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  • Paul KABUDOGO RUGABA

Au-delà de l’histoire écrite, il y a une vraie inédite. Partie I

Mis à jour : juin 4

Avec des grands yeux ouverts sur le monde, les enfants se demandent ce qui arrive. A peine nés, déjà la guerre les arrache à leurs familles. Les crépitements des armes sont devenus leur musique quotidienne et la brousse leur maison. La peur règne dans les cœurs de parents qui s’impatientaient de voir un lendemain plus paisible, plus au moins souriant, promettant l’espoir de survie. La même question revient sans cesse : La guerre va-t-elle enfin se terminer, jusqu’à quand ces conditions infernales ? s’auront nous enfin nous en sortir, nous et nos enfants. C’est toujours la même réponse, peut=être, un jour plus tard… ou peut-être c’est le début d’une éternel reprise de combat qui durera des siècles.

Les attaques se multiplient et se succèdent intensivement, difficiles, inquiétantes, et dangereuses, de temps en temps des accalmies qui laissaient la peur d’une reprise bientôt dans les esprits de parents qui ne savent plus comment protéger leur progéniture.

Entretemps, la faim, le dénouement, et enfin la misère sont là pour les attendre et parachever l’œuvre dévastatrice que la guerre de jalousie a initié. Des jours sont passés, des semaines, des mois puis des années sans qu’aucune chaine de solidarité fasse le moindre signe de sensibilité. Voici le monde d’aujourd’hui, Il ne fait rien que ne dicte son intérêt !

C’est dans des circonstances semblables que je suis né, c’est dans ces circonstances que je vieillis voyant mon peuple endurer. Quel terrible destin !

Ma mère me disait que qu’à partir de 1965 jusque en 1968 j’étais le seul enfant qui n’a pas manifesté les signes graves de la malnutrition (kwashiorkor ou marasme) parce que je tétais encore le lait maternel. La mort était presque certaine pour toute la famille condamnée brusquement à vivre de la cueillette, après avoir vécu dans une noblesse séculaire envolé en fumé par les razzias du cheptel duquel dépendait notre vie. Quelques framboises (inkeri) trouvées au hasard près de brousse, ou quelques baies dorées (imbuhu) ramassées dans les champs en jachère, voilà ce à quoi la famille comptait pour subsister. Chaque fois qu’elle nous racontait la tragédie, un prénom de Lazare revenait souvent. « Mais qui est Lazare maman ? » avais-je fini par lui demander.

Cet ange gardien, on ne peut que l’appeler comme-ça, du nom de Lazare Rutibaza Mushosibadeta, (Je ne sais pas s’il vit encore, et même s’il n’est plus de ce monde, Paix a son âme ; je lui rendrais toujours hommage) a marché jours et nuits, des semaines durant, à travers les forêts et les savanes, et a risqué sa vie pour voler au secours d’une famille en détresse pour laquelle il gardait des bon souvenir. C’est le combat d’un homme sans arme, sans protection, qui s’aventure dans une jungle hostile. Un homme au pas hésitants à tout mouvement, les oreilles attentives au moindre bruit des feuilles des arbres appelés Imigeti, pareil à celui des pas des personnes, et au sifflement strident des bambou ( imigano), mais dont l’obsession et le courage de descendre au milieu des dangers pour sauver ceux qu’il aime, la famille d’un ami avec lequel ils ont partagé l’enfance vont le pousser à braver et défier la mort.

M. Lazare était un petit homme, je dirais bout d’homme Mufuliro, teint foncée donc très noire, comme dit-on, qui avait vraiment du cœur à la main, cœur généreux que je n’hésite pas de qualifier de saint. Dès sa jeunesse, il avait scellé un pacte d’amitié (kumwana igihango) avec mon père qui lui a donné des vaches. Elles avaient prospéré quand, hélas, la rébellion Muleliste avait tout emporté. Malgré cette perte, il comprit que son ami qui était entre la vie et la mort avait plus qu’il n’avait jamais besoins de lui pour lui tirer du pétrin. Lazare, jouant d’éclaireur de toute la famille et de transporteur des certains enfants, avait amené tous les membres sains et saufs auprès des siens depuis les Haut Plateaux (indondo) jusqu’’ à Cendajuru (Gatobwe). A l’epoque, Rutibaza avait une famille et trois enfants : Philipe, Dismas et Monique.

