).

11. (https://www.ohchr.org/FR/Issues/SRHRDefenders/Pages/Defender.aspx [accessed 13 May 2021]).

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