Rechercher
  • Paul KABUDOGO RUGABA

De la jalousie et de l’amalgame à la base du génocide des Banyamulenges

Dernière mise à jour : 28 nov. 2020

Aperçu général

Les attaques menées par les milices tribales coalisées de Mai-mai sur la communauté Banyamulenge dans son fief à l’est du Congo, plus précisément sur les hauts plateaux d’Uvira, Mwenga et Fizi, font parler abusivement d’une guerre intercommunautaire. En réalité, cependant, il s’agit bien de toute autre chose : un génocide commandité, comme le prouvent certains faits : Il a fallu, le 26 décembre 2019, un seul mot d’ordre du général et commandant des opérations à Minembwe aux Mai-mai pour que ces derniers remettent en entier le troupeau des vaches qu’ils venaient de piller, sans discussion ni moindre incident. Cet exemple montre combien la volonté militaire de mettre fin aux massacres est absente . Si des tels ordres se donnaient chaque qu’il y a eu des attaques, on n’aurait pas à déplorer tant des pertes des vies humaines et des dégâts matériels déjà enregistrés.

Pour s’en référer au terme utilisé, c’est une guerre absurde, obscure, et énigmatique à plus d’une raison : Primo, ces attaques sont une forme d’une véritable folie collective, parce qu’elles n’ont pas d’objectifs réels visant un intérêt, ni celui de résoudre un problème quelconque, à part, seulement, de nuire, détruire, tuer, anéantir et exterminer une communauté bien ciblée. Secundo, tous les acteurs ne sont pas apparents. Les plus puissants (étrangers ou nationaux,) agissent sous l’ombre d’une main occulte, rendant ainsi impossible le moyen d’établir les responsabilités. Ils affichent au-devant les Mai-mai, déclarés l’ennemi éternel de Banyamulenge, comme les seuls responsables attitrés.

Cette guerre n’est pas un fait du hasard, ni un incident qui frappe à l’improviste. Elle résulte d’une longue préparation bien planifiée, d’une part, par ceux qui autrefois rêvaient l’épuration éthnique et, d’autre part ceux qui planifiaient la déportation de la communauté visée. C’est sur ce terrain d’entente que va se nouer une alliance entre deux groupes armés : les Mai-mai et le RED Tabara, (tous deux instrumentalisés par des gouvernement entiers), qui créent le désastre dans la contrée. Le bilan déjà très grave, ne fait que s’alourdir davantage du jour au jour : les massacres de la population Banyamulenge et la destruction totale du tissu économique et de l’habitat rendant ainsi la vie presque impossible dans cette partie du pays.

Pourquoi tout ce cela ? les spéculations des certains médias rwandais trouvent un alibi dans l’alliance qui aurait existée entre un individu surnommé Nyamusaraba et Kayumba Nyamwasa, l’opposant rwandais. Mais cela n’est qu’un prétexte. Comment une affaire qui n’est plus, et d’une personne qui ne représente pas du tout la communauté Banyamulenge puisse servir de motif pour exterminer une communauté ? Et encore, la chasse à l'homme sur les Hauts Plateaux n'est pas dirigé, en aucun cas, contre Nyamusaraba en personne, mais bien contres les innocent.C’est de la folie !

Durant ces évènements, on notera un phénomène assez contradictoire dans les déclarations des certains congolais, comme Nyamuhombeza Ombe et autres, qui ne cessent reprocher à L’AFDL et la RCD d’avoir eu une alliance avec le Rwanda dans le passé. Cette alliance est présentée comme cause du génocide encours. Cependant aujourd’hui, ils applaudissent Yakutumba avec ses Mai-mai quand ils sont instrumentalisés par la même puissance. Quelle est cette logique de substituer ce que l’on considère comme une erreur par une autre erreur de même nature ? Il est clairement établi ici que, la détermination d’un crime ou d’un ’exploit pour eux dépend de l’appartenance ethnique de l’auteur et non de la nature de l’acte en soit posé.

Michel Rukunda alias Makanika

Aujourd’hui c’est l’affaire de la disparition du colonel Makanika qui défraye la chronique et qui va servir de tremplin aux assaillants pour lancer des nouvelles attaques. Michel Rukunda alias Makanika, Ce loyal homme en uniforme est un officier supérieur des FARDC, avec une bravoure héroïque, dont les exploits légendaires sont très connus en de moments cruciaux de l'histoire du pays, notamment, dans la guerre menée contre les troupes d'occupation rwandaises en 2002 à Minembwe et la mise en déroute des M23. Et même jusqu’à présent, à Kalehe où il était basé, il est à la base des succès que connaissent les FARDC en capturant les éléments de FDLR que le gouvernement congolais rapatrie au Rwanda.

