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  • Paul KABUDOGO RUGABA

La République Démocratique du Congo : Entre Crise Générale et Menace de Génocide et démocide des Tutsi

Dernière mise à jour : 23 mai

1.      La République Démocratique du Congo : Entre Crise Générale et Menace de Génocide et démocide des Tutsis

La République Démocratique du Congo (RDC) est un pays confronté à des défis complexes et variés, qui touchent l'ensemble de sa population. Parmi ces défis, la mauvaise gestion et la corruption systémique figurent en tête, conduisant le pays vers une situation de chaos presque ingérable. Toutefois, en plus de ces problèmes généralisés, une partie de la population, en particulier les Tutsi, fait face à des menaces spécifiques et graves, incluant le rejet systématique et la menace d'un génocide et d’un démocide sans nom.

La RDC est souvent décrite comme un pays riche en ressources naturelles mais pauvre en termes de développement humain et économique. Cette contradiction est largement attribuée à une mauvaise gestion chronique et à la corruption qui gangrène tous les niveaux de l'administration publique et privée. Les infrastructures sont en ruines, le système de santé est défaillant, l'éducation est en crise, et les services de base sont presque inexistants pour la majorité des Congolais.

Les effets de cette mauvaise gestion se font ressentir quotidiennement : inflation galopante, chômage massif, insécurité alimentaire, et accès limité aux services essentiels. Ces conditions créent un environnement où le désespoir et la frustration sont monnaie courante, rendant la population vulnérable à des manipulations politiques et à des discours haineux.

En plus de ces problèmes communs, les Tutsi en RDC font face à des difficultés particulières. Ce groupe ethnique, souvent pris pour cible dans des conflits régionaux, est confronté à une hostilité croissante. Les Tutsi sont régulièrement accusés de tous les maux du pays par certains groupes politiques et sociaux, une stratégie de bouc émissaire qui rappelle tristement des épisodes historiques de violence ethnique.

Depuis les événements tragiques du génocide de Tutsi rwandais en 1994, ceux de la RDC sont souvent perçus avec suspicion et hostilité. Ce rejet s'est intensifié au point que des discours de haine et des appels à la violence contre les Tutsi sont de plus en plus courants. Ces discours ne se limitent pas à des paroles, ils se traduisent souvent en actes de violence directe, forçant de nombreux Tutsi à vivre dans la peur constante d'une nouvelle explosion de violence, ou à fuir le pays pour trouver refuges ailleurs à l’étranger.

L'une des menaces les plus graves qui pèse sur les Tutsi en RDC est celle d'un génocide et d’un démocide. Entendez ici par le mot démocide, "tout meurtre commis par le gouvernement, par des fonctionnaires agissant sous l'autorité du gouvernement. Autrement dit, ils agissent conformément à la politique explicite ou implicite du gouvernement ou avec l’approbation implicite ou explicite des plus hauts fonctionnaires."R.J. Rummel

Le monde est témoin des signes qui sont alarmants : incitations à la haine, attaques ciblées, et déshumanisation systématique, razzias, . Ces éléments sont des indicateurs bien connus des génocides passés. Ils ont été suivis par de pogromes, de cannibalismes des masscres. Aucune intervention pour prévenir. Les organisations internationales et les défenseurs des droits de l'homme ont rarement mis en garde contre le risque de génocide en RDC, et les actions concrètes n’ont pas suivi témoignant une certaine complicité. Et même la plainte déposée par le collectif des avocats auprès de la cours international de la Haye a été classée sans suite dans les tiroirs.  Entretemps, le cauchemar continu son cours.

C’est une question d'injustice notoire. Il est incompréhensible que les Tutsi autochtones puissent rencontrer des difficultés à vivre dans leur pays sous le prétexte fallacieux d'une prétendue confusion entre eux et leurs frères d’autres pays. Ils se voient toujours refuser des droits et des opportunités qui devraient leur revenir de plein droit en tant que citoyens congolais. Les massacres contre eux sont organisée par le pouvoir en place.

Il est également incompréhensible que les Tutsi transplantés en 1934 soient rejetés en bloc. Ils sont victimes d'une histoire méconnue. Ils ne devraient même pas être qualifiés de transplantés. À cette époque, le Congo, le Rwanda et le Burundi formaient une entité géopolitique unique sous l'administration coloniale belge. Les mouvements de population qui ont eu lieu pendant cette période doivent être considérés comme des déplacements internes dus à des raisons économiques, et administratives. Des pareils mouvements ont toujours existé et existe encore à l’intérieur de chaque pays. On ne peut pas leur exiger de demander la nationalité.