La guerre terminée, elle avait détruit tout le tissu économique de ces paysans qui n’avaient rien à foutre avec la politique. La paix revenue, ce furent des nouvelles modes de vie qui obligèrent les amis inséparables à emprunter des chemins différents. Lazaro parti travailler à l’Office National de Sucrerie de Kiliba (ONDS) et Mon père parti a Minembwe pour tenter de reprendre sa vie pastorale. Je n’ai pas envie de raconter mon histoire ni celle de ma famille, mais juste je voulais monter, à l’aide de cet exemple concret, comment les différentes communautés vivaient en parfaite harmonie, liées les unes aux autres par l’amitié, les pactes et des échanges économiques. Beaucoup de Babembe et Bafulero peuvent faire tant des témoignages encore plus touchants à l’honneur de Banyamulenge qui ont êtes héros de leurs familles.

La question que l’on peut se poser est de savoir comment les descendant de ses amis si intimes et inséparables sont-ils devenus des ennemis jurés ?

Tous ceux-ci ne seraient pas arrivé s’il n’y avait pas une main occulte des politiciens et de l’administration.

Depuis l’administration belge qui a placé le Banyamulenge sous tutelle des autres communautés, en passant par le parlementaire Anzuluni Bembe Isiloonyonyi dont le pari était de les rendre étrangers, sans oublier Laurent Désiré Kabila qui, après avoir profité d’eux pour prendre le pouvoir, les a horriblement massacrés, le Banyamulenge n’ont cessé d’être objet des touments et des persécutions. Aujourd’hui, c’est le tour de Antoine Tshisekedi de parachever l’œuvre dévastatrice. Les choses ont pris une autre tournure. Ce n’est plus, comme on l’a toujours appelée, une affaire de conflit entre quelques communautés qui se côtoient du jour au jour, mais bien une affaire des toutes les tribus contre une. Une affaire du gouvernement qui supervise les milices, les organise, et finance clandestinement l’anéantissement d’une communauté bien ciblée, à savoir, les Banyamulenge. Dans son discours, le président français Emmanuel Macron dira :« Un génocide vient de loin. Il se prépare. Il prend possession des esprits, méthodiquement, pour abolir l’humanité de l’autre. Il prend sa source dans des récits fantasmés, dans des stratégies de domination érigées en évidence scientifique. Il s’installe à travers des humiliations du quotidien, des séparations, des déportations. Puis se dévoile la haine absolue, la mécanique de l’extermination. » Telle est exactement la situation des banyamulenge, cible d’un génocide sans nom.

Familles kidnappées par les Maïmaï à Murambya le 28/05/ 2021

Sous le règne Tshisekedi, chaque jour les localités entières s’effacent et des familles entières s’éteignent. Rien que pour cette année 2021, après Kahololo et Rurambo, hier c’était Murambya. Rien qu’aux attaques d’avant-hier le 28 mai 2021, plus de 12 familles sont disparus. Les années précédentes, Mibunda, Nyamara, Mikarati, Kabara, Katanga, Bijombo, Mikenke etc. sont devenus des déserts dans un silence absolu. C’est l’ouvre de l’homme dont les dits et les faits sont d’une contradiction notoire, aux milles promesses de la paix qui n’engendrent que la guerre et le feu contre une partie de sa population. Il trouve facilement les mots pour les justifier en disant qu’il s’agit d’un conflit communautaire entre éleveurs et agriculteurs.

