Mensonge d’État et stratégie de division : quand la parole devient une arme contre les Banyamulenge
- Paul KABUDOGO RUGABA
- il y a 16 heures
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Dans un contexte de tensions persistantes dans l’est de la République démocratique du Congo, les discours politiques et médiatiques jouent un rôle déterminant dans la perception du conflit. Pourtant, à mesure que certaines voix s’élèvent pour expliquer ou justifier les violences, une inquiétude grandit : celle de voir la parole publique devenir un instrument de désinformation, voire une arme dirigée contre les populations elles-mêmes. Les récentes déclarations d’Akagara s’inscrivent dans cette dynamique et soulevent de sérieuses interrogations sur la responsabilité, la vérité et les stratégies à l’œuvre.
Il est des discours qui trompent. Et il est des discours qui tuent. Les déclarations répétées d’Akagara appartiennent à ces deux catégories. Elles ne sont pas seulement contestables. Elles sont dangereuses. Car à force de vouloir tout expliquer par le Rwanda, elles finissent par nier une réalité essentielle, incontournable, indiscutable : celle d’un État congolais responsable de ses actes.

Prétendre que les drones de l’armée congolaise bombardent les Banyamulenge sous influence étrangère n’est pas une simple erreur d’analyse. C’est une falsification consciente. Une construction destinée à détourner les regards, à brouiller les responsabilités, à dissoudre la vérité dans le brouillard commode de la propagande.
Mais au fond, que dit-on réellement ? Que le Congo ne décide pas ?Qu’il ne pense pas ? Qu’il n’assume rien ?
Car si chaque acte est attribué à une main étrangère, alors il ne reste plus d’État, plus de souveraineté, plus de responsabilité. Il ne reste qu’une fiction politique, une façade vide. Et cela, en soi, est une insulte grave à la dignité nationale.
Un pays qui ne serait pas capable de distinguer entre protéger sa population et la bombarder ne serait plus un État, mais une entité sans âme, sans conscience, sans direction. Voilà l’impasse intellectuelle à laquelle conduit ce discours.
Et pourtant, cette rhétorique persiste. Elle s’impose, elle s’infiltre, elle sature l’espace public. Non pas parce qu’elle est vraie, mais parce qu’elle sert une stratégie. Car pendant que l’on détourne l’attention, une autre mécanique se met en place. Plus subtile. Plus insidieuse. Plus redoutable. Aujourd’hui, un glissement s’opère. On ne nie plus frontalement la souffrance des Banyamulenge. On cherche désormais à la reconfigurer. À la justifier. À la rendre acceptable.
Pour cela, on met en avant quelques voix, soigneusement choisies, issues de la communauté elle-même. Des individus transformés en relais, en caution morale, en instruments de persuasion. Leur mission est simple : dire aux victimes qu’elles sont protégées, que les bombes qui tombent sur elles sont en réalité des garanties de sécurité.
Mais depuis quand la destruction protège-t-elle ? Depuis quand la peur sécurise-t-elle ?Depuis quand la mort sauve-t-elle ? Ces questions restent sans réponse. Parce qu’il n’y en a pas.
En parallèle, une accusation est mise en avant, répétée, martelée : celle de l’alliance entre l’autodéfense Twirwaneho et le M23. Comme si cette seule information suffisait à réécrire l’histoire récente, à effacer les années de souffrance, à justifier ce qui ne peut l’être.
Or les faits sont têtus. Cette alliance est récente, conclue en 2026. Mais les violences, elles, remontent à bien plus loin. Depuis 2017, la communauté banyamulenge vit sous la menace constante : attaques répétées, déplacements forcés, destructions systématiques. Tout cela, bien avant toute relation avec le M23.
Alors pourquoi aujourd’hui brandir cette alliance comme une explication unique ?Pourquoi réduire une tragédie complexe à un argument commode ? La réponse est simple : parce qu’il faut un prétexte. Parce qu’il faut un récit. Parce qu’il faut une justification. Car pendant que l’on accuse, la réalité, elle, continue de s’écrire dans la souffrance.
Des villages entiers sont réduits en cendres, des familles sont massacrées, dispersées, brisées.des biens sont pillés, des troupeaux volés, des terres ravagées, des greniers sont vidés, et, comme si cela ne suffisait pas, un blocus est imposé avec comme objectif affamer pour déraciner, épuiser pour dominer et installer une base arrière idéologique et militaire destine a dtruire une ethnie : les Tutsi. Ce n’est pas une dérive, c’est une méthode.
À cela s’ajoute une autre forme de violence, plus silencieuse mais tout aussi brutale : celle de l’effacement de notabilités. C’et la decapitation de la communauté. Des personnalités civile importantes arrêtées arbitrairement. Des généraux, des soldats restés loyaux, enfermés à Kinshasa, coupés des leurs, plongés dans un silence opaque. Une fois arrêtés, ils disparaissent. Plus de nouvelles. Plus de visites. Plus de preuves de vie. Comme si exister devenait déjà une faute. Il ne faut même rien faire pour être coupable. Il suffit d’être, d’avoir un visage, une identité. une appartenance.Voilà la réalité nue.
Alors, face à cela, une question se pose : que fait l’État ? Il ne cherche pas à apaiser. Il ne cherche pas à protéger. Il ne cherche pas à réparer. Il élargit le conflit. Il l’internationalise.
Des mercenaires étrangers venus de la Belgique, de la France, des Etats-Unis et de la Colombie sont mobilisés. Des armées entière venues du Burundi, de la Tanzanie et l’Angola interviennent.Des groupes armés négatifs locaux, les Wazalendo, sont intégrés dans la stratégie. Même des forces négatives étrangères, les FDLR, bien connues trouvent leur place dans cet échiquier. Une coalition lourde, massive, démesurée, pour quelle finalité ? Traquer une communauté dont la seule revendication est de vivre? Simplement vivre?
C’est ici que le piège se referme. Cette guerre n’est pas seulement militaire. Elle est psychologique et idéologique. Elle vise les esprits autant que les corps. Elle cherche à diviser, à semer le doute, à fracturer les liens internes.
Aux Banyamulenge, il faut le dire sans détour : ne tombez pas dans ce piège.
On veut vous opposer les uns aux autres.On veut vous faire douter de votre propre réalité.On veut transformer votre souffrance en illusion, votre résistance en faute, votre survie en crime.
Ceux que l’on met en avant ne parlent pas en votre nom. Ils parlent pour vous affaiblir. Leur rôle n’est pas de vous défendre, mais de rendre votre oppression acceptable. Refusez cela. Car vous savez, vous avez vu, et vous vivez : Vos villages brûlent.Vos familles tombent.Vos terres sont ravagées. Aucun discours ne peut effacer cela. Aucune rhétorique ne peut le nier. Si un changement est réel, qu’il se voie. Qu’il se prouve.Que le blocus soit levé.Que les innocents soient libérés.Que les attaques cessent.Que les forces étrangères se retirent.Pas des promesses. Des actes. la vérité est simple, et elle est brutale : vous diviser pour vous affaiblir, vous isoler pour vous écraser, vous épuiser pour vous faire disparaître. Face à cela, une seule réponse est possible : la lucidité.
Restez lucides, restez unis, restez debout. L’histoire ne pardonne pas aux peuples qui se laissent désorienter. Elle est implacable avec ceux qui abandonnent leur conscience au profit du doute. Ne soyez pas ceux que l’on efface. Ne soyez pas ceux que l’on fait taire. Soyez ceux qui voient. Et qui refusent.
Par Paul Kabudogo Rugabale 9 avril 2026




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