Attaques aériennes, effondrement humanitaire et ciblage ethnique à Minembwe
- Paul KABUDOGO RUGABA
- il y a 2 jours
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Le 19 février 2025 constitue un point de rupture majeur dans l’évolution de la situation sécuritaire à Minembwe. À cette date, une frappe de drone a visé la zone et a entraîné la mort du général Rukunda Michel, acteur central de l’organisation de l’autodéfense banyamulenge. Son action avait joué un rôle déterminant dans la protection des populations civiles face à des dynamiques répétées de violence et de déracinement imputées aux autorités de Kinshasa. L’élimination de cette figure clé a significativement accru la vulnérabilité des civils, dans un contexte où le risque d’extermination collective était déjà structurellement présent.
À la suite de cet assassinat ciblé, on observe une intensification marquée et continue des attaques aériennes. Celles-ci s’inscrivent dans un schéma spatial et temporel cohérent : les localités de Mikenke, Minembwe Centre et ses périphéries, Rwitsankuku, Point Zéro et Rugezi font l’objet de frappes répétées. L’analyse de la distribution géographique des attaques indique que les villages ciblés sont exclusivement habités par des Banyamulenge, ce qui exclut raisonnablement l’hypothèse de dommages collatéraux et suggère une stratégie de ciblage fondée sur l’appartenance communautaire.
La cadence des frappes a atteint un niveau tel qu’il devient difficile d’en établir un inventaire exhaustif. À titre illustratif, le camp de déplacés de Mikenke aurait déjà subi plus d’une quinzaine de bombardements. Pour la seule semaine écoulée, plus de douze attaques aériennes ont été recensées. Cette répétition traduit l’existence d’un dispositif de coercition systématique visant à instaurer un climat de terreur durable parmi les populations civiles.
Les événements récents corroborent cette dynamique. Une frappe de drone a notamment détruit la maison d’un civil, Muafrika, à Minembwe Centre, dans le quartier Madegu, causant la mort de plusieurs personnes présentes sur les lieux. Cette attaque s’est produite à proximité immédiate du bureau de la commune rurale, dont le fonctionnement a été suspendu, ce qui laisse apparaître une volonté d’éliminer toute forme de présence institutionnelle dans les zones habitées par les Banyamulenge. La veille, six drones ont survolé la région et procédé à plusieurs largages de bombes à Point Zéro. Deux jours auparavant, une autre habitation civile avait été entièrement détruite à Minembwe, entraînant des pertes humaines supplémentaires.
La répétition de ces violences engendre des conséquences humaines et sociales particulièrement graves. Le quotidien des habitants est marqué par la peur constante, l’insomnie chronique et un état de stress prolongé. Les manifestations de traumatismes psychologiques collectifs sont désormais largement observables au sein de la population.
Les moyens aériens employés dans ces opérations comprennent des avions de type Sukhoï, des hélicoptères et, de manière prédominante, des drones armés. Selon les informations disponibles, ces appareils décolleraient principalement de Bujumbura et de Kalemie, deux bases arrières ayant remplacé celle de Kisangani dans le dispositif militaire régional.
Sur le plan humanitaire, la situation est caractérisée par un effondrement quasi total des infrastructures de secours. Aucune évacuation aérienne médicale n’est plus possible, les pistes locales étant devenues impraticables. L’hôpital de Minembwe ne dispose plus d’aucun médicament, y compris des traitements les plus élémentaires. Les femmes enceintes, privées de soins prénataux et de compléments nutritionnels, recourent à des pratiques de survie extrêmes, telles que la consommation d’argile ou de cendres de bois. Plus largement, la population, en l’absence de toute assistance médicale, utilise des remèdes empiriques à base de plantes, parfois toxiques, dans une tentative désespérée d’automédication.
Les autorités gouvernementales ont procédé, de manière délibérée, à l’interruption des communications dans la région, créant ainsi un environnement informationnel fermé. Cette mesure semble viser à permettre la conduite des opérations militaires en dehors de tout mécanisme de surveillance nationale et internationale, tout en réduisant au silence les acteurs susceptibles de documenter et de dénoncer les violations commises.
Dans ce contexte d’isolement imposé, il devient impossible d’établir avec précision l’ampleur et la nature exactes des atrocités perpétrées par les FARDC et leurs alliés sur le terrain. L’absence d’accès à l’information, combinée à l’impossibilité pour les témoins de communiquer librement, favorise une opacité totale et renforce les risques d’impunité pour les auteurs de violences graves contre les populations civiles.
L’examen cumulatif de ces éléments — ciblage exclusif d’une communauté donnée, attaques répétées contre des civils, destruction des moyens de subsistance et de communication, neutralisation des services publics et sanitaires, et traumatisation collective — permet de qualifier les faits observés à Minembwe comme relevant, tant sur le plan factuel que juridique, d’un génocide dirigé contre les Banyamulenge.
Le 30 janvier 2026
Paul Kabudogo Rugaba




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