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  • Paul KABUDOGO RUGABA

Drôle d’arbitrage

Dernière mise à jour : juin 17

Les tueries à l’est du Congo semblent inquiéter plus d’un, ou plutôt disons qu’en réalité, intéressent beaucoup pour des raisons inavouées. Il en est de même les pays voisins qui ne sont pas indifférents, et dont le cadre de leur intervention reste mêmement voilé. Les forces de tout genre venant de partout y grouillent : Les milices locales (les Maïmaï avec ses innombrables factions), les rebellions étrangères, les armées tant nationales qu’internationales se côtoient. Certaines disent être là au nom de la libération d’un pays (mais laquelle?), d’autres au nom du maintien de la paix. Pourtant, ni l’un ni l’autre de ces motifs avancés ne semble être objet d’aucune préoccupation. Les vrais motifs sont inavoués, mais clairement discernables à travers les attitudes et les comportements sur terrain. Un dénominateur commun : Il n’y a qu’une victime qui en pâtit, la population.

Déjà l’Ituri et le Nord-Kivu ont été décrétés être sous l’état de siège. Maintenant leur gouvernance est dans les mains des militaires de FARDC réputés cruels. Quant au Sud-Kivu, précisément sur les Haut Plateaux, la situation est encore pire. On veut dissimuler le cauchemar d’un génocide en cours sous le nom des conflits communautaires. Une communauté, le Banyamulenge, est livrée à la merci des caprices d’une armée sans éthique, sans cœur , les FARDC et d’innombrables groupes des Maïmaï , des milices impénitentes, à caractère tribal, très actifs, en coalition avec des rébellions de pays voisins présentes (Forces démocratiques pour la Libération du Rwanda (FDLR), FOCA Forces Combattants Abacunguzi (branche armée du FDLR), Résistance pour un État de Droit au Burundi(RED-Tabara), Forces républicaines du Burundi (FOREBU) et le Forces nationales de libération, or (FNL) ,) que les principale antagonistes, le Rwanda et le Burundi entretiennent l’un contre l’autre réciproquement. Paradoxalement, toutes ce forces négatives s’entêtent, avec l’assentiment du gouvernement, à épurer la pauvre communauté. La MONUSCO est là, ne dit rien et ne fait rien pour protéger les la population menacée.

Nous avons appris que l’ennemi de votre ennemi finit par devenir votre ami. Pour les Hauts Plateaux, c’est le contraire qui se produit. Le Congo et ses voisins ont toujours eu des relations tendues. Il ne se retient pas à traiter certains de ses ennemies. Mais pour nuire aux Banyamulenge, cette petite communauté numériquement, économiquement et politiquement, pas du tout significative; ils acceptent de coopérer. C’est ainsi que l’étaux se resserre autour d’elle. Chacun de son côté, veut si pas l’effacer du monde, du moins la faire sortir de son terroir pour la projeter à l’errance. Pourquoi? Dieu seul sait.

Ses membres qui ont pris le chemin d’exil, la mort ne les épargne pas. Il ne se passe plus des mois, sans qu’il ait des morts et disparitions mystérieuses des Banyamulenges partout ils sont. Au Rwanda, le cas de Me Bukuru Ntwari en est une illustration récente. Il y a quelque mois c’était Nsabigaba Danny. La thèse de suicide issue d’une prétendue enquête de The Rwanda Investigation Bureau (RIB) n’a pas du tout convaincu l’opinion publique et surtout les familles des victimes qui pointent peureusement du doigts les services renseignement de ce pays.

Il y a quelque mois, au Burundi, un député burundais appelait à la chasse à l’homme contre les réfugiés Banyamulenge s’y trouvant. Au Kenya, leur situation n’est pas aussi facile qu’on le pense. Il y a des disparitions et de assassinats souvent attribué au banditisme, cependant certains ont de signes des meurtre politiques. Il en est de même en Uganda ou les gens sont parfois intimidés mais avec moins d’acuité qu’aux précédents. Quoique certains incidents de ce genre se produisent au Kenya ou en Uganda, les gens ne manquent pas de soupçonner l’intelligentsia de Kigali d’être derrière.

En Tanzanie, les Banyamulenge ne peuvent pas fouler leur pied pour demander asile. L’image que la population de ce pays a sur eux est un calque du modelé de l’idéologie génocidaire qui gangrène le RDC et la région. La famille RWAMPFIZI qui s’y est hasardée s’est vue brulée vive et décimée en 2017.