Il en est de même ceux venus en 1959 qui sont rejetés en dépit de leur contribution au développement du pays (réalisation d’Inga, sidérurgie de Maluku, installation des lignes électriques haute tension d’Inga vers le Katanga, Télécel, AYIST, Kin Motor etc. ils ont fui les violences au Rwanda provoquées par les Belges qui administraient le pays, pour chercher refuge dans ce qui était alors une partie intégrante de leur territoire élargi. Les qualifier de réfugiés au sens strict et de manière péjorative est donc historiquement incorrect et injuste. Ces personnes étaient en réalité des déplacés internes, victimes de circonstances qui échappaient à leur contrôle en occurrence de conflits politiques dans la région. Comment peut-on alors leur refuser la nationalité congolaise de manière farouche?

Un contraste frappant, les Hutu réfugiés de 1972, qui ont fui le Burundi ont souvent bénéficié d'une intégration plus rapide et plus favorable en RDC. Bien que leur situation mérite également de la compassion et de l'assistance, la disparité de traitement entre eux et les Tutsis de 1959 soulève des questions sur la cohérence et l'équité des politiques d'intégration en RDC.

 Peu après, les Hutu réfugiés de 1994 qui ont fui le Rwanda après le génocide des Tutsi, sont rapidement intégrés sans autre forme de procès, mieux que les autochtones tutsi sur lequels ils ont le pouvoir de matraiter et de tuer impunément. Cette situation met en lumière une profonde injustice et une discrimination systématique vis-à-vis d’une ethnie. 

Cette intégration sélective met en lumière une discrimination manifeste à l'égard des Tutsis, exacerbée par des préjugés ethniques et des tensions politiques régionales. Le problème n’est pas celui de réfugiés mais plutôt de l’ethnie Tutsi que l’on ne veut pas tout simplement, un racisme masqué.

Le rejet systématique des Tutsi depuis 1934 a des conséquences profondes et durables sur la cohésion sociale et la stabilité de la RDC. En marginalisant cette communauté, la RDC perpétue des divisions ethniques et alimente des tensions qui facilement dégénèrent en violence récurrentes. De plus, cela envoie un message dangereux selon lequel certaines populations peuvent être traitées de manière injuste et inégale en fonction de leur origine ethnique.

Cette discrimination empêche également les Tutsi de participer pleinement au développement économique et social du pays. En leur refusant la nationalité, la RDC se prive de la contribution d'une partie de sa population qui pourrait jouer un rôle crucial dans le progrès et la prospérité nationale.

Pour corriger cette injustice historique, il est impératif que la RDC entreprenne des réformes substantielles de sa politique de citoyenneté et d'intégration. Il est essentiel de reconnaître les Tutsi descendant de parents installés en 1934, et même ceux de 1959, comme des citoyens à part entière, avec tous les droits et responsabilités que cela implique. Ils sont nés en RDC et y ont des descendants jusqu’aux petits-enfants. Ce geste ne serait pas seulement une réparation morale, mais aussi une étape cruciale vers la réconciliation nationale et la paix durable. Pourquoi la RDC doit-elle faire exception aux normes internationales ? Pourquoi les Congolais installés ailleurs acquièrent-ils leur citoyenneté après cinq ans de résidence, alors qu'elle est refusée à ceux qui sont présents depuis des décennies, voire des siècles ?

Les autorités congolaises, en collaboration avec la communauté internationale, doivent mettre en place des mécanismes pour garantir l'égalité de traitement pour toutes les communautés ethniques. Cela inclut la promotion de politiques inclusives, la lutte contre les discours de haine et la protection des droits de toutes les populations vulnérables.

 

2.      L'Avènement de l'AFC : Une Reponse et une Nouvelle Dynamique Politique en RDC

L'annonce de la création de l'Alliance Fleuve Congo (AFC) a suscité des réactions vives et variées au sein de la République Démocratique du Congo (RDC). Des groupes se présentant comme nationalistes mais plutôt des trouble-fêtes, motivés par des agendas politiques et idéologiques obscurs ont immédiatement utilisé les réseaux sociaux, notamment X (anciennement Twitter), pour discuter et rejeter ce nouveau parti politique au nom de certaines communautés. Ils sont libres d’exprimer leur opinion mais n’ont pas le droit et le pouvoir d’engager la communauté. C’est une erreur de leur part qu’ils doivent corriger. Ils devraient savoir, cependant que ce ne sont ni le M23 ni l’AFC qui sont leur ennemi. Loin de la! L’ennemi du pays ce sont les système Mobutu, Kabila et Tchisekedi tel qu’ils se sont succédé empirant de manière graduelle la situation.

