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19 juin – 4 juillet 2026 : deux dates qui ont changé le destin des Hauts-Plateaux

  • Paul KABUDOGO RUGABA
  • 9 juil.
  • 3 min de lecture

Depuis 2017, les Hauts-Plateaux de Fizi, Mwenga et Uvira ne comptent plus les années : ils comptent les tragédies. Chaque date inscrite au calendrier est devenue le rappel d'un bombardement, d'un massacre, d'un déplacement forcé ou d'un nouveau deuil. Pour la communauté banyamulenge, ces neuf dernières années ont été une succession d'épreuves où survivre est devenu un acte de résistance.

Jour après jour, les attaques se sont multipliées. Des villages entiers ont disparu sous les flammes. Les récoltes ont été détruites. Le bétail a été pillé. Les écoles se sont vidées. Les centres de santé ont cessé de fonctionner. Une population entière s'est retrouvée enfermée dans un territoire assiégé, privée de liberté de mouvement, de commerce, de soins et d'avenir.

Et pourtant, malgré cette guerre d'usure, une chose n'a jamais été vaincue : la résilience.

Au milieu de cette longue nuit, deux dates resteront gravées dans la mémoire collective : le 19 juin 2026 et le 4 juillet 2026.

Le 19 juin 2026 restera comme le jour où l'apocalypse semblait inévitable.

Après avoir ravagé les villages entourant Minembwe, la coalition composée d'éléments des FARDC, de l'armée burundaise (FDNB), des FDLR et de groupes Wazalendo franchit la rivière Rwiko. Le dernier verrou venait de céder. Minembwe se retrouvait totalement encerclé comme un œuf dans sa coquille. Aux yeux de nombreux habitants, la chute du centre n'était plus qu'une question de minute et non d’heures. Beaucoup pensaient assister aux derniers instants de leur communauté.

Mais l'histoire réserve parfois des renversements que personne n'ose imaginer.

Alors que la victoire semblait acquise, la coalition se désorganisa brutalement et battit en retraite. Ceux qui célébraient déjà leur triomphe abandonnèrent leurs positions dans la précipitation. Pour de nombreux Banyamulenge, ce retournement inattendu fut vécu comme une intervention providentielle, transformant ce qui devait être un jour de disparition en un jour de survie.

Puis vint le 4 juillet 2026.

Cette date marque la reprise de Point Zéro par l'autodéfense Twirwaneho.

Point Zéro n'est pas une simple colline. C'est la clé militaire des Hauts-Plateaux. Son altitude permet de contrôler les mouvements sur toute la région. Celui qui tient Point Zéro contrôle l'unique axe reliant Minembwe aux autres localités des Hauts-Plateaux et à la plaine.

Pendant des mois, cette position stratégique avait permis d'imposer un blocus presque total.

La conséquence fut dramatique : une population enfermée dans une véritable prison à ciel ouvert. Les habitants ne pouvaient plus accéder aux marchés. Les malades mouraient faute d'être évacués. Les familles étaient séparées. Les activités économiques étaient paralysées. Toute une communauté survivait dans un espace réduit, sous la menace permanente des bombardements et des attaques.

La reprise de Point Zéro n'a pas mis fin à la guerre. Elle a simplement redonné de l'air à une population qui étouffait. Aujourd'hui encore, le danger demeure. Les forces adverses restent présentes dans plusieurs secteurs et nul ne peut prédire la prochaine offensive. Mais, pour la première fois depuis longtemps, les habitants respirent un peu plus librement.

Le plus grand goulot d'étranglement qui demeure aujourd'hui n'est peut-être plus seulement militaire. Selon certains observateurs, il est également politique. Ils estiment que les décisions du président des États-Unis, Donald Trump, concernant les minerais stratégiques.  de la région privilégient les considérations économiques et géopolitiques, sans accorder une place suffisante aux conséquences humanitaires vécues par les populations civiles.

Selon cette lecture, l'intensification des combats sur les Hauts-Plateaux en 2026 s'inscrit dans ce contexte. Certains analystes estiment que le retrait du M23 d'Uvira, intervenu suite à la pression des Etats-Unis, a modifié l'équilibre militaire dans la région en permettant aux forces gouvernementales congolaises et à leurs alliés de redéployer davantage de moyens vers les Hauts-Plateaux. Cette interprétation conduit ces observateurs à considérer que les populations civiles banyamulenge ont payé un prix humain extrêmement lourd dans ces recompositions militaires.

Quelle que soit l'analyse retenue, une réalité demeure incontestable : des milliers de civils ont vécu pendant des années sous le siège, dans la peur permanente, privés des conditions les plus élémentaires d'une vie digne.

L'histoire retiendra peut-être que les batailles de Rwiko et de Point Zéro n'ont pas seulement été des affrontements militaires. Elles auront symbolisé le combat d'une population qui refusait de disparaître.

Car il est une vérité que neuf années de guerre n'ont pas réussi à effacer : on peut brûler des villages, détruire des maisons, imposer un blocus et semer la peur. On peut tout enlever à un peuple… sauf sa volonté de survivre.


Le 9 juillet 2026

 
 
 

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