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  • Paul KABUDOGO RUGABA

La coalition Mai-Mai et Red-Tabara tue et brûle les Banyamulenge dans les hauts-plateaux du Sud-Kivu

Prodromes d’une épuration ethnique tous azimuts : Bijombo, Itombwe, Minembwe et finalement Rurambo


Depuis la signature des accords de Sun-city qui ont mis théoriquement fin aux deux guerres successives de la République Démocratique du Congo, à l’Est du pays et plus spécifiquement au Sud-sud du Sud-Kivu on vivait une situation de ni paix, ni guerre, jusqu’en 2017. On croyait que la sécurité allait enfin revenir sur les Hauts Plateaux d’Itombwe quand le Colonel Katembo Honoré avait été viré de son poste de commandement à Minembwe pour ses penchants fielleux envers les Mai-Mai (Babembe, Bafulero et Nyindu) engagés pour la tuerie, le massacre et le génocide de Banyamulenge. On nous avait en effet affirmé qu’une fois son régiment remplacé, les tribus locales allaient vivre désormais en harmonie. Mais malgré le départ de ce Colonel on s’est retrouvé toujours dans la même baraque, bien que le commandement ait été remplacé. En effet, l’opération Sokola 2 et son porte-parole affichent à chaque épisode de conflits des récurrentes attitudes indubitablement plus partisanes et nettement perceptibles.

A partir de cette année de 2017 dis-je, les choses se sont gâtées, les conflits incessants, inhérents aux difficultés habituelles de cohabitation des différentes communautés ont pris des tournures calamiteuses. Des simples mésententes entre jeunes, ces conflits ont dégénéré et débouché à l’épuration et le nettoyage ethnique de la tribu Banyamulenge, sous les yeux et la barbe de l’armée nationale, les Forces Armées de République Démocratique du Congo (FARDC) et surtout de la communauté internationale représentée par la MONUSCO.

Par ailleurs, commencés depuis 2017 jusqu’à ce jour des conflits entre les communautés Bafulero, Banyindu et Babembe contre celle minoritaire de Banyamulenge avaient pris l’allure de conflits dus aux considérations méprisantes des uns envers les autres, des conflits d’occupations des terres et de domination. Bref des conflits d’intérêts. Mais qui, petit à petit se sont purement développés en une épuration ethnique et un déracinement de la tribu des Banyamulenge sur les terres de leurs ancêtres.

Dans le groupement de Bijombo en territoire d’Uvira où ces conflits ont débuté, il était question de disputes sur la direction du groupement portant ce nom qui était dirigé par le Chef Kabarure Sebasonera de la communauté de Banyamulenge que le Bafulero et Banyindu voulaient à tout prix évincer. Ce chef a eu la vie sauve miraculeusement et reste jusqu’à ce jour handicapé physique car mutilé d’une jambe des suites des blessures des balles. Et en raison de l'effet « tache d'huile » que le conflit de Bijombo a créée, c’est venu le tour des localités d’Itombwe dans le territoire de Mwenga et de Fizi qui ont suivi.

Conséquemment, les bilans font état dans ces trois territoires de plus de 200 personnes civiles massacrées, de l’incendie de plus de 300 villages et des toutes les maisons de la population qui les habitaient. Des structures sociales d’intérêts communs telles que les églises, les écoles et les services sanitaires (centre de santé et dispensaires), qui de leur part en termes de plus d’une centaine n’ont pas été épargnées. Les bovins et ovins razziés sont estimés à près de 300.000 têtes. Soulignons ceci, partout dans ces territoires où ces massacres ont eu lieu, les forces étrangères à l’instar du Red-Tabara, du FNL de Nzabampema, les FDLR de triste mémoire et dans un premier temps les P5 ont été citées comme étant actives et complices sur les champs de la salle besogne de ces forces négatives que sont les Mai-Mai.

En outre, ce qui se passe en général dans l’Est de la RDC en Ituri, Beni et dans les hauts plateaux du Sud-Kivu dépasse l’entendement humain. Les populations vivent dans des conditions infrahumaines. Au Sud-Kivu communément nommé où vivent les Banyamulenge dans le territoire d’Uvira localité de Lemera plus précisément dans les montagnes de Rurambo depuis le 16/mars/2021 nous assistons à un déracinement total. Il y a 10 jours plus de 4000 hommes, femmes et enfants ont déjà fui le lieu et sont en errance dans la région et près de 20.000 têtes du gros et petits bétails emportés. Des femmes qui accouchent durant leur débandade sous la pluie et le froid glacial de la saison.