Cependant, leurs critiques ignorent souvent les raisons profondes de la création de l'AFC et les défis auxquels elle tente de répondre. L'AFC est entièrement une émanation des mêmes dynamiques que l’AFDL, le RCD et le CNDP, mouvements précédents souvent associés à des conflits et à des controverses mais plutôt nés suite l’existence d’une question jusqu’à présent non résolue. Il aspire à apprendre de leurs erreurs, à compléter ce qu’ils n’ont pas réussi, et à proposer des solutions inclusives et durables.

L'AFC a été créée dans le contexte d'une RDC marquée par des décennies de conflits armés, de mauvaise gouvernance et de fragmentation politique et tribalistes. Contrairement à ce que certains critiques prétendent, l'AFC, comme le M23 avant elle, est née de la volonté de résoudre les problèmes profonds du pays, notamment l'insécurité, l'instabilité politique, le tribalisme et le sous-développement économique.

Les fondateurs de l'AFC espèrent apporter une nouvelle dynamique en proposant des solutions concrètes et en rassemblant diverses forces politiques et sociales autour d'un projet commun pour la RDC. L'objectif est de créer un environnement politique stable et propice à la reconstruction nationale.

Un des principaux défis auxquels l'AFC doit faire face est l'adhésion massive de certains groupes armés, notamment les Maï-Maï. Parmi eux se trouvent des individus accusés de crimes graves, y compris des actes de génocide. Cette situation pose un risque majeur : l'inclusion de tels individus pourrait faire obstacle à la justice et compromettre la légitimité et les objectifs du nouveau parti.

L'adhésion massive des Maï-Maï à l'AFC représente une véritable bombe à retardement. Si ces individus ne sont pas correctement filtrés et jugés pour leurs crimes, l'AFC risque de reproduire les erreurs de l'AFDL et du RCD, où l'impunité a souvent prévalu et les réintégrés d’hier devenu nombreux et une fois au pouvoir, sont revenus au lendemain en bourreaux.

Pour éviter les erreurs du passé, il est essentiel que l'AFC inclue dans ses structures et ses pratiques des mécanismes clairs pour garantir la justice et la réconciliation. Cela signifie que les exigences des victimes des conflits doivent être au centre des préoccupations du nouveau parti. La question des Tutsis doit être réglée définitivement. Les réfugiés doivent regagner leur pays. Les responsables de crimes graves doivent être identifiés, jugés et punis conformément à la loi.

Il appartient alors aux politiciens tutsi, Banyamulenge et Nord-Kivutiens, de saisir l’opportunité d’inclure leurs revendications dans le programme politique du parti, plutôt que de continuer à débattre sur la nécessité d’adhérer ou de s'opposer farouchement. Vous n’avez pas d’autre choix que d’adhérer. Car rester avec Tshisekedi, c’est accepter de mourir chaque jour et pour toujours.

L'AFC doit également promouvoir une culture de tolérance, de transparence et de responsabilité. En s'assurant que les adhésions se font de manière responsable et en excluant les individus impliqués dans des crimes graves, le parti peut renforcer sa légitimité et sa capacité à contribuer réellement à la paix et à la stabilité en RDC.

L'avènement de l'AFC marque une nouvelle étape dans la dynamique politique de la RDC. Bien que confronté à des critiques et à des défis importants, ce nouveau parti a le potentiel de contribuer à la résolution des problèmes profonds du pays. Pour réussir, l'AFC doit apprendre des erreurs du passé, promouvoir la justice et la réconciliation, et inclure les exigences légitimes de toutes les communautés congolaises. En faisant cela, l'AFC pourrait devenir un acteur clé dans la construction d'un avenir plus stable et prospère pour la RDC.


