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Akagara : les marchands de l’illusion et les courtiers de la destruction des Banyamulenge

  • Paul KABUDOGO RUGABA
  • il y a 2 jours
  • 4 min de lecture

Depuis plusieurs mois, un phénomène dangereux prend de l’ampleur : le groupe Akagara tente de s’approprier les paroles, les symboles et même l’héritage moral de ceux qui furent de véritables figures de résistance pour la communauté banyamulenge. Ils citent aujourd’hui Makanika Rukunda Michel, Gisaro Muhoza, ou encore les paroles prophétiques de Maître Bukuru Ntwari, alors qu’hier — et encore aujourd’hui — ils travaillent dans l’ombre avec les forces politiques et militaires qui organisent l’étouffement, l’encerclement et la destruction des Banyamulenge.

Cette récupération est obscène. Elle n’est pas un hommage ; elle est une opération de camouflage politique. Les mêmes individus qui diabolisent l’autodéfense banyamulenge, qui collaborent avec les structures responsables des offensives militaires et qui justifient les campagnes de siège contre les Hauts Plateaux, veulent désormais se présenter comme héritiers des hommes qu’ils ont combattus politiquement et stratégiquement et dont ils détruisent les oeuvres.

Quelle hypocrisie plus grotesque peut-on imaginer ?

Pendant que Makanika, Sematama et d’autres portaient presque seuls le fardeau de la survie collective dans un contexte d’abandon, de siège et de persécution, certains membres d’Akagara arpentaient les couloirs du pouvoir à Kinshasa, négociant leur positionnement personnel pendant que les Banyamulenge enterraient leurs morts. Au lieu de défendre leur peuple, ils participaient à des stratégies destinées à briser toute capacité de résistance et d’autodéfense de la communauté.

Aujourd’hui encore, l’un d’eux, Jacques Bigirumwami Kongolo, qui se présente comme « conseiller » du président Félix Tshisekedi, sans qu’aucun décret, aucune ordonnance ni aucun arrêté officiel ne vienne confirmer ce titre, a publiquement reconnu avoir contribué à hauteur de 80 % à la planification des offensives contre les Banyamulenge. Une telle confession aurait dû déclencher un séisme moral et politique. Dans toute société respectant un minimum d’éthique, un individu admettant avoir participé à la préparation d’opérations ayant conduit à des destructions, des déplacements massifs et des souffrances collectives aurait été immédiatement discrédité. Pourtant, ces individus continuent non seulement à circuler librement, mais aussi à parler au nom des Banyamulenge, comme si la mémoire des victimes ne comptait pas et comme si leurs propres aveux n’avaient aucune gravité.

Plus grave encore, il a lancé des appels exigeant que les combattants de l’autodéfense banyamulenge se rendent aux Wazalendo, alors qu’il connaît parfaitement le sort réservé aux Banyamulenge désarmés : massacres, humiliations, pillages, incendies de villages, exécutions ciblées et déplacements forcés. Malgré cette réalité sanglante, les membres d’Akagara et tous les alliés du gouvernement — y compris lui-même — osent appeler cela « la paix ».

Mais de quelle paix parlent-ils exactement ? Une paix imposée par la peur, la famine et la soumission ? Une paix où une communauté doit abandonner tout moyen de survie pendant que ses bourreaux restent armés, organisés et soutenus ? Ce n’est pas la paix ; c’est une capitulation forcée maquillée en processus de stabilisation.

Quelle paix se construit sur les cendres des villages brûlés, sur les troupeaux pillés et sur les corps des déplacés affamés ? Quelle paix exige d’un peuple encerclé qu’il tende volontairement le cou au couteau de ceux qui annoncent ouvertement vouloir sa disparition ? Lorsqu’on demande à une population persécutée de se désarmer sans aucune garantie réelle de sécurité, ce n’est pas un appel à la paix : c’est une invitation à l’abattoir.

Là où les Banyamulenge voient des collines désertifiées, des troupeaux décimés et des familles encerclées, Akagara ose parler de « stabilisation ». C’est une inversion cynique de la réalité. Transformer un territoire en désert humain pour ensuite proclamer le retour de la paix est une méthode vieille comme toutes les entreprises de domination : d’abord étouffer un peuple, ensuite présenter son silence forcé comme une victoire de l’ordre.

Le discours officiel de Félix Tshisekedi suit exactement cette logique contradictoire. D’un côté, il déclare vouloir « protéger les Banyamulenge a tout prix ». De l’autre, les offensives aériennes se multiplient, les positions militaires sont renforcées, les Hauts Plateaux sont davantage encerclés et le blocus se durcit. Les paroles parlent de protection ; les faits parlent d’asphyxie. On ne protège pas une population en la coupant des pâturages, des marchés, des routes et des moyens élémentaires de survie.

Et pendant que les Banyamulenge sont affamés dans les zones assiégées, les zones contrôlées par le gouvernement voient circuler librement aides, marchandises et stocks alimentaires distribués sous certaines structures comme la Fondation Gisaro. Deux réalités parallèles se dessinent : d’un côté, une population enfermée, suspectée et punie collectivement ; de l’autre, des réseaux qui prospèrent sous protection politique et militaire. Cette politique n’a rien d’humanitaire ; elle est profondément sélective et stratégiquement calculée.

Le plus révoltant reste peut-être l’attitude d’Akagara envers les figures militaires banyamulenge. Ils accusent le général Sematama d’être responsable de l’escalade pour s’être allié au M23, tout en félicitant le général Makanika Rukunda Michel pour ne pas l’avoir fait. Mais dans le même temps, ils ont soutenu ou ont justifié des opérations visant à éliminer ce même Makanika par drones. Voilà toute la logique d’Akagara : utiliser les noms des héros quand cela sert leur propagande, puis applaudir leur destruction lorsqu’ils deviennent un obstacle aux intérêts du pouvoir.

Ils citent même aujourd’hui les paroles de Maître Bukuru Ntwari comme des prophéties accomplies : « Abanyamulenge bari kw’isoko ryo kwicwa » — les Banyamulenge sont sur le marché où ils sont offerts à l’extermination. Oui, cette phrase résonne tragiquement avec l’actualité. Mais ceux qui exposent les Banyamulenge sur ce marché ne sont pas des ennemis lointains et invisibles uniquement ; ce sont aussi ceux qui prétendent parler en leur nom tout en collaborant avec les structures qui organisent leur affaiblissement.

Akagara joue un rôle précis : blanchir les bourreaux des Banyamulenge, normaliser l’inacceptable, produire des images de façade avec les autorités congolaises et burundaises, faire croire que tout va bien pendant que les villages se vident et que les populations fuient. Leur mission consiste aussi à infiltrer le discours communautaire, à identifier les failles du système d’autodéfense et à usurper la représentativité politique des Banyamulenge afin de diffuser des déclarations qui servent davantage Kinshasa que la survie du peuple qu’ils prétendent représenter.

L’histoire retiendra une chose essentielle : dans chaque période de persécution, il existe toujours des bourreaux directs, mais aussi des auxiliaires chargés de maquiller la violence, de désorienter les victimes et de donner un visage acceptable à l’inacceptable. Les Banyamulenge savent aujourd’hui reconnaître cette différence. Et c’est précisément pour cela que la propagande d’Akagara devient de plus en plus agressive : parce que son masque tombe progressivement.

Le 16 mai 26

Paul Kabudogo Rugaba

 
 
 

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