Ce vieil vraisemblable argument importé de je ne sais où, parait facile à convaincre les opinions, d’autant plus que certaines communautés sont réputées être de éleveurs séculaires et d’autre des agriculteurs, sans tenir compte des changement importants qui se sont opérés au fil des années. Pour le cas d’espèce des Haut Plateaux, cela n’est pas vrai. Sur terrain, la réalité est tout autre. Les gens ont tellement changé le mode de vie que l’on ne peut plus parler des peuples uniquement voués à l’agriculture et d’autres à l’élevage. Ils pratiquent un peu de tout. L’administration dispose des archives qui peuvent bien éclairer. Si on le consultait soigneusement, on trouverait que, les quelques rares conflits de ce genre qui auraient existés, opposaient plutôt les Banyamulenge aux Banyamulenge, les Bafulero aux Bafulero, le Banyindu aux Banyindu et le Babemebe aux Babemebe. La raison est simple. Quoi qu’on dise que ces communautés cohabitent, cela est en partie vraie. Mais il y a un élément important souvent omis : ils partagent le même espace géographique mais vivent dans des villages nettement séparés et parfois très distants les uns les autres. De même leur emplacement, leurs activités économiques s’exercent séparément. Ils ne se côtoient que dans les marchés, parfois dans les écoles et rarement dans les églises et des reunions.

Mais il y a des questions que l’on pourrait poser à M. Antoine. Que dire de Bavira, et de Barega qui n’habitent pas les Hauts Plateaux mais qui participent activement aux attaques ? Il n’existe pas et n’a jamais existé un cas où leurs intérêts seraient menacés par la présence de vache banyamulenge.

Que dire de l’armée toujours au côté d’une seule partie ? une armée qui héberge, arme lourdement et donne le passage au assaillants Maïmaï d’un côté et qui s’en prend violemment au civiles qui tentent désespérément de se défendre ? l’argument de port illégal d’arme ne s’applique que sur la communauté victime. Du côté opposé, c’est la libération du pays. De pareils propos prouvent à suffisance non seulement le penchant et la partialité du gouvernement, mais aussi sa part de responsivité. Ils montrent également que, malgré l’innocence, l’avoir comme adversaire, on est d’office perdant. Car la loi sera toujours interprétée contre vous et vous serez toujours le fautif. Dans pareilles conditions, La seule solution très aventurée est de se rebeller et renverser la situation, chose que les Banyamulenge évitent à tout prix mais que le gouvernement veut les y attirer.

Que dire de la présence des éléments de la rébellion burundaise qui tuent pillent uniquement les Banyamulenge à moins d’un km de distance des camps de l’armée régulière, le FARDC et des forces onusiennes, la MONUSCO sans que les deux armées ne s’inquiètent ? Que dire du porte-parole de l’opération Sokola II, le cpt. Dieudonné Kasereka qui passe à longueur de journée en train de diffamer le Twirwaneho qui n’est qu’une autodéfense, mais ne dénonce jamais la coalition Maïmaï -Red-Tabara et les désolations qu’ils sèment.

Que dire de ces grand pseudo-intellectuels et pseudo-politiciens chevronnés qui ne disent aucun mot devant un drame humanitaire ? Les pseudo-intellectuels qui confondent les acquis et l’intelligence ? qui sont snobs au point de penser que, du fait qu'ils expriment leurs propos en français, truffé des expressions fraîches émoulues de l'Académie Française, qu'ils sont plus intelligents ou sages ? On sait par ailleurs que l’intelligence est par définition, la capacité de s’adapter. Être un bon politicien, c’est savoir, par anticipation, éviter son pays de tomber dans des catastrophes probables, de quelque nature que ce soit, et favoriser des situations susceptibles de créer le bonheur dans le présent tout comme dans le futur au profit de son peuple. Or pour le congolais depuis 1960, les rhéteurs occupent le terrain politique, pour nous créer la guerre. La conclusion est claire. Pareils politiciens, outre que ces personnes sont loin d’être sages, elles ne méritent même pas l’appellation d’humains.

Que dire des grandes chaines de télévisions qui parlent de la mort naturelle d’un chat au regard pessimiste et tout le monde est émus, des messages de condoléances sont émis. Mais quand je contacte une chaine de télévision, et une radio pour dénoncer la situation dans laquelle les milliers des miens se trouvent, on me répond avec une courtoisie qui blesse. : « excusez-moi, M., notre couverture ne vas pas au-delà de la ville, de la province... » et le soir même, elles diffusent les nouvelles du moyen orient.

La trahison est à tous les niveaux. Ce qui mène à dire que, même si Banyamulenge subissent les affres de cette guerre sans merci, ils ignorent encore complètement les véritables causes et les vrais adversaires. Au-delà de ce qui est dit, il y a une vraie cause non-dit.


Le 30 mai 2021

Paul KABUDOGO RUGABA

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