Discours de haine en RDC : entre condamnations de façade et impunité persistante
- Paul KABUDOGO RUGABA
- 30 déc. 2025
- 3 min de lecture

Au lendemain des propos à caractère haineux tenus le 27 decembre 2025 par le porte-parole des Forces armées de la République démocratique du Congo, M. Sylvain Ekenge, sur les ondes de la Radiotélévision nationale congolaise (RTNC), le Premier ministre belge a manifesté ce qui peut être interprété comme un sens de responsabilité politique en condamnant publiquement via réseaux sociaux de tels discours. Cette prise de position a été suivie de plusieurs réactions émanant de personnalités congolaises, exprimant à leur tour une désapprobation formelle des propos incriminés.
Selon certaines sources, M. Ekenge aurait fait l’objet d’une suspension de ses fonctions. Toutefois, aucune information officielle ne fait état de mesures disciplinaires substantielles, telles qu’une révocation définitive ou l’ouverture de poursuites judiciaires. Cette situation soulève une interrogation de fond : comment expliquer que des discours de cette nature, diffusés de manière récurrente sur les chaînes nationales pendant de nombreuses années, aient pu être tolérés, voire normalisés ? Dans divers espaces publics — y compris religieux — la négation de l’existence des Tutsi congolais, en particulier des Banyamulenge, ainsi que leur stigmatisation systématique, ont longtemps été présentées comme des expressions légitimes du patriotisme.
Il convient de rappeler que de nombreux responsables politiques et militaires ont, par le passé, tenu des propos parfois plus virulents encore que ceux attribués à M. Sylvain Ekenge, sans jamais faire l’objet de sanctions effectives. Ces acteurs continuent, pour la plupart, à exercer leurs fonctions publiques en toute impunité, ce qui interroge la cohérence de l’action étatique en matière de lutte contre les discours de haine.
Le geste du président de la République consistant à recevoir officiellement M. Jean-Claude Mubenga — personnalité connue pour la diffusion de messages à caractère haineux sur les réseaux sociaux — apparaît, dans ce contexte, particulièrement préoccupant. Il contribue à renforcer l’idée selon laquelle les plus hautes autorités de l’État participeraient, volontairement ou par omission, à la banalisation de discours incitatifs à la haine.
Dès lors, les réactions suscitées par les déclarations de M. Sylvain Ekenge relèvent davantage d’une réponse conjoncturelle dictée par des considérations politiques que d’une volonté réelle de rompre avec des pratiques discursives profondément ancrées. C’est de l’hypocrisie! L’apparente sanction dont il aurait fait l’objet semble davantage motivée par la pression internationale — notamment celle exercée par des partenaires étrangers — que par une détermination sincère à combattre les discours de haine, lesquels demeurent un élément structurant du paysage politique national.
En définitive, la question demeure entière : quelle portée réelle peut avoir la suspension d’un responsable lorsque des figures telles que le député Justin Bitakwira, le ministre Muhindo Nzangi, le professeur Mubake Valentin, Martin Fayulu ou encore le député Claude Misare — tous auteurs de propos à caractère discriminatoire, voire ouvertement génocidaire — continuent d’évoluer librement dans l’espace public, parfois même en bénéficiant d’une forme de reconnaissance institutionnelle ? Une telle situation tend à révéler que ces mesures relèvent davantage d’une mise en scène politique que d’une volonté sincère de rompre avec les discours de haine profondément enracinés dans l’espace public congolais.
Il convient toutefois de saluer la prise de position du ministre belge, dont l’intervention pourrait, à terme, contribuer à rappeler aux autorités congolaises leurs responsabilités et à encourager une plus grande cohérence dans la lutte contre les discours de haine. Une telle cohérence demeure indispensable si l’État entend réellement œuvrer à la préservation de la cohésion nationale et à la prévention des violences de masse qui ont, à maintes reprises, endeuillé le pays.
Le 30 décembre 2025
Paul Kabudogo Rugaba



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