Le centre de Minembwe, qui peut être contrôlé par un peloton des soldats, est assiégé depuis 5ans par une brigade spéciale, la 12eme, avec des bataillons (Banamura, et autres), surarmés et entrainés pour tuer et torturer; commandés par des généraux ex Maïmaï, a la réputation de semeur du chaos à leur passage, qui se succèdent les uns après les autres (Katembo, Muhima, Opia etc.) qui y règnent tour à tour en maitres absolus, disposant de droit de la vie et de mort sur les assiégés. Pourtant Minembwe n’est pas le noyau de ceux qui lancent les attaques mais bien la cible. Loin d’être protégé il est livré

Les initiatives des attaques viennent certainement de loin, dans la capitale du pays, mais ont comme point de départ Lulenge, Kipupu, Mutambala, Masango, Moyens Plateaux Bavira, etc., les fiefs Mayimayi Babembe, Bafuliiru, Banyindu et Bavira. Là il n'y a aucune position militaire FARDC et même s’il y en aurait, cela ne changerait rien.

Les assaillants traversent les positions des dites brigades spécialisées, à partir desquelles ils lancent des assauts pour massacrer les Banyamulenge et piller tous leurs biens. Du retour les mêmes positions servent de couverture pour barrer toute poursuite. Aussi, il faut ajouter que les FARDC donnent armes et munitions et se déguisent souvent en Maïmaï pour participent directement, en guise de renfort à ce que peut qualifier, désormais sans ambages de génocide contre les Banyamulenge. A la fin, ils se partagent les butins.

Dans pareil situation, il est tout à fait légitime de se défendre. Pour le Banyamulenge ne leur est pas acquis. Encore moins, les FARDC veulent le y empêcher coute que coute. Oser le faire c’est le haro sur le baudet de la fontaine.


Récemment ces généraux maitres et arbitres qui, à vrai dire, ne sont que de parties prenantes avec de parti pris, ont installé un drôle système d’arbitrage unique de son genre qui n’a pas d’égal en impartialité. Ils veulent culpabiliser les Banyamulenges devant l’opinion publique nationale et internationale et innocenter leurs assaillants Maïmaï et leurs alliés. Tout se passe littéralement comme quelqu’un qui trouver une personne qui agresse une autre, puis se présente en médiateur. Le supposé médiateur bloque celui qui est agressé et l’empêche de se défendre pour laisser libre champs les manouvres de l’agresseur afin de lui donner de l’avantage sur sa victime; puis se dire : veillons voir ce qui va se passer. Quel genre d'intervention? Ce qu’ils prennent pour des criminels, ne sont en fait que de victimes. Tout ce que qu’ils disent d’eux n’est que mensonge.

Désormais, il leur est défendu de regagner leurs villages, de reconstruire les maisons et de cultiver les champs, pour recommencer la vie à zéro, après avoir été dépouillés tout. Sans désarmer les Groupes Armés ensemble, les FARDC désarment l’autodéfense Banyamulenge qui n’a jamais attaqué personne. Aujourd'hui elles incarcèrent les bébés, les mamans et les papas dans un container, sous prétexte que, les armes et munitions ont été trouvées chez eux. Déjà des cas des morts de personnes enfermées dedans ont été enregistrés faute d'oxygène. Au bout de quelques jours, ceux qui survivent, sont directement acheminées à Kinshasa où les leurs n’entendront plus de leur nouvelle.

Pour accélérer le processus, on arête une personne puis dépose des balles dans ses poches. Parfois, on dépose l’arme dans la maison de la victime puis on fait semblant de sortir pour la toilette. Immédiatement, un groupe des militaires fait irruption pour la réquisition. Les effets militaires trouvés sont interprétés comme détention illégale des armes. L’infraction est déclarée consommée pour justifier l’incarcération. C’est le cas aujourd’hui de la famille de RUTEBUKA et de PENINA, son épouse, avec leur bébé de 12 mois qui sont enfermés depuis 4 jours déjà dans ce fameux container.

La population de Minembwe, en majorité banyamulenge en a marre. Aujourd’hui, les femmes rendues veuves par ce génocide sans nom, ensemble avec celles dont leurs maris ou leurs fils sont en train de mourir dans les cachots de Kinshasa, ont décidé de manifester pacifiquement devant le quartier général du général Opia pour dénoncer l’injustice criante et protester contre le départ d’un autre convoie des détenus. Elles ont donné le message au général Opia et au porte-parole de l’opération Sokola II, le capitaine Dieudonné Kasereka qui, par ses rapports calomnieux, ne fait que remuer le couteau dans la plaie; « vous êtes aussi les fils des mères. Vous devez naturellement avoir des enfants de l'âge de ceux pour lequel vous prenez plaisir de voir croupir dans un conteneur non-aéré. Vos corps sont faits de chair et de sang, et pas d'acier, et encore moins de pierre. Quoi que vous précipitiez les nôtres à la mort, vous mourrez aussi jour ». Elles ont souhaité à ceux qui les persécutent de voir leurs parents un jour, vivre l’expérience qui est la leur aujourd’hui. Du coup, pour montrer qu’il s’en fout de tout, le général Opia envoie les militaires collecter les grenades à gaz lacrymogènes que détenait la police. Entre temps on annonce que neuf autres bergers banyamulenges ont été arrêtés au pâturage et leurs vaches confisquées par FARDC de la position qui est à Kalingi. Motif, ils n’auraient pas vu ou indiqué où seraient partis 10 militaires vagabonds ou déserteurs. Et si le commandant en place ne sait pas contrôler ses éléments, en quoi cela est-il une affaire de civile?