C’est à partir de là, sa base, que le col. Michel Rukunda s’est rendu à Kinshasa pour des soins médicaux le mois dernier. Curieusement, plutôt que d’être soigné seulement, il fut aussi soumis à des interrogatoires répétés à l’auditorat militaire à Kinshasa qui garda un œil sur lui. Sans doute que cette attitude de manque de confiance de l’État-Major à laquelle s’ajoute naturellement une situation révoltante de voir comment l’FARDC traitent avec légèreté les massacres des membres de sa communauté d’origine, seraient certains des élements qui l’ont poussé à décider autrement. Un mois plus tard après son depart pour Kinshasa, le porte-parole des opérations Sokola II au sud Kivu, la société civile d’Uvira ainsi que les médias, parmi lesquels ceux du Rwanda annoncent sa défection et lui prêtent des intentions qu’il n’a jamais déclarées, tout en lui déclarant tour à tour ennemi respectivement du Congo et du Rwanda. Il y a lieu de se demander pourquoi cet acharnement de la société et de ces médias alors que, deux ans durant, n’ont dit même pas un mot sur les barbaries commises par de Mai-mai et leurs complices sur les Hauts Plateaux. Ne serait-ce pas une façon partisane de voir les choses et une façon d’attiser le feu ?

Pour Marcelin CIKWANINE, « La défection du Col. Makanika n'est qu'une des conséquences de la défaillance de l'armée congolaise à rétablir la paix dans les hauts plateaux de Fizi, Uvira et Mwenga ». Contrairement à ce la société civile et les media disent, Marcelin affirme que « Le Col. Makanika est l'un des premiers officiers Banyamulenge qui avaient quittés l'AFDL en 1997 et ouvert le front de Minembwe contre l'agression rwandaise ». Il est difficile alors d’admettre qu’il ait aussi effacé facilement ses convictions profondes et ait opté changer radicalement de camps pour se rallier derrière une idéologie d’une prétendue balkanisation du pays. Il faudrait d’abord tenir compte de son nationalisme et de son vrai patriotisme, bien différent des ceux qui le chantent aux bouts des lèvres et trahissent par après le pays par leurs actes subversifs.

D’aucuns pensent que le col. Michel est tombé dans un piège que la FRDC et le gouvernement de la RDC sont entrain de tendre aux officiers militaires de souche Banyamulenge pour trouver toutes les bonnes raisons de les faire arrêter et les faire subir le sort de leurs aînés en 1996 et enfin étendre les massacres à grande échelle des Banyamulenge sous prétexte de mater une rébellion. La technique consisterait à multiplier des provocations et les les tortures morales les poussant à une révolte.

Déjà, le fait d’être strictement empêchés, sans qu’ils puissent intervenir pour secourir les leurs en détresse, alors que certains d’entre eux sont positionnés à moins 70 km de là où leurs parents sont en train d’être massacrés, est une torture. C’est dans cette optique que l'on pourrait classer l’intensification des exactions par le FARDC observées durant les deux semaines d’accalmie en décembres 2019 à Minembwe durant la période de festivités. Quatre civils ont été tués par balles, trois grièvement blessés, parmi lesquels un policier Munyamulenge poignardé par les éléments de FARDC pour s’être interposé et avoir voulu protéger un civil menacé. Quant aux viols , pillages et rançonnements, on en parle plus. C'est devenus monnaie courante.

Déjà, contre Makanika seul, les médias sociaux signalent un état d’alerte maximale au sein de FARDC, une mobilisation plus que celle le pays a fait lors des agressions de l’extérieure, que la RDC ne saurait jamais faire s’il s’agissait de voler au secours d’une populations en proie à des rebellions ou des milices tribales qui endeuillent tout l’Est du Pays. Les forces spéciales sont déjà mobilisées et même, semble-il que l’on a sollicité le concours des pays voisins réputés avoir des commandos spécialisés. Est-ce tout cela pour traquer un individu? Si tel est le cas, l’avenir de la RDC est encore sombre.