Nombreux de tous ces réfugiés dans leur propre pays nombreux sont déjà à Bwegera un centre sur la route Uvira – Bukavu, sans assistance humanitaire de l’administration locale. Les ONGs locales et internationales agissent timidement dans un climat d’insécurité latente, mais stigmatisante. Un centre habité majoritairement par les membres de la tribu Banyamulenge qui sont eux-mêmes régulièrement la cible de menacés par les tribus voisines notamment Bafulero.


Être abandonnés par l’armée, l’administration locale et la communauté internationale fait penser incontestablement à Gatumba en 2004. Les auteurs de ce génocide continuent à roder impunément dans la région. Tenez bien ! Les réseaux sociaux sont inondés des messages d’idéologies génocidaires véhiculées par les membres des communautés voisines faisant appel à la réédition de ce sinistre carnage de Gatumba en 2004.

En effet, dans un pays où l’impunité est chroniquement un fléau politico-structurel notre crainte est justifiable et devrait faire l’objet non seulement d’interpellation de tout un chacun mais aussi d’une intervention immédiate. Dans tout ça où sont les FARDC ? C’est la question que tout un chacun se poserait ?


Le capitaine kasereka Dieudonné porte-parole d’une armée de la 25eme heure



Les FARDC sont une armée à part. On ne les a jamais entendu par exemple pourchasser les Mai-Mai dans leurs fiefs respectifs. À Lulenge, Kipupu et Masango les sièges respectifs des Mai-Mai (Babembe, Bafulero et Banyintu) dans les trois territoires précités aucune balle des FARDC n’y est jamais tirée. En revanche, lorsque les bergers Banyamulenge poursuivent les assaillants qui ont razziés leurs bétails, ils reçoivent des balles dans leurs dos provenant des positions FARDC qui ont pourtant vu les Mai-Mai emporter ces vaches sans intervenir.

De plus, on n’a jamais vu un Mai-Mai arrêté par elles pour possession illégale d’arme. Dernièrement, à Minembwe on les a vu arrêter une pauvre mère piégée par l’un de leurs, soi-disant qu’elle se serait rendue coupable d’achat d’une arme. Si tel est le cas, comment un militaire peut-il vendre son arme de guerre dans une zone opérationnelle et on lui laisse vaquer à ses occupations quotidiennes sans qu’il soit interpellé ?

Son porte-parole de Sokola 2 est un homme atypique et trop partisan. Ses reportages véhiculent une idéologie discriminatoire envers certaines communautés. Les autorités politico-militaires provinciales ne semblent y voir aucun inconvénient. Attitude qui l'encourage à en dire davantage et afin d'interdire indirectement les communautés de regarder ensemble dans la même direction, en d'autres termes à ne pas s'aimer, c'est-à-dire à se détester, s’abhorrer et donc, à ne pas pouvoir envisager de cohabiter pacifiquement. Il est très offensif verbalement dans ses prises de positions sur les radios nationaux que périphériques et sur les réseaux sociaux. Parmi les milliers des bovidés et ovidés des Banyamulenge razziés, reçoit-il des gracieuses prébendes ? Il y a de quoi aussi se demander si la déontologie militaire lui autorise telle attitude ?

Etonnamment, ces forces étrangères ci-haut citées qui sont très actives sur terrain et qui ne terrorisent pas seulement les seules Banyamulenge ne sont pas du tout ni inquiétées par ces FARDC et surtout ne constituent pas une problématique urgente pour les autorités provinciales.

In fine, dans un état digne de ce nom les autorités politico-militaires devraient assurer normalement leurs taches convenablement. Nous implorons la nouvelle équipe gouvernementale de parer au plus vite afin que l’innommable ne soit pas commis. Le moment est grave pour notre communauté. Soudons-nous, travaillons ensemble et supplions le Seigneur à déjouer ce carnage ou cette solution finale en cours de nos frères et sœurs innocents.


le 30 avril 2021


Par Rumenge Nt. Alain, M.Sc.

Lecturer et Militant de la lutte pour les droits de l’homme.


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