Des cendres qui continuent d’alimenter les conflits de la région
- Paul KABUDOGO RUGABA
- 1 juil.
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C’est l’histoire d’une dépouille qui a continué à voyager de pays en pays, conservée dans le secret par un dictateur étranger, bien après que sa mort a mis le feu à toute la région des Grands Lacs.
En avril 1994, le président rwandais Juvénal Habyarimana revient d’un sommet régional en Tanzanie. Alors que son avion présidentiel, un Falcon 50, s’apprête à atterrir à l’aéroport de Kigali, il est la cible de tirs de missiles. L’appareil explose en plein vol et s’écrase dans le jardin même de la résidence présidentielle. Il n’y a aucun survivant.
Cet attentat devient immédiatement le signal déclencheur, ainsi que le prétexte, du génocide des Tutsis au Rwanda. Mais alors que le pays sombre dans l’horreur, une guerre de l’ombre se joue autour de la boîte noire, emportée par les Français, et des restes du président Habyarimana.
Craignant que le corps ne soit profané ou utilisé par les forces rebelles du FPR qui progressent vers la capitale, les proches du régime et les forces de sécurité évacuent la dépouille de Habyarimana à la hâte. Le corps commence alors un exil surréaliste.
Il est transporté à Gbadolite, la ville natale et forteresse du maréchal Mobutu Sese Seko. Le président du Zaïre, actuelle République démocratique du Congo, est un grand allié d’Habyarimana.
Là-bas, le corps n’est pas enterré. Mobutu décide de le faire embaumer et de le conserver dans une chapelle privée, hors de la vue du public. Pendant trois ans, la dépouille d’Habyarimana reste un otage de la géopolitique régionale. Mobutu la garde précieusement, l’utilisant presque comme un symbole de sa fidélité à l’ancien régime rwandais et comme un levier politique face aux nouveaux maîtres de Kigali.
Le Zaïre s’engage à servir de base arrière aux ALIR puis aux FDLR, qui rêvent de reprendre le pouvoir par la force, tandis que la France fournit un appui logistique et technique. Les communes rwandaises frontalières de la RDC, ainsi que toute la forêt de Nyungwe, deviennent un nouveau cauchemar pour les Tutsis. Les rescapés sont de nouveau massacrés à Karengera, Kaduha, Busozo, Kinigi, etc.
Le dénouement de ce voyage macabre intervient en mai 1997. Les troupes rebelles de Laurent-Désiré Kabila sont aux portes de Gbadolite, et Mobutu est sur le point de fuir le pouvoir. Réalisant qu’il ne peut pas abandonner le corps de son ancien allié aux mains de ses ennemis, Mobutu ordonne, en urgence et la veille de sa fuite, l’incinération des restes d’Habyarimana. Les cendres sont ensuite transportées à Kinshasa avant de disparaître dans la discrétion la plus totale.
Aujourd’hui, son fils, Jean-Luc Habyarimana, appuyé, selon certains observateurs, par la RDC et le Burundi, déterre la hache de guerre et livre une bataille sans merci contre les Banyamulenge dans les Hauts-Plateaux. Son objectif serait d’effacer cette communauté et de s’emparer de ses terres afin d’y installer une base arrière qui lui servirait à reconquérir le pouvoir au Rwanda. Une fois au pouvoir, il pourrait alors enterrer les cendres de son père.
Le corps d’Habyarimana a été traité comme un secret d’État itinérant, privé de sépulture nationale parce que son simple nom restait une poudrière.
Le 1 juillet 2026




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