A la demande de la libération par les manifestantes, le général Opia répondra que l’affaire n’est plus à son niveau, elle est de la compétence de Kinshasa. « Ôtez-vous de ma vue, l’avion vient bientôt les prendre »

Peu après, il ordonne ses hommes à faire le travail. Les militaires ont alors encerclé les manifestantes et se sont rué sur elles utilisant bâtons, barre de fer, gaz …résultats six femmes sont en coma. Elles sont entre la vie et la mort. L’hôpital est plein de celles qui sont grièvement blessées. Au même moment d’autres militaires ont encerclé le centre de Minembwe. Ils entrent dans chaque maison, pillent tout ce qu’ils peuvent. S’il y a un homme, il est d’office ligoté sous prétexte d’être Twirwaneho. Entretemps, sur les collines surplombant le centre, les Maïmaï attendent les ordres du général pour parachever le génocide en cours.



Comme il en est ainsi, Ce énième convoi va acheminer des centaines de personne parmi lesquelles le bebe de 12 mois, qui vont rejoindre une centaine déjà sur place, partis de la même manière et dont on est sans nouvelles.


Le 15 juin 2021

Paul Kabudogo Rugaba


Annexe 1


    MESSAGE URGENT AU GOUVERNEUR DU SUD-KIVU

    Excellence Monsieur le Gouverneur,
    Vous êtes assurément au courant de la situation préoccupante qui prévaut depuis la nuit du vendredi 11/06/2021 où la 12ème brigade a procédé à l’arrestation d’une famille de Monsieur Rutebuka, son épouse allaitant un nourrisson de 11 mois. 
    Ceci a créé une tension entre la Communauté Banyamulenge qui s’estime visée. Le lendemain les femmes ont organisé un sit-in au Quartier Général de la 12ème brigade où se trouvent deux généraux, le nouveau commandant de ladite brigade le Gén Patick OPIA et le Gén Gaby Boswane commandant du secteur Ops sokola2 basé à Uvira. Jusque ce matin ces femmes étaient là exigeant la libération de cette famille que l’armée considère comme ‘ Twirwaneho’’.
    Rappelons que depuis plus d’une année des dialogues organisés par le gouvernement se sont multipliés impliquant tous les groupes armés et les organisations d’auto-défense civile dont le dernier en date auquel j’ai moi-même participé fin mars à Kinshasa à l’hôtel Béatrice de Kinshasa, étaient présents les représentants des groupes armés et autres. Ce processus en cours n’est jamais arrêté.
    Ce matin, les informations à notre possession, est que les généraux présents à Minembwe, ont déclenché des violences contre ces femmes qui faisaient le sit-in avant de couper le signal de communication de Vodacom et Orange pour opérer en dehors de toute communication. L’on parle déjà de plusieurs blessées et peut-être de morts (des images en annexe).
    Nous nous posons mille et une question parfois sans réponses et voudrions l’obtenir auprès de vous Excellence :
1. Êtes-vous au courant de cette situation qui dure depuis vendredi ?
2. Avez-vous accédé et pris en compte les revendications de ces mamans ?
3. S’il était établi que ces mamans soient violemment réprimées sans qu’elles ne constituent une menace quelconque, que feriez-vous Monsieur le Gouverneur ?
4. Pourquoi une guerre de siège des hauts plateaux de Minembwe ne trouve pas solution depuis avril 2017 et à la place, l’armée qui doit sécuriser participe à la violence et à l’insécurité ?
    Autant des questions et bien d’autres que nous nous posons pour avoir la paix chez nous dans les Hauts Plateaux de Fizi, Uvira et Itombwe/Mwenga, avons-nous tort de réclamer la sécurité ?
Les dernières destructions de Murambya en Territoire d’Uvira en présence des FARDC et les femmes en otages d’une alliance des Maïmaï et Red Tabara burundais soutenu par le Rwanda et le silence de l’autorité que vous êtes, nous étonne.
    Après notre entretien du 18 mai 2021 à votre Cabinet avec la délégation des déplacés de Kahololo/Rurambo, nous ne sentons rien comme solution mais plutôt, les attaques à Murambya et aujourd’hui les violences à Minembwe.
    Nous voulons savoir votre point de vue et quelles en sont les solutions immédiates, sur toutes ces questions Excellence Monsieur le Gouverneur.
    Fait à Bukavu, le 16 juin 2021
    Enock RUBERANGABO SEBINEZA, 
député honoraire et notable du Sud-Kivu ;

Annexe 2



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