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  • Paul KABUDOGO RUGABA

Les FARDC à Kamombo: une opération de charme et séduction déjà ratée


Deux semaines après ce que les FARDC et leurs alliés Maïmaï qualifient de "mission réussie", ces derniers se sont lancés dans une campagne de charme et séduction auprès de la population. En effet, les FARDC et leurs alliés persuadent la population de retourner dans leurs habitations car la sécurité aurait été rétablie, affirment-ils. Cependant, cette opération s'annonce déjà plus compliquée que la "conquête" de Kamombo même. Pour deux raisons:

1. la prise de la localité s'est accompagnée de destruction (par incendie) sélective des habitations et récoltes appartenant aux Banyamulenge. Une façon de leur dire qu'ils ne sont plus désirés à Kamombo. Ceci s'inscrit dans la politique de l’épuration ethnique en cours sous la supervision des FARDC. On voit mal comment les Bafuliiru, Banyindu et Babembe retourneraient seuls à Kamombo.


2. La présence des Maïmaï aux côtés des FARDC à Kamombo n'est ni rassurante pour les Banyamulenge et moins encore pour les Babembe, Bafuliiru, Bavira et les Banyindu. En effet, la coalition FARDC- Maïmaï a une mauvaise réputation de vivre sur le dos de la population. Cette dernière est déjà appauvrie par plus de 4 années de guerre.

Pour résoudre ce problème les FARDC tentent de chasser les Maïmaï et de renforcer leurs troupes aux alentours de Kamombo. Mais plus on augmente le nombre de militaires, plus on fait porter un lourd fardeau à la population et plus leur insécurité s’accroît : une quadrature du cercle dont la solution n'est pas mécanique.

L'opération de séduction et de charme commencée par les FARDC est donc déjà vouée à l'échec.

Minembwe ce 27 août 2021

Mwanafunzi Simon





Eve Bazaiba et la haine ethnique : Méconnaissance ou ignorance de l'histoire ou signe de la montée de l'extrême droite au Congo ?

Les divisions à caractère tribal font la une de l’actualité en RDC. La population n'en reste pas moins scandalisée par les débats houleux, les échanges acerbes et les invectives xénophobes auxquels se livre, par médias interposés, l’élite congolaise. L'agitation observée au sein de la classe politique congolaise n'est que fruit des semailles de la saison d'octobre 2020 pour laquelle, dix mois après, on est en pleine phase de récolte de haine et exclusion tribalo-ethniques.

Même les églises ne sont pas épargnées. La saga de la désignation du nouveau président la CENI montre à quel point les désaccords fondés sur le tribalisme s'impriment de plus en plus la vie politique du pays.

D’aucuns retiennent que la terre propice aux semis de stigmatisation tribale a été préparée au sein de l'hémicycle du Palais de la Nation, lorsque les élus du peuple, dont les circonscriptions électorales manquent de l’essentiel pour leur développement se trompaient de combat pour se consacrer pleinement à distiller la haine ethnique tandis qu’ils ne sont, en aucun cas rappelés à l'ordre et à la réserve. Leur prestigieux statut de « représentant de la population » en est à lui seul une excuse. On aura tout vu au Congo de Lumumba !

Les journalistes et analystes politiques congolais ont (à tort ou à raison) l'habitude de dire que les congolais ont la mémoire courte. A l'appui de cette affirmation, le discours ségrégationniste et tribalo-stigmatisant tenu en octobre 2020 à l’hémicycle de l’Assemblée Nationale par la VPM Eva Bazaiba Masudi, alors député nationale, qui se plaisait à provoquer des salves de réactions indignées contre l’ancien ministre d’Etat Azarias Ruberwa (car président du RCD et donc cadre d’une ancienne rébellion), sa communauté (Banyamulenge) et sa commune d’origine (commune rurale de Minembwe) ont fait oublié aux congolais le parcours de celle qui doit toute son ascension politique et sa gloire (en apogée aujourd'hui) aux sacrifices suprêmes de la branche armée de la rébellion MLC dont la colonne vertébrale était constituée des Banyamulenge sous le commandement du feu Général Moustapha Mukiza (paix à son âme), un vaillant digne fils du pays et originaire de Minembwe. Nul donc besoin de rappeler ici, au passage et pour mémoire qu’au nom de l’exclusion ethnique, Mme Bazaiba ne s'agace de mordre la main qui l’a loyalement et fidèlement servi.