La désertion du Col. Michel n’est pas la première mais de loin la plus médiatisée. Pour ne citer que quelques cas, on se souviendra du major Njwapa et du colonel Kibukila alias Mutetezi, respectivement issus des communautés Banyindu et Babemebe qui tous deux ont quittée l’armée pour rejoindre les milices tribales, les Mai-mai, qui attaquent actuellement les Banyamulenge. Plutôt que de faire objet de poursuite judiciaire, les deux dissidents ont travaillé en étroite collaboration avec les commandants des opérations sur les Hauts Plateaux qui leur fournissent non seulement un appui logistique, mais aussi leur servent de bouclier. Le commandant Kibwana à Tulambo, est allé même jusqu’à leur envoyer de renfort pour combattre aux cotes d’eux.

La campagne de desinformation

C’est depuis 2017, qu’il s’est intensifié sur des réseaux sociaux une campagne de propagande visant à diaboliser la communauté banyamulenge victime ciblée, afin de préparer l’opinion nationale, manifestement avec un penchant favorable à la « tutsie-phobie », mais aussi ahurir et distraire avec des histoires sans tête ni queue, la communauté internationale, naturellement peu intéressée à la question en rapport avec les Banyamulenge. Ceci se manifeste par l’affichage d’une attitude de nonchalance et de mutisme notoire face, non seulement aux nombreuses dénonciations mais aussi au drame actuel que subit cette communauté, sous prétexte que ça a toujours été ainsi.

Alors que le débat éternel autour de thèmes évasifs relatifs à L’historique sur l’installation de Banyamulenge, leur « congolité » ou « nationalité » dans ce qui est devenu le Congo, la fierté de leur identité, l’appellation Banyamulenge et une prétendue balkanisation du Congo dont la commune rurale de Minembwe serait un prélude, fait le tour du monde, des recrudescences de violence les propagandes d’une haine inouïe, les tueries et les razzias se poursuivent bonnement, sans qu’aucune intervention ne les arrête. Le gouvernement du Congo, certainement partie prenante, se contente de faire des déclarations évasives, en répétant la même leitmotive « la situation dans l’est de la RDC nous préoccupe...» ! Que c’est ennuyant d’entendre toujours pareil discours hypocrite !


Jalousie ou possession démoniaque

Il faut qu’on le dise ouvertement, il s’agit d’un sentiment de jalousie à outrance ou d’un complexe d’infériorité devenu, plus qu’une obsession maniaque, une possession démoniaque à exorciser, ôtant aux esprits vils le sens de l’humanité. Donc, la base du problème opposant les bantous aux tutsi est avant tout d’ordre psychologique et non réel. C’est en cette forme de possession deshumanisante que l’on peut trouver l’explication quand Kwebe Kipele, Gbanda Honoré et autres de ce genre qui semblent souffrir d’hallucination de l’image tutsi, voient en tout le monde et en toute chose, un tutsi rwandais . D’après eux et leur partisans, Emery Patrice LUMUMBA, Kengo WADONDO, Azarias RUBERWA, Moïse NYARUGABO, Vital KAMERE, TSHISEKEDI Tshilombo Felix etc. sont tous des tutsi rwandais.

C’est toujours cette possession démoniaque qui va conduire les Interahamwe hutu génocidaires du Rwanda à afficher un comportement nécrophilie, observé lors du génocide de tutsi en 1994. Ceci n’expliquerait-il pas aussi le comportement des FARDC qui, malgré les accusations portées sur eux, ne cessent de recourir aux viols sexuels comme arme de guerre. C’est toujours la même qui est à l’origine du génocide de Hema par les lendu à Bunia. Quelle bassesse !

L’occupation du poste directeur de cabinet par le tutsi rwandais, Barthélémy BISENGIMANA RWEMA sous le régime de Mobutu est –traitée de crime abominable. Pourtant, les Congolais devraient être reconnaissant envers cet homme qui bien qu’étant refugié, a servi loyalement le pays au moment où il n’avait pas assez des cadres pour sa gestion.

Histoire de l'installation

Qui ignore que la République démocratique du Congo, dans sa dimension actuelle est le résultat, de la création européenne lors la conférence de Berlin en 1885. Qui ignore non plus, que cette conférence était convoquée, non pas pour l'intérêt de l'Afrique, mais plutôt des pays impérialistes ? Qui ne sait pas que, à cette époque, aucun Africain n’a été invité à prendre les assises à la réunion ? alors, pourquoi les africains doivent s’en prendre à eux-mêmes pour une situation dont ils ne sont pas les auteurs ? Pourquoi avoir de africains apatrides en Afrique même quand celle-ci est à eux ?

