Minembwe : quand l’humanité semble avoir déserté les Hauts Plateaux
Dernière mise à jour : il y a 7 jours
Combien de temps encore faudra-t-il attendre avant que la souffrance de Minembwe soit entendue ? Combien de vies devront être brisées, combien d’enfants devront connaître la faim, combien de malades devront mourir faute de médicaments avant que le monde ne regarde enfin vers les hauts plateaux du Sud-Kivu ?

À Minembwe, la tragédie n’est plus une menace lointaine : elle s’est installée au cœur des foyers, des familles, des villages et des centres de santé. Elle se lit sur les visages amaigris, dans le regard inquiet des enfants, dans les files de malades et, selon de nombreux témoignages locaux, dans la multiplication des tombes.
La population civile se retrouve prise au piège d’un conflit dont elle ne maîtrise ni les causes, ni les acteurs, ni les rapports de force. Elle subit les conséquences d’une guerre qui se déroule au-dessus d’elle, mais dont elle paie quotidiennement le prix humain.
Alors que les forces en présence se disputent le contrôle du territoire et que des accusations de violences ciblées contre certaines communautés sont rapportées, la faim, la maladie et la mort, elles, ne connaissent aucun cessez-le-feu. Elles n’attendent ni les négociations, ni les communiqués Doha, ni les décisions politiques ou accord de Washington. Elles avancent chaque jour. Et derrière chaque chiffre, il y a une vie. Derrière chaque tombe, il y a une famille. Derrière chaque enfant affamé, il y a une tragédie qui aurait peut-être pu être évitée. À Minembwe, l’urgence n’est plus seulement de savoir qui contrôle le territoire. L’urgence est de savoir combien de civils pourront encore survivre à cette guerre, de savoir combien de personnes pourront manger aujourd’hui.
Il y a quelques jours, l’annonce de l’arrivée d’une organisation humanitaire avait fait naître une lueur d’espoir parmi la population.
À l’aérodrome, des habitants ont attendu pendant des heures, espérant voir apparaître l’avion qui devait apporter assistance et soulagement à une population étranglée par les pénuries. Ils ont attendu en vain toute la journée. Puis l’espoir s’est progressivement transformé en désillusion. Selon les témoignages recueillis localement, l’aide n’a finalement pas pu atteindre Minembwe en raison d’un refus des autorités gouvernementales. Les mêmes autorités l’ont autorisé à atterrir uniquement dans d’autres centres peuplés par d’autres communautés non Banyamulenge.
Ce jour-là, les habitants ne regardaient pas seulement un avion, ils regardaient le ciel en espérant y voir arriver un peu d’humanité. Malheureusement, le ciel est resté silencieux.
Les Hauts-Plateaux de Mulenge, de Minembwe sont aujourd’hui confrontés à un drame de l’isolement. Les routes qui relient les différentes localités sont soumises à l’insécurité, non pas dû aux affrontements et à de multiples points de contrôle, mais a un blocus total imposé délibérément à la communauté banyamulenge par les FARDC et les FNDB . Human Rights Watch a documenté les difficultés considérables rencontrées par les organisations humanitaires pour accéder à la région, ainsi que les pénuries de nourriture, de médicaments et de matériel médical. Même L’avion qui approvisionnait les médicament a été abattu par les FARDC.
La situation est d’autant plus grave que les marchés locaux ont connu des pénuries très graves de produits alimentaires essentiels. Des informations récentes provenant de Minembwe font état d’une raréfaction du maïs et des haricots, deux aliments essentiels pour la population. La population n’a pas eu le temps de cultiver leur champs faute de sécurité. il y a constamment une pluie des bombes et un essaim des drone sans aucun répit sur leur têtes.
Dans une région où les réserves alimentaires s’amenuisent, où les médicaments manquent et où l’accès aux soins demeure extrêmement difficile, voire impossible, chaque journée d’attente a des conséquences dramatiques. Ici, attendre n’est pas simplement patienter, c’est parfois risquer de perdre une vie.
Dans le même temps, les affrontements dans les hauts plateaux semblent connaître une nouvelle intensification. Des informations font état d’un renforcement des forces engagées dans les opérations, notamment avec l’implication de forces étrangères. Le conflit implique désormais une multiplicité d’acteurs armés, ce qui contribue à complexifier davantage la situation sécuritaire et humanitaire. Selon différentes sources, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), appuyées notamment par les forces de défense burundaises (FNDB), les forces tanzaniennes récemment déployées, ainsi que par des groupes armés alliés communément désignés sous le terme de « Wazalendo », sont engagées dans des opérations contre les forces d’autodéfense de Twirwaneho. Des rapports font également état de la présence ou de l’implication des combattants des FDLR, de CNRD, les mercenaires de black water, et d’éléments associés au P5 de Kayumba Nyamwasa.