En effet, à l’instar de la VPM Bazaiba, élue de Basoko, province de la Tshopo, un des plus pauvres territoires du pays où les routes, l’eau et électricité restent encore des denrées rares et où les moyens de locomotion les plus modernes demeurent la bicyclette et la pirogue, la communication politique de bien de femmes et d’hommes congolais semble se flatter de mobiliser sur la haine plutôt que sur les résultats des programmes et promesses électoraux. Probablement parce qu’ils sont, on le sait, cruellement défaillants ! Les acclamations des élus du peuple portées vers l’Honorable Bazaiba quand, narquoise elle voulait savoir ce que serait la prochaine revendication des Banyamulenge après leur acquisition de la nationalité et des terres qu'ils revendiquent à travers l'érection de Minembwe en commune rurale en sont une éloquente illustration.

Il est pourtant constitutionnellement établi que les Banyamulenge sont congolais d'origine au même titre que le reste de 450 autres ethnies et tribus dont la limitation des frontières de la RDC a trouvé sur l’espace territorial qui deviendra le Congo. De même, la commune rurale de Minembwe se compte parmi 1000 autres communes promulguée au même moment et par la même autorité de tutelle à travers le pays. Mais comme le discours de haine ethnique est devenu l’assurance pour se hisser au plus haut de son piédestal politique et que Minembwe et les Banyamulenge restent la cible facile, les extrémistes de tous bords ne peuvent s’empêcher de recourir à la dérive identitaire et utiliser l’arme fatale de « faciès » pour exclure cette communauté de la citoyenneté congolaise et la priver ainsi de son droit de développement à travers une entité décentralisée plus proches des habitants.

Suite à cela, le monde n'a qu'une question au bord des lèvres : La VPM et élue de Basoko agirait-elle par ignorance ou serait-elle adepte de l'extrême droite congolaise portée par Martin Fayulu et ses lieutenants, dont Adolphe Muzito, Noël Tshiani, Muhindo Nzangi, Justin Bitakwira, Lwabandji Lwasi Ngabo, Homer Bulakalui, etc.

A l’allure où vont les choses, inutile d’être prophète pour parier que ce qui arrive aux Banyamulenge soit, à très brève échéance, vécu par d’autres communautés ou groupes ethniques en RDC. Les banyamulenge ne seront donc pas les seules victimes de l'exclusion et de la stigmatisation tribale. Ils en souffriront certainement plus, mais ne seront pas les seuls comme disait Jean de La Fontaine dans sa célèbre fable, les animaux malades de la peste : « Ils ne mourront pas tous, mais tous seront frappés ».

C'est exactement ce qui se passe aujourd'hui au Congo. Le concept de la « congolité » qui se veut une forme de nouveau esprit du contrat social et inventée pour empêcher une partie de congolais de jouir de leurs droits constitutionnels divise déjà les congolais. Un pays artificiellement construit et unis par le sort devrait pourtant combattre la politique d'exclusion. Mais fort est de constater que les vendeurs de haine tribale sont le mieux récompensés tellement ils sont plus visibles et mieux acceptés que ceux qui font la promotion des valeurs d'unité et de cohésion nationale. Les exemples de Eve Bazaiba, de Muhindo Nzangi et de bien d’autres (car ils sont de plus en plus nombreux) hissés au sommet de l'Etat à la faveur de leurs prises de position extrémistes et xénophobes va sûrement émuler la jeune classe congolaise qui ne manquera pas d’épouser et de pérenniser leurs idées.

Qui sème le tribalisme, ethnisme et le régionalisme récoltera nécessairement la division. Les pas de Mme Bazaiba guidés par Muhindo sur le terrain de Minembwe semblent bien naturellement porter le pays entier ainsi que toute sa classe politique vers cette division. Qui vivra verra.

Uvira lee 8 août 2021

Mwalimu Gérard


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