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  • Paul KABUDOGO RUGABA

Le déracinement de Banyamulenge: Un macabre projet qui connaît d’immense succès

On se demande depuis quand "la vie" de Banyamulenge dans les Hauts-Plateaux du Sud-Kivu est devenue synonyme de transgression de la constitution congolaise et/ou de la foi jurée de certaines personnalités influentes qui font la loi en RDC.

Attaques sélectives de villages, prises d'otages et pillage des biens par les Maï-maï; traitement inhumain par les FARDC, notamment les arrestations arbitraires, les tortures, la privation de droit de défense et les exactions extrajudiciaires… tout est fait pour signifier aux Banyamulenge leur bannissement et leur exclusion de la communauté congolaise. Personne ne s’en émeuve. Décidément, ceux qui souhaitent que les Banyamulenge ne vivent un jour que dans les livres d'histoire de la RDC sont entrain de réussir le pari. Il n'est qu'avoir l'augmentation continue des destructions de leurs villages au nez et à la barbe de la MONUSCO et des FARDC pour s'en convaincre.

En effet, alors que tout le monde s'attendrait à ce que les politiciens ressortissants du Kivu optent pour la détermination d'un leadership capable d’accueillir les différences intracommunautaires, de les articuler sans les écraser, de les lier sans les réfuter et de les poser sans les opposer, on assiste à leur perpétuelle désinvolture vis-à-vis du danger lié à l'émergence et à la promotion des discours tendant à légitimer les actes barbares d'intolérance et d'instrumentalisation politique auxquels la communauté Banyamulenge fait face.

Au parlement provincial du Sud-Kivu, c'est la parole xénophobe contre les Banyamulenge qui se libère et qui tend à y ériger domicile depuis que l'honorable BULAKALI a appris à rédiger des pétitions émaillées de haine et agrémentées de fortes doses de préjugés idéologiques. Les ainés nous diront que ses prises de position ne sont qu’une écriture imitative soumise à la doctrine idéologique de son « role model » Anzuluni Bembe, l’auteur liminaire de la rhétorique anti-tutsi en RDC. En effet, pour ne pas se dérober à la nécessité de poursuivre l’œuvre inachevée par Anzuluni, l’honorable Bulakali ne sait que placer son curseur les Banyamulenge et sur l'insidieux et prémédité amalgame entre ethnie, langue et nationalité. On peut affirmer, avec moins de risque de se tromper que le principal intéressé est accro à l'idée de savoir que les Banyamulenge sont en difficulté tant son niveau de dopamine semble augmenter chaque fois qu'il reçoit un message sur des nouvelles attaques contre leurs villages. En parlant du colonel Makanika - un déserteur des FARDC qu'il a toujours décrit en des termes qui laissent place à l'intolerance et à la xénophobie - dans ses intempestifs messages sur les réseaux sociaux, il feint d'oublier le passé militaire de Yakutumba, tout comme les crimes dont ce dernier ne cesse de se rendre coupable, y compris l'attaque de la ville d'Uvira au 28 septembre 2017.

Ses collègues députés semblent ne pas comprendre qu’ils se laissent piéger par un de leurs qui veut les entrainer vers la piste privilégiant une approche axée sur la désignation du "coupable connu d'avance" - les Banyamulenge - dans l’analyse des problèmes qui touchent leurs bases. Ces coupables toujours pointés du doigt par l’honnorable Bulakali (et acolytes) sont tant discriminés au risque qu’une catastrophe naturelle ou un incident climatique soient désormais imputés à leurs membres qui devront répondre d’une tempête, d’une inondation, d’une mauvaise récolte… au nom de la dérive identitaire mal placée et/ou de la conspiration ourdie de mille forces cachées contre les Banyamulenge.

L'effet d'embrasement national de l'attaque du QG de MAI-MAI de Kipupu - pour laquelle les hommes et femmes politiques tant provinciaux que nationaux n'ont pas tardé à en tramer le récit - et le mutisme sélectif vis-à-vis des attaques et déplacements massifs des habitats Banyamulenge de Rurambo et de Muramvya - pour ne citer que les dernières en date - éclairent crûment l'état actuel de la gestion du conflit par les autorités, les organisations de la société civile et les médias.

Avec Kipupu, et bien que l'enquête mixte (parlement provincial, gouvernement provincial et la MONUSCO) ait revu drastiquement le bilan à la baisse, le chiffre de 220 personnes massacrées s'était installé rapidement. En revanche, on n’a pas entendu le moindre son de cloche quand il s’est agi des récentes attaques contre les villages Banyamulenge de Rurambo et de Muramvya. Les vaches razziées à Rurambo sont vendues dans les marchés publics à Runingu (plaine de la Ruzizi) et ailleurs au grand bonheur de Naluvumbu (le porte-étendard de l’idéologie MAI-MAI) et sa bande, dans l’impunité totale ! Il y a donc lieu de comprendre que l'enjeu mémoriel derrière le « massacre de Kipupu » n'ait été volontiers mis en avant par certains complotistes, notamment des politiciens et des acteurs de la société civile que pour cacher, comme l'arbre au milieu de la forêt, un massacre programmé au spectre plus large. Celui qui devra déboucher sur le déracinement total des Banyamulenge dans les Hauts et Moyens Plateaux de Fizi, Mwenga et Uvira.