Les impérialistes ont divisé l'Afrique comme une terre vide, faisant ainsi abstraction des populations présentes. Alors que de nombreuses nations se sont retrouvées divisées en différents pays, d’autres d’origines différentes, se sont vues en revanche regroupées pour former une seule nation. Pour protéger leur intérêt, un principe inamovible a été établi : « c’est le principe d’intangibilité des frontières » par voie de conséquences impliquant « l’intangibilité des personnes ». Malheureusement, sur le plan pratique, toucher les frontières = se vouer à la mort, mai toucher la population est un fait banal courant, une routine pour les africains. Ce qui explique l’existence de vives tensions par-ci par-là en Afrique, du fait qu’il y a des peuples qui ne vivent plus mais survivent, parce que rendus apatrides sur le sol de leurs ancêtres.

La République démocratique du Congo partage les frontières avec l’Ouganda, le Rwanda, le Burundi, la Zambie, l'Angola, le Congo Brazzaville, les républiques centre Africaine et le Soudan. Les tribus vivant près de la frontière se trouvent à cheval sur les deux côtés de la frontière. Ce n’est pas aussi compliqué qu’une équation d’intégrale en mathématique. Qu’adviendrait-il si chaque tribu à cheval sur deux frontières passait de tribulations pareilles à ce que vit aujourd’hui les banyamulenge ?

On se souviendra que l’’absence d’une histoire complète de la République démocratique du Congo avant l’arrivée des Européens est une faille qui ouvre une brèche à la propagande. Les premières histoires ont été écrites par les Européens dans un contexte d’assoir la colonisation sont souvent incomplètes et erronées. Elles ont été écrites sans connaître le passé, sans comprendre nos les cultures et le sens de nos traditions ; mais avec le seul but de les aider à coloniser. Malheureusement, ils restent le seul cadre de référence pris parfois comme dogme de foi.

Il faut ajouter que, l’administration coloniale n’a pas offert l ´ égalité des chances à tous les habitants. Ceux qui se sont montrés dociles et coopératifs ont hérité de l'administration coloniale le pouvoir d’exercer le contrôle sur les autres. Les moins inféodés ont été simplement mis en marge de la société. Ce qui fut le cas pour les Banyamulenge.

Quoi que les malveillants veuillent forcement torsionner l’histoire, « Les faits sont têtus » dit-on. S’il est vrai que les Bafulero, les Bavira et les Babembe furent les premiers à occuper certaines parties du versant Est des montagnes surplombant la plaine de la Ruzizi et le littoral du lac Tanganyika, tel n’en fut pas le cas pour les hauts plateaux et même pour la plaine de la Ruzizi proprement dite. Il est incontestablement indéniable que les Banyamulenge furent les premiers à occuper les sommets de ces montagnes. Même si on ferait recours à l’analyse archéologique, on ne prouvera jamais le contraire. Dans son livre Les Pays d'Uvira, (Weis, 1959, p. 148) , tout en précisant que l’installation de Banyamulenge est antérieure à l’arrivée européenne écrit : « L’immigration des Ruanda [Banyamulenge], ne donna pas lieux a à des réactions hostiles de la part de Vira parce qu’elle se localisa en dehors des terres occupées par ceux-ci. Dès leur arrivée, les Ruanda ont, en effet, orienté leur activité pastorale vers le plateau en dehors du champ d’intérêt de l’agriculture Vira ; ils y ont dispersé les gardiens chargés de leur immense troupeau […] et poussé quelques familles jusque dans la région de Luemba, soixante kilomètres au sud-ouest d’Uvira, largement au-delà de la limite de la chefferie mais toujours dans des zones auparavant inoccupées. » Même jusqu’ à l’heure actuelle, aucun Vira ne vit et n’a jamais vécu sur cette partie. Comment alors parler de leurs terres sans qu’ils y aient foulé leur pied ni dans l’histoire ni dans le présent ? Les premiers Bembé et Fulero, pour la plupart des familles choisies comme capitas, étaient implantées par l’administration belge dans le cadre de la surveillance de Banyamulenge rejetés et refoulés par les colonisateurs. Weis insiste en disant que L’administration n’a pas cessé, pour autant, de les « surveiller » et, « faute de parvenir à l’solement politique voulu, changea radicalement de tactique en 1954 pour distribuer leurs villages entre les différents groupement » (Weis, 1959, p. 149).