3.      La République Démocratique du Congo : Le Piège de la Politique de Bouc Émissaire

En République Démocratique du Congo (RDC), il existe une tendance préoccupante que les Congolais ont créée et dont ils peinent à se défaire : nombreux sont ceux qui pensent que pointer du doigt le Rwanda et le mouvement M23, perçu comme rwandais, peut les aider à se faire mieux comprendre ou à trouver des solutions à leurs problèmes internes. Cette stratégie de bouc émissaire, particulièrement visible dans la classe politique, se manifeste également chez certains Banyamulenge. Ils oublient que ce langage accusateur est le même que celui de leurs ennemis historiques acharnés, des individus et des groupes qui ont activement incité ou participé aux violences et aux massacres contre les Tutsi en RDC, tels que Bitakwira, Gbanda, Kwebe Kipele et d'autres instigateurs du génocide.

En adoptant des discours similaires, certains Banyamulenge se placent involontairement du côté de ceux qui ont perpétré et justifié des atrocités contre leur propre communauté. Cette assimilation des discours haineux non seulement légitime les actes de violence passés, mais aussi empêche toute possibilité de réconciliation et de paix durable.

Ces figures avec bien d’autres et le pouvoir de Kinshasa  ont longtemps utilisé la rhétorique anti-Tutsi pour justifier des actes de violence et de démocide à l'Est de la RDC. Leur discours est basé sur la diabolisation des Tutsi et de leurs frères de race alliés présumés, alimentant ainsi un cycle de haine et de représailles qui ne prennent pas fin.

L'accusation constante contre le Rwanda, les Tutsi et l'Ouganda est une manœuvre classique de détournement de responsabilité. En pointant un ennemi extérieur, les acteurs politiques et sociaux en RDC cherchent souvent à masquer leurs propres faiblesses et échecs. Cette stratégie de bouc émissaire, bien que séduisante à court terme, est profondément destructrice. Elle détourne l'attention des véritables problèmes internes et empêche la recherche de solutions constructives.

L'utilisation de la politique de bouc émissaire a plusieurs conséquences néfastes pour la RDC :

-   Division Interne : En pointant constamment du doigt certaine communautés, les différents groupes au sein de la RDC se fragmentent davantage, sapant toute tentative de solidarité nationale.

- Entrave à la Paix : Les discours accusateurs et haineux empêchent les efforts de réconciliation et de paix. Ils perpétuent un climat de méfiance et de ressentiment qui rend difficile tout dialogue constructif.

-  Déviation des Priorités : L'attention détournée des véritables problèmes internes – tels que la corruption, la mauvaise gouvernance, et le sous-développement – signifie que les solutions nécessaires ne sont ni recherchées ni mises en œuvre.

Il est crucial pour les Banyamulenge et d'autres groupes en RDC de reconnaître les dangers de la politique de bouc émissaire. En adoptant une perspective plus nuancée et en se concentrant sur les véritables causes des problèmes internes, ils peuvent commencer à reconstruire un tissu social plus solide et plus cohésif

 

4.      L'Importance de l'Exploitation des Relations : Une Clé pour les Prodiges de la Vie

Dans la vie, il est crucial d'exploiter toutes les relations, même celles qui semblent minimes ou lointaines. Chaque connexion humaine possède un potentiel immense et peut servir de porte d'entrée vers des opportunités inattendues et des réalisations extraordinaires. Les liens fondés sur des origines communes, la même culture, la même langue, les mêmes appartenances régionales, la même religion, les mêmes intérêts et les mêmes goûts sont des atouts précieux. Pour maximiser ces relations, il est souvent nécessaire de démêler la politique et de laisser le champ libre aux autres types de relations humaines.

Les relations fondées sur des racines communes, qu'il s'agisse d'origines ethniques, culturelles ou régionales, offrent un terrain fertile pour la confiance et la collaboration. Les personnes partageant des antécédents similaires sont plus susceptibles de comprendre mutuellement leurs perspectives, leurs valeurs et leurs défis. Cela crée une base solide pour le soutien mutuel et l'entraide.

Par exemple, les communautés diasporiques illustrent parfaitement comment les liens culturels et régionaux peuvent être exploités pour créer des réseaux de soutien puissants. Ces réseaux facilitent l'intégration des nouveaux arrivants, offrent des opportunités économiques et jouent un rôle crucial dans la préservation de l'identité culturelle.

