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Minembwe : quand la guerre revient au galop

  • Paul KABUDOGO RUGABA
  • il y a 5 jours
  • 3 min de lecture

Il y a des nouvelles que l’on lit avec inquiétude. Et puis il y a celles qui réveillent immédiatement le souvenir de souffrances que l’on croyait, sinon terminées, du moins momentanément éloignées. La nouvelle qui nous vient aujourd’hui de Fizi appartient à cette seconde catégorie.

Le 16 août 2026, le général-major Élie Ndizigiye, alias Muzinga, commandant adjoint des forces terrestres de l’armée burundaise, est arrivé à Fizi. Cette présence n’est pas anodine. Des informations concordantes rapportent qu’il est engagé dans la préparation d’une nouvelle offensive dans la région de Minembwe.  

Pour ceux qui connaissent les Hauts-Plateaux du Sud-Kivu, cette nouvelle a une signification particulière.

Minembwe n’est pas simplement un objectif militaire parmi d’autres. C’est une population qui, depuis des années, vit au rythme des déplacements, des attaques, des bombardements, des sièges et de l’incertitude. C’est une région où chaque mouvement de troupes est observé avec inquiétude, parce que les habitants savent, par expérience, que derrière une concentration militaire peuvent venir les combats, les morts, les villages incendiés et les déplacements. Et c’est précisément ce qui me préoccupe aujourd’hui.

Depuis plusieurs mois, les Hauts-Plateaux sont redevenus un théâtre majeur d’affrontements. En juin et juillet, les forces gouvernementales congolaises, appuyées notamment par l’armée burundaise et les Wazalendo, ont mené des opérations autour de Minembwe. Des combats ont provoqué des changements successifs de contrôle de plusieurs localités stratégiques.  

La situation humanitaire s’en est trouvée davantage fragilisée. La société civile de Fizi a déjà alerté sur les bombardements, les destructions d’habitations, les déplacements massifs et les difficultés persistantes auxquelles sont confrontées les populations.  

Voilà pourquoi l’arrivée du général Élie Ndizigiye ne peut être regardée comme une simple visite militaire.

Elle intervient dans un contexte où les positions sont en train d’être renforcées et où les populations redoutent une nouvelle escalade. Dès juillet, des acteurs de la société civile de Fizi signalaient déjà que les différents acteurs consolidaient leurs positions, faisant craindre une reprise des combats.  Aujourd’hui, cette inquiétude prend une dimension nouvelle.

Ce qui me révolte le plus dans cette situation, c’est le sentiment que Minembwe serait condamnée à revivre indéfiniment le même scénario.

On rassemble des hommes et des armes, on prépare des opérations, on coupe les routes, on éloigne les populations, on détruit les moyens de subsistance. Puis, lorsque les conséquences humanitaires deviennent visibles, on parle de « dommages collatéraux ».

Mais derrière cette expression froide, il y a des familles, des enfants, des personnes âgées, des agriculteurs qui perdent leurs champs, des éleveurs qui perdent leur bétail, des malades qui ne peuvent plus atteindre un centre de santé, des familles qui, une fois encore, doivent abandonner leur maison pour sauver leur vie. C’est cela que nous devons avoir le courage de regarder en face.

Une guerre ne se mesure pas uniquement au nombre de positions conquises ou perdues. Elle se mesure aussi au nombre de vies brisées et d’existences rendues impossibles.

La question du blocus de Minembwe me paraît particulièrement grave. Lorsqu’une population est privée de routes, de nourriture, de soins et de possibilités normales de circulation, la guerre change de nature. Elle ne frappe plus seulement les combattants. Elle devient une pression exercée directement sur la population civile.

C’est une forme de violence qui peut être moins spectaculaire qu’un bombardement, mais dont les conséquences sont parfois tout aussi dévastatrices. Et c’est précisément ce qui rend la situation actuelle si inquiétante.

Les forces gouvernementales et leurs alliés ont déjà été engagés dans des opérations autour de Minembwe, tandis que les forces opposées ont également enregistré des avancées. Des attaques de drones et des combats ont été rapportés dans plusieurs localités des Hauts-Plateaux.   Il ne faut donc pas attendre que Minembwe soit de nouveau complètement encerclée pour commencer à s’alarmer. Il faut prévenir avant que le siège ne soit installé.


Le Burundi est désormais un acteur militaire important dans cette partie du Sud-Kivu. Des sources avaient déjà rapporté la présence de forces burundaises aux côtés des forces gouvernementales congolaises dans les opérations autour de Minembwe.  

Dans ce contexte, l’arrivée d’un officier burundais de très haut rang à Fizi prend une portée particulière.

Je ne veux pas dramatiser inutilement. Mais je refuse également de banaliser ce qui se passe. Le Burundi, de connivence avec la RDC sont en train de commettre un genocide contre les Banyamulenge

Lorsque des forces militaires se renforcent à nouveau dans une zone qu’elles ont rasée  où les populations ont déjà subi des violences inimaginables, le devoir de toute personne attentive à la situation est d’alerter.


le 19 aout 2026

 
 
 

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