Le Déni de la nationalité de Banyamulenge ou simple racisme

Bien que révisée et manipulée afin d’écarter une partie de la population, aucune constitution ne saurait contester la nationalité Banyamulenge sans remettre en cause l’établissement des frontières existantes. Aucune de ses révisions n’a écarté les communautés installées avant l’arrivée européenne. Actuellement, la constitution en vigueur de 2006 qui résulte des accords de Sun City, est encore plus large en ce qu’elle reconnait la nationalité congolaise d’origine à toute personne appartenant aux groupes ethniques dont les personnes et le territoire constituaient ce qui est devenu le Congo (RDC) à l` indépendance acquise en 1960. Sous cet angle, dans son article, L’apocalypse sur l’Itombwe ! Mgr Jérôme GAPAGWA NTEZIRYAYO écrit : « Du point de vue juridique et légal, aucun Congolais digne de ce nom et de foi ne peut contester la nationalité des Banyamulenge sans prendre le risque de se porter à faux contre la constitution en vigueur. Cela veut dire que ceux qui s’agitent et s’engagent sur le terrain du déni entrent dans la catégorie des hors la loi. Leur unique critère de jugement, c’est la haine tribale. » (Gapangwa, 2019). Après sa visite à Beni, Les cardinal Fridolin AMBONGA a eu le courage de confirmer la nationalité de Banyamulenge,(ceque ses prédecesseurs n'ontjamais fais) dans son discours de restitution.

Ce faisant, au terme de la loi sur la nationalité congolaise, la communauté BANYAMULENGE fait partie intégrante des congolais d’origine. Mais, pour contourner cette vérité scientifique, certains compatriotes se déploient à désinformer l`opinion tant nationale qu`internationale en qualifiant les Banyamulenge des Rwandais au motif qu’ils sont des Tutsi, une ethnie qu` on retrouve dans les deux Pays voisins, le Rwanda et Burundi. Cependant, dans cette rhétorique mensongère, ceux qui mettent en cause la nationale congolaise des Banyamulenge, se refusent délibérément à aborder la question de nationalité pour les autres peuples situés de part et d’autre de la frontière commune du Congo avec ses neufs Pays voisins. Même par rapport à la prétendue origine rwandaise, il est difficile de comprendre pourquoi seuls les Tutsi sont taxés de Rwandais alors que la majorité des populations dites Rwandophones, essentiellement dans le Nord Kivu est Hutu. Les Hutu étant aussi rappelons le, une ethnie se trouvant au Rwanda et Congo.

En terme précis, c’est du racisme ! Faut-il vraiment identifier la nationalité de quelqu’un sur base de critère de faciès ? S’il en est ainsi qui n’est pas rwandais et qui ne l’est pas ? Les Babembe, les Bafulero, les Bashi, les Banyidu, et les Bavira ressemblent totalement au Hutu du Rwanda et du Burundi. S’il faut prendre en considération le critère de lague et de culture, que dire, sans être exhaustifs de Bakongo dont les leurs sont identique de brazzavillois et Angolais ? Je suppose que, quand le prélat catholique, le cardinal Fridolin AMBONGA propose une identification, tient compte de cette réalité et que sa proposition s'applique à toutes les tribus du Pays. Si non, Pourquoi seulement l’Est du Congo?

Cette campagne anti Tutsi, longtemps entretenue est à l`origine de nombreuses souffrances qu’ils ne cessent d’endurer et risquent de prendre encore du temps avant de s’atténuer car, les mécanismes mis en place par le gouvernement pour y faire face ne sont pas à la hauteur des enjeux ou laissent croire simplement à une certaine complicité.

La campagne qui au départ se faisait dans les coulisses, puis via les réseaux sociaux et YouTube se fait publiquement dans des meetings organisés par des politiciens. L’antitutsisme est devenu une arme pour le « cursus honorum » et semble être actif dans tous les aspects de la vie.

On se souviendra de la création de Miss bantou, conçu spécialement pour l’exclusion de des filles tutsies du concours de Miss. C’était après la victoire éclatante de Miss Bénite Murekatete en 1985 à Kinshasa, qui a défrayé la chronique des contestateurs. La question fu tranchée quand Bénite fut réélue deuxieme dauphine au concours Miss Univers au niveaux mondiale. Ce qui coupa cours aux discutions inutiles. Mais il fallait prendre de mesures pour les y empêcher définitivement. Trente-quatre ans après, Esther Muhimpundu, dans son pays d’exil, le Kenya, vient de briser la chaine en postulant, contre vents et marais, pour la représentation de son pays d’origine, la république Démocratique du Congo, au concours de miss Zuri afirican beaty queens qui a eu lieu au Kenya le 18 décembre 2019. Bravo Mpundu, sortie victorieuse dans sa lutte, parce que deuxième après une kenyane, dans une compétition où 20 pays d’Afrique ont participé. Mais la question que l’on peut se poser : est-ce que sa candidature aurait-elle pu être acceptée si le concours était organisé en RDC ? Le chemin à parcourir est encore long !