La langue et la culture partagées sont des outils puissants pour créer des ponts entre les individus. Elles permettent une communication efficace et une compréhension profonde des nuances culturelles. Ces éléments sont essentiels pour bâtir des relations durables et significatives. C’est pourquoi je m'oppose fermement à la transformation du Kinyamulenge en une nouvelle langue. Le Kinyamulenge, étant une variante du Kinyarwanda et du Kirundi, devrait plutôt servir d’intermédiaire pour rapprocher ces deux langues sœurs. Les langues sont là pour la communication et non pour la complication.

Les échanges culturels et linguistiques peuvent également ouvrir des portes vers des collaborations créatives et professionnelles. Les Banyamulenge doivent impérativement ressusciter leur culture, assombrie par un christianisme mal assimilé, pour pouvoir trouver un cadre d’échange avec les autres et donner une véritable image de leur identité.

Les intérêts et les passions partagés sont des catalyseurs puissants pour établir des relations profondes et enrichissantes. Qu'il s'agisse de passe-temps, de sports, de causes sociales ou d'objectifs professionnels, les personnes qui partagent les mêmes passions peuvent se soutenir mutuellement et créer des synergies incroyables.

Les clubs, les associations et les communautés en ligne basées sur des intérêts communs sont des exemples concrets de la manière dont ces passions peuvent unir les individus. Ces groupes offrent non seulement un espace pour l'épanouissement personnel, mais aussi des réseaux précieux pour le développement professionnel et l'innovation. Pourquoi le Nord-Kivu, réputé pour ses fromages originaux, ne pourrait-il pas initier le Sud-Kivu, le Tanganyika et l’Ituri afin que, ensemble, ils imposent leur marché au niveau international ? pourquoi ne pas créer les associations des éleveurs pour défendre leurs intérêts menacés?


5.      La Politisation de la Vie : Un Obstale à la Paix et à la Cohésion Sociale

Dans un monde où la crise politique semble sans fin, la politisation envahit tous les aspects de la vie quotidienne. Tout le monde devient politicien, et chaque interaction, même celles qui devraient être les plus personnelles et intimes, est teintée par des considérations politiques. Les relations fraternelles et amicales ne sont pas épargnées par cette emprise, ce qui envenime les efforts de rapprochement et entrave le processus de paix.

Le cœur humain, fait de chair et non de pierre, est particulièrement vulnérable aux discours politiques. Que ces discours soient choquants et repoussent, ou séduisants et attirent, ils influencent profondément nos relations personnelles. La politisation de ces relations peut conduire à des divisions et des conflits là où il ne devrait y avoir que compréhension et solidarité.

Les familles et les amitiés, qui devraient être des sanctuaires de soutien mutuel et de réconfort, deviennent souvent des champs de bataille idéologiques. Les divergences d'opinions politiques peuvent provoquer des ruptures profondes, transformant des discussions normales en débats acrimonieux. Cette dynamique alimente un cycle de méfiance et d'hostilité qui nuit à la cohésion sociale.

Cette vision des choses envenime tout effort de rapprochement. Lorsque les individus sont constamment en garde, prêts à interpréter chaque mot et chaque geste à travers le prisme politique, il devient presque impossible de construire des ponts. Le dialogue est remplacé par des monologues concurrents, chacun cherchant à imposer sa vision du monde plutôt qu'à comprendre celle de l'autre.

Les processus de paix, qu'ils soient au niveau personnel ou national, sont gravement entravés par cette polarisation. La réconciliation nécessite une certaine ouverture d'esprit et une disposition à voir l'humanité dans l'autre, au-delà des étiquettes politiques et ethniques. Lorsque chaque interaction est politisée, cette ouverture devient difficile à atteindre.

Pourtant, il est crucial de se rappeler que la politique n'est pas le seul aspect qui puisse caractériser une société. Les sociétés sont également façonnées par leur culture, leur histoire, leurs valeurs communes et leurs aspirations. Les arts, la littérature, la science et la technologie, ainsi que les traditions et les pratiques communautaires, jouent tous un rôle vital dans la définition de l'identité collective.

Recentrer l'attention sur ces aspects peut aider à désamorcer les tensions politiques. Par exemple, célébrer des fêtes culturelles, participer à des projets communautaires, ou s'engager dans des activités créatives et éducatives peut renforcer les liens sociaux en mettant en avant ce qui unit plutôt que ce qui divise. Pourquoi alors ne pas y recourir?