En même temps et dans une conspiration du silence, le calvaire dure et s'empire chez les Banyamulenge. Des attaques contre leurs villages sont perpétrées sous le regard admiratif du général Muhima dont le grand mérite aura été de montrer qu'il y a, entre ces derniers et leurs voisins une différence de nature et de traitement. Il a beau savoir que son comportement est préjudiciable, il ne s'est pas empêché, pendant la durée de sa mission à Minembwe d'être aspiré dans une forme de mafieuse transaction qui plutôt lui a rapporté des économies rondelettes issues de butins de guerres à lui remis par ses protégés MAI-MAI dont il est devenu l’allié de poids. Si l’on veut bien ne pas lui faire de procès d'intention, impossible d'imaginer qu'en s’interdisant toute intervention de protection des civils Banyamulenge en danger de déracinement, - et ce en dépit de la présence pléthorique des troupes FRDC sous son commandement - il n’ait agi que pour assurer que leurs villages soient détruits, que leur bétail soit razzié et que les rescapés aux assassinats ciblés soient poussés à un départ définitif de la terre de leurs ancêtres.

L'ordre dans lequel les faits sont présentés par son rempart et indéfectible complice, le capitaine Kasereka, n'a d'autre objet que de gagner l'assentiment de la hiérarchie qui n'a pas le temps et la curiosité de vérifier ses propos. Qui d’autre pour lui infliger un démenti ? Personne. D’aucun savent que pour bien faire comprendre au public ce qui se passe, le capitaine Kasereka nous le raconte toujours dans des termes qu'il a de toute évidence choisis très soigneusement pour évoquer des faits qui sont totalement en décalage avec la réalité. Le général Muhima ne pouvait donc pas tergiverser à ordonner ou à passer lui-même aux actes criminels contre les Banyamulenge sur le sol de Minembwe dès lors qu’il est rassuré que le capitaine Kasereka se charge de nettoyer la potence.

Naluvumbu vendant les vaches pillées
Naluvumbu vendant les vaches pillées

Sinon, n’est-il pas scandaleux que les autorités ne se sentent pas interpelées face au contexte dans lequel un groupe de population, se trouvant dans un espace géographique bien circonscrit, devienne victime de la fureur dévastatrice des groupes armés coalisés ? Comment comprendre que des informations soutenues par les images révoltantes des femmes et enfants pris en otage par la milice MAI-MAI et alliés étrangers n'aient pas suscité la moindre ire du parlement provincial ? Jusqu'à quand le gouvernement fermera-il les yeux devant des personnalités politiques, même de plus connues qui continuent à s'afficher avec une aussi rare banalité sur les réseaux sociaux pour inciter à la haine dans un contexte de paix précaire ? Jusqu’à quand les hommes et les femmes épris de paix resteraient-ils indifférents vis-à-vis de ces barbaries ? Sont-ils tétanisés par la peur d'éventuelles menaces de représailles politiciennes pour ne pas oser dénoncer les « invulnérables » tireurs de ficelles et s’inscrire publiquement en faux contre leur démarche ?

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La victimisation, une idée qui s'est installée durablement

Pourquoi toujours et seulement vous ? Telle est la question posée à son Excellence Mr. Azarias Ruberwa par une journaliste de Télé 50 qui faisait référence au discours, plutôt très rependu de « victimisation » de Banyamulenge. Une regrettable et perpétuelle forme de remise en question des torts que ces derniers subissent et un moyen d’étouffer tout cri d’alarme par les victimes. Cela fait évidemment partie de la stratégie savamment conçue et mise en place par le bourreau pour balayer d’un revers de la main toute accusation à son encontre. La même question a été posée à Me Moïse Nyarugabo en pareilles circonstances.

En effet, honnête soit-elle, cette question permet de se rendre compte qu’en RDC, et malgré les moyens de la nouvelle technologie de communication, même un expert dans le domaine de l’information dont la communauté n'a pas été confrontée à la discrimination, ne peut, ni comprendre l'épuration ethnique en cours sur son territoire, ni ne peut non plus comprendre la lutte y relative. Ce qui est en soi et déjà un début de discrimination. Ainsi, quand un tel malheur se perpétue et quand la vérité finira un jour par gagner les consciences collectives, on ne parlera plus de « victimisation », mais de « malédiction ». Et dans ce cas, le bourreau aura toujours gain de cause !

Ajoutant à la réponse de son Excellence Monsieur Azarias Ruberwa - dont les mots clairs comme neige auraient, sous d'autres cieux révolutionnés la compréhension du conflit de Minembwe et constitués une excellente base pour le débat et la prise de décisions idoines – il y a lieu d’affirmer que dans une partie du pays où l'élite politique a été incapable de garantir les infrastructures socio-économiques de base et d'assurer le travail à la jeunesse, la communauté Banyamulenge et leur richesse ont été données en « sacrifice expiatoire » aux milices issues des communautés majoritaires. Les populistes en profitent pour grappiller plus de soutiens sur les réseaux sociaux et s’assurer du maintient de la fidélité de leur base électorale. Ils peuvent ainsi échapper à toute embêtante question relative à la redevabilité vis-à-vis des promesses électoralistes. Tant pis pour les victimes, pourvu que ces populistes aient l’ingénieuse idée de montrer du doigt les plateaux de Minembwe où « les boucs émissaires sont solvables ».

Tenez ! Des centaines de morts, des centaines de villages détruits par le feu et des centaines de milliers de vaches razziées ne sont pas uniquement une affaire ou un simple jeu arithmétique. Ils soulignent le poids de la terreur et la stratégie de l'agresseur pour son projet de déracinement des les Banyamulenge. Ce n’est pas parce que vous n’en revenez pas ou que vous ne croyez pas en ce qui se passe que cela n’a pas lieu.

Par leur cri de détresse à l’endroit du Président de la République et Chef de l'Etat dont le cheval de batail est la restauration de la paix et de la sécurité sur l'ensemble du territoire national, les membres de la communauté Banyamulenge demandent que le gouvernement s'engage à stopper les barbaries dont ils sont victimes et à leur préserver d’une complète disparition qui les attend.


*Kinshasa, le 12 juin 2021*

*Mukulu Le Patriote*

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