Esther MUHIMPUNDU

Force est de constater malheureusement que cette discrimination dont sont victimes les Banyamulenge a atteint son point culminant. On peut considérer qu’au stade actuel, les préparatifs du génocide de Banyamulenge sont à leur phase finale. Les discours incendiaires dans le public sont un préambule du signal clair. Ceci se vérifie par des expériences antérieures et qui refont surface depuis près de trois ans dans les plateaux de Minembwe. Pour mémoire, en 1996, le commissaire de zone d’Uvira Shweka parlait de la chasse au serpent ; Lwabanji Lwasi Ngabo, alors le vice-gouverneur du sud Kivu, avait donné un ultimatum de 7 jour pour effacer les banyamulenge de la carte du monde, il s’en est suivi des massacres de Banyamulenge Bibogobogo, Kabela, Lusenda, Uvira, la chasse à l’homme à Bukavu etc. En 1998, le ministre Abdoulaye Yerodia Ndombasi à Kinshasa les appelait de vermifuge et demandait à la population de prendre des lances et les enfoncer dans le cul. Ce qui en est suivi est bien connu : une véritable boucherie humaine. Plus récemment encore, le 30 novembre, à Baraka, le député Omer Bulakali Mwanawabene reprendra les mêmes discours dans son meeting en invitant la population Babembe à commencer l’opération de tuerie le 2 décembre 2019. Que dire du mutisme du gouvernement face à des propos de haine aussi graves tenus par des hommes politiques! On aura tout vu, une inversion de valeurs, une sacralisation des anti-valeurs ! La question de terres et de la nationalité relèvent de la constitution et par voie de conséquence du gouvernement. Comment arroger cette prérogative à une bande des voyous sorties à peine d’une zone jadis décrétée zone rouge pour l’inconduite ? Comment expliquer que Même pas un seul responsable des confessions religieuses garant de l’autorité morale, n’ose s’inscrire en faux au nom de la dignité humaine et la personne image de Dieu ?

Que dire d’une armée envoyée pour intervenir et maintenir la paix qui au nom d’une neutralité mitigée, devient protectrice des assaillants ? Une armée a bien des égards collabore avec l’ennemi, pille le bétail, viole les femmes, tue les civils, approvisionne les Mai-mai ? 120000 vaches razziées avec sa complicité, plus de 40 morts tue à son actif, sans compter les blessées. Deux ans durant, les banyamulenge ont subi plus de 200 attaques sans qu’elle ait contrattaqué à une. Elles n’osent même pas opposer la moindre résistance aux armées étrangères qui ont transformé les villages banyamulenges en de champs de tirs pour leurs exercices d’entrainement.

Quant aux politiciens, n’en parlons plus, car en RDC, ils sont admis à commettre le forfait ! Ces pyromanes qui « ubi solutudiem faciunt, pacem appellant » reçoivent en signe d’encouragement, les promotions dans leurs carrières politique et sont en attente sur le registre des héros. Où va le Congo ? La justice étant sujette à la politique, même le mandat international d’arrêt de Abdoulaye Yerodia Ndombasi s’est vu annulé !


La fierté de l’identité ethnique face à un complexe d’infériorité

Qu’y a-t-il de plus beau d’être confiant en soit même, d’être fière de ce qu’on est. Loin d’être un péché, c’est le plus beau cadeau que l’on peut offrir à Dieu, lui reconnaissant ce qu’il a fait de vous. C’est une qualité recherchée et même cultivée. En quoi cela dérange ? en quoi conserver sa culture sa langue peut-il être un crime abominable ?

Les sentiments de complexe d’infériorité mêlé à une jalousie vis-à-vis de Banyamulenge se ressentent dans certaines expressions courantes : « Ninyi munapendanaka » …« munajivunia urefu yenu …pua yenu, ngombe zenu », « munapenda lugha yenu. » dans le débat autour des causes de conflits.