Pour construire une société plus harmonieuse, il est essentiel de reconnaître et de valoriser ces autres dimensions de l'existence humaine. Cela nécessite un effort conscient pour dépolitiser certains aspects de la vie et pour encourager les interactions basées sur la compassion, la compréhension et le respect mutuel.

Les leaders communautaires, les éducateurs et les médias ont un rôle crucial à jouer dans ce processus. Ils doivent promouvoir des récits qui mettent en avant l'interconnexion humaine et les valeurs partagées, plutôt que de se concentrer uniquement sur les différences et les conflits politiques.

6.      La Prolifération des Médias Sociaux : Liberté d'Expression ou Menace pour la Société ?

Avec l'explosion des médias sociaux, le monde est témoin d'une prolifération sans précédent d'informations et, malheureusement, de désinformations. Bien que cette expansion soit souvent célébrée comme un triomphe de la liberté d'expression, elle engendre également une cascade d'âneries et de malversations qui nuisent profondément à la société. Les médias sociaux, autrefois considérés comme des outils d'émancipation et de démocratisation de l'information, sont désormais perçus par certains, pour le cas d’espèce en RDC, comme une menace majeure pour la cohésion sociale et la vérité.

Certes, la liberté d'expression est un pilier fondamental des sociétés démocratiques. Elle permet à chaque individu d'exprimer ses opinions, de partager des idées et de participer au débat public. Cependant, cette liberté, lorsqu'elle est exercée sans responsabilité ni discernement, peut conduire à des abus. Les médias sociaux, par leur nature ouverte et instantanée, offrent une plateforme idéale pour la diffusion rapide et souvent non vérifiée d'informations de toutes sortes.

Parmi les utilisateurs des médias sociaux, certaines entités malveillantes exploitent cette liberté pour diffuser des informations destinées à semer le chaos, la division et la méfiance. Ces acteurs, qu'ils soient des individus, des groupes organisés ou même des gouvernements, utilisent des tactiques de désinformation pour manipuler l'opinion publique à des fins politiques, économiques ou idéologiques.

Les fakes news, les théories du complot et la propagande trouvent un terrain fertile sur les plateformes sociales. Selon Jiri Pragman, “l’Internet est une toile où se projettent les passions comme les fantasmes, des pans de vie réelle et des réalités virtuelles, un réseau où se côtoient contestation et aliénation, fatalisme et fanatisme.” Ce mélange toxique de vérités et de mensonges rend extrêmement difficile pour les utilisateurs de distinguer le factuel du fictif.

Les effets néfastes de cette désinformation sont nombreux et graves. Elle sape la confiance du public dans les institutions, les médias traditionnels et même dans la science. Par exemple, la propagation de fausses informations sur les vaccins a alimenté des mouvements anti-vaccins, mettant en danger la santé publique. De même, les théories de balkanisation de la RDC via commune rurale de Minembwe, de l’expansionnisme tutsi et de l’empire Hima-Tutsi en  RDC ont provoqué des violences et des troubles sociaux tels qu’on les vit maintenant.

Les réseaux sociaux, en amplifiant ces mensonges et ces discours de haine, fragmentent la société en chambres d'écho où les individus ne sont exposés qu'à des informations qui confortent leurs préjugés et leurs croyances. Cela polarise les communautés et alimente les divisions, rendant le dialogue et la compréhension mutuelle de plus en plus difficiles.

Il est donc légitime de se demander si les réseaux sociaux représentent la pire menace pour la société contemporaine. Leur impact sur la santé mentale, la démocratie, et la cohésion sociale est de plus en plus documenté et préoccupant. Cependant, il est également important de reconnaître que les médias sociaux ne sont pas intrinsèquement mauvais. C’est l’utilisation qui est plutôt mauvaise.  Ils ont le potentiel de connecter les gens, de diffuser des informations vitales et de mobiliser des mouvements sociaux positifs si on les utilise dans ce sens.

La clé réside dans la régulation et l'éducation. Les plateformes sociales doivent être tenues responsables de la désinformation qui circule sur leurs sites. Des mécanismes de vérification des faits, des politiques strictes contre les discours de haine et la désinformation, ainsi qu'une transparence accrue sont essentiels. De plus, les utilisateurs doivent être éduqués sur la manière de critiquer les sources d'information et de ne pas se laisser entraîner par la vague de désinformation.

 


Communique de press du 22 Mai 2024
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Le 23 mai 2024

Paul Kabudogo Rugaba

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