Cette internationalisation progressive du conflit et la multiplication des acteurs armés rendent la situation particulièrement angoissante pour les populations civiles. À mesure que les forces se renforcent, les possibilités de circulation et d’accès humanitaire se réduisent, tandis que les nouvelles violences contre les civils augmentent
Par ailleurs sous d’autres cieux, des accusations d’extorsions, de discriminations fondées sur l’appartenance communautaire, d’arrestations arbitraires et d’autres formes de violence sont également rapportées. Sur l’axe reliant Kamanyola, Uvira, Baraka et Fizi, plusieurs témoignages font état de la présence de barrières érigées par des éléments des FARDC et des groupes armés alliés, notamment les Wazalendo. Selon ces témoignages, des voyageurs sont contraints de verser des sommes d’argent à différents points de contrôle afin de poursuivre leur trajet.
Plus effrayant encore, certains témoignages font état d’un traitement différencié en fonction de l’identité réelle ou supposée des voyageurs. Des personnes identifiées comme appartenant à la communauté shi seraient contraintes de payer des sommes plus importantes, tandis que des personnes identifiées comme Banyamulenge ou tutsi sont inévitablement, selon ces mêmes témoignages, victimes d’extorsions, de confiscations de biens, et d’actes de violence mortelle. Pris dans cette situation, leur chance de survie est moindre mais leur mort est certaine.
Une question fondamentale demeure alors : que devient le droit d’un citoyen lorsque son nom, son appartenance communautaire ou l’identité qui lui est attribuée peut déterminer la manière dont il sera traité à un barrage, sur une route ou dans un territoire contrôlé par un groupe armé ?
Dans un État de droit, l’identité d’une personne ne devrait jamais constituer un motif de discrimination, d’extorsion, de persécution ou de violence. Malheureusement, c’est la monnaie courante en RDC ou il y a des communautés laissées pour le compte.
La protection des civils doit demeurer une obligation fondamentale, quelles que soient leur origine, leur communauté ou leur appartenance présumée.
La présence de militaires burundais aux côtés des FARDC dans les opérations menées dans les hauts plateaux du Sud-Kivu est régulièrement rapportée. Toutefois, des témoignages font également état de cas dans lesquels certains militaires burundais, en raison de leur appartenance réelle ou supposée à la communauté tutsi, ont été suspectés, arrêtés ou transférés vers Kinshasa. Certaines familles affirment même être sans nouvelles de leurs proches depuis leur arrestation.
Face à cette situation dramatique, M. Swan, responsable de la MONUSCO en République démocratique du Congo, présente, contradictoirement, dans son rapport une lecture de la situation qui se veut rassurante, allant jusqu’à laisser entendre que la crise serait globalement maîtrisée. Ce rapport demeure, à plusieurs égards, évasif et ne rend pas compte de l’ensemble des acteurs impliqués dans le conflit. Il ne nomme pas ni ne mentionne pas le rôle que seraient appelés à jouer, aux côtés de Kinshasa, le Burundi, la Tanzanie, des mercenaires étrangers, la CNRD, les FDLR ainsi que le P5.
Le rapport ne fait pas non plus état du blocus qui a été imposé spécifiquement à la communauté banyamulenge, avec des conséquences particulièrement graves sur l’accès aux biens essentiels et aux services de première nécessité. De même, il ne fait aucune mention du bombardement de l’unique avion civil assurant l’acheminement de médicaments, abattage au cours duquel tous les membres de l’équipage ont péri. Enfin, il passe sous silence l’intensification des bombardements aériens menés au moyen de drones contre plusieurs localités, notamment Gipimo, Point Zéro, Kabanju, Kajoka, Marimba et Biziba.
Une telle présentation de la situation soulève dès lors des interrogations quant à l’exhaustivité du rapport et à la prise en compte de l’ensemble des faits affectant directement les populations civiles. Il met en lumière le penchant de l’organisation qui se veut être l’arbitre neutre. Est-ce de cette façon que l’on prétend apporter une solution pour la paix ?
Le 3 octobre 2026
Paul Kabudogo Rugaba




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