Disons plutôt que ce complexe est en partie une conséquence de la maladresse de l’administration coloniale belge qui après s’être vu octroyer le Rwanda et le Burundi, prit l’image du modèle calqué sur Rwanda avec un passé glorieux et le transposa aux Banyamulenge. C’est à partir de cette période que des questions relatives au mariage inter ethniques, qui, préalablement ne faisaient pas objet d’aucune préoccupation, ont été soulevées et ont été analogiquement associées aux relations hutu, twa et tutsi au Rwanda qui elles aussi sont présentées d’une manière très subjective. La Belgique a, en effet, créé dans son laboratoire politique toutes les raisons, pouvant attirer sur elle, la sympathie des prétendues dominés, afin de les instrumentaliser pour détruire les organisations jugées influentes. Ce fut alors le « divide ut impras ». Il ne faut pas perdre de vu que, à cette époque, les tutsi étaient perçus par les belges comme les favoris de l’Allemagne leur ennemis. C’est ainsi que le Banyamulenge furent traités de « menaçant de dominer les peuples congolais et de les soustraire à l’influence européenne ». (Weis, 1959, p. 149). C’et sous cette hypothèse que le tutsi est présenté comme le serpent à éviter, le dominateur, tout cela avec comme finalité, le faire haïr de partout.

C’est après cette période qu’est survenu ce que (Weis, 1959, p. 277) appelle les « antécédents fâcheux aux relations entre les Ruanda[banyamulenge] et l’administration ». Il cite entre autres : « le rejet d’un territoire à l’autre […] l’indécision quant à leur intégration (création puis désintégration du groupement Budulege) ». (Weis, 1959, p. 227). Cependant, poursuit-il ; « leur installation sur le versant du lac étant déjà réalisée, l’administration essaya dès 1930 de les empêcher de se fixer sur le plateau. » (Weis, 1959, p. 149)

Même s’il faut admettre que sur le plan culturel et linguistique il existe des grandes similitudes entre les banyamulenge et rwandais (ce qui n’est pas un péché mortel pour mériter un génocide), il faut reconnaitre aussi que sur le plan politique et organisationnel, il y a des fortes dissemblances au point où on ne peut pas copier et coller une situation de l’un l’appliquer à l’autre. Quand (Weis, 1959, p. 149) dit les Banyamulenge fournissaient « un système d’organisation de l’espace importé du pays qu’ils ont fui », on comprend qu’il se réfère aux données fournies par l’administration qui a mis en place un mécanisme de diabolisation. On ne peut pas comparer une monarchie d’une dynastie de plusieurs siècles à une simple organisation coutumière. Aussi faut-il préciser que même les composantes des sociétés sont différentes. Chez les rwandais et les burundais, on trouve de Twa, hutu et tutsi tandis que chez les Banyamulenge, tout le monde est tutsi. Qui alors domine qui ? Aussi sur le plan foncier, chez les Banyamulenge, la terre a toujours été une propriété collective contrairement à leur voisin de l’autre rive de la Ruzizi ou elle est une propriété privée.

La fréquence relativement basse des mariages entre le Banyamulenge et les communautés voisines (ce qui ne signifie pas qu’ils n’existent pas) furent de ce fait interprété comme un fait collaborant l’existence d’une supposée supériorité, domination des tutsi sur les autres groupes ethniques, en oubliant que la différence des cultures et de mode de vie, peut être la principale barrière. Il faut également signaler que c’est cette période que Mahina, commença les kidnappings des filles Banyamulenge qui fut la source du premier conflit opposant les Bafulero aux Banyamulenges.

A noter que, au paravent, toutes les différences étaient acceptées aisément comme un fait constituant l’harmonie de la nature. « Tous les poissons, quoique tous de même espèce et vivant dans une même mer, ont d’énormes différences quant à leurs formes et mode de vie .» dit-on.

Il n’existe à ma connaissance aucune règle coutumière interdisant le mariage entre diffèrent ethnies. Cependant, la différence de mode de vie empêche même un Mufulero, Mubemebe, Munyindu paysan de la basse classe à trouver un partenaire de sa tribu appartenant à la haute classe. Et même s’il existait une règle en ce sens, justifierait-elle des telles violences que l’on observe ? Quelle est cette tribu qui n’engendre pas les garçons et les filles au point à en vouloir aux autres ?

Appellation Banyamulenge

Il est un droit inaliénable de s’appeler comme on veut. La république démocratique du Congo tient le record des États qui ont changé les plus d’appellation ; État Indépendant du Congo (EIC), le Congo Belge, Congo, Zaïre, Republique Democratique du Congo (RDC). Il en est de même de sa nation. Les provinces et les territoires et les villes ont été à maintes reprises baptisés et rebaptisées. Les gens ont également changé de nom en fonction des orientations politiques. Tous les noms de baptême ont été supprimés et remplacés par des noms de famille dit « authentiques ». Et même, à l’heure actuelle, les personnes changent, augmentent des noms à leur grès jusqu’ à avoir bizarrement une longue liste de litanie des noms. Si tel est le cas général, pourquoi s’alarmer quand il s’agit seulement de Banyamulenge ? Les Bavira jadis étaient Bajoba. Les Babembe actuellement sont prénommés Babondo. Où est-ce que cela figure dans l’histoire ? tous les congolais ne sont pas tous issus de la tribu de Bakongo de laquelle le mot congolais prend origine. Non plus tous les Bakongo ne sont pas tous les congolais. Il existe de Bakongo angolais, gabonais et brazzavillois. Revenons sur le cas d’espèce, les Banyamulenges. Si une tribu a décidé de s’appeler ainsi, en quoi cela offense-t-il les autres tribus au point de se chagriner éternellement ?

Une prétendue balkanisation du Congo dont la commune rurale de Minembwe serait un prélude

Les pionniers de la balkanisation sont bien connus. Il s’agit dans l’histoire du Congo de la rébellion de katangais de Moise Tchombe au, Katanga, de la rébellion Simba dans le sud- Kivu de kabila et son equipe (malandula, ndalo, zabulon…), de maimai yila Paluku et Nyamwisi dans le nord Kivu , le mouvement Bundu dia Kongo de Ne Muanda Nsemi,et plus récemment Yakutumba chez les Babembe au sud Kivu. En aucun cas les tutsi en général et le Banyamulenge en particulier n’ont fait une déclaration en ce sens et ne figurent pas dans le palmarès des séparatistes. Au contraire, Rwakabuba Sheja du nord Kivu est parmi ceux qui se sont inscrits en faux à de la cession du Nord Kivu amorcée par Paluku. Les fables créées incriminant les Tutsis sont une spéculation, une torsion mensongère, juste pour se donner toutes les raisons de commettre le forfait. Ces histoires farfelues, sont des camouflages devenus le fer de lance pour couvrir derrière le sentiment de bassesses.

La décentralisation initiée par le gouvernement dans le cadre du développement du pays est perçue par ceux qui voient le monde à l’envers comme une balkanisation. Quelle honte d’entendre ce lui qui prétend être un député déclarer que la création d’une commune rurale est la source de la guerre ? Est-ce vraiment un leader ? si l’avenir de la RDC repose sur des tels politiciens, elle va tout droit à sa perdition.

Le carte du fameux empire Hima a été élaborée par la radio RTLM, instrument utilisé pour rependre leur idéologie génocidaire au Rwanda en 1994. Elle continue à être brandie comme preuve de l’existence du prétendu plan monté. En revanche elle est plutôt une preuve que l’idéologies qui anime, aujourd’hui le tueur de Banyamulenge n’est qu’une continuité de celle qui a créé les cauchemars dans ce pays voisin. On comprend que ceux qui continuent à l’évoquer, ne sont pas différents de Hutus génocidaires.

En conclusion, les instigateurs de la haine ont mis en œuvre divers mécanismes pour faire haïr la communauté banyamulenge des autres communautés : mensonges, calomnies, déformation de l’histoire, semer la confusion, désinformer et mésinterprétation délibérée de la constitution. La tension étant ainsi créée, il suffit d’un simple réel ou imaginaire incident pour allumer la mèche et exploser dans une situation désastreuse. Quoi qu’il y ait beaucoup d’acteurs (internes ou externes) dans ce conflit, seules la volonté et l’attitude du gouvernement congolais sont les éléments déterminants pouvant apporter une solution définitive. En fin des comptes, il importe de dire que tout ce qui se passe sur le Hauts Plateaux de Fizi, Mwenga et Uvira incombe à sa propre responsabilité.


Le 13 janvier 2020


Paul KABUDOGO RUGABA


References


Gapangwa, N. J. (2019). L'apocalypse sur l'Itombwe! Campagne Citoyenne pour la Paix et le Dévelopement Durable, 1. Retrieved December 10, 2019, from https://www.campaignforpeacedrc.com/post/l-apocalypse-sur-l-itombwe

Weis, G. (1959). Les Pays d'Uvira. Bruxelle 5: Duculot. S.A., Gembloux.

980 vues0 commentaire