Analyse stratégique de la gestion du processus de paix en République démocratique du Congo
- Paul KABUDOGO RUGABA
- il y a 23 heures
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L’évolution récente du processus de médiation dans la crise sécuritaire en République démocratique du Congo (RDC) soulève de sérieuses interrogations quant à la cohérence et à la sincérité de l’engagement politique des autorités nationales en faveur d’une résolution durable du conflit. Le président Félix Antoine Tshisekedi a multiplié les changements de médiateurs et de cadres diplomatiques, donnant l’image d’un processus instable et fragmenté.
Initialement engagé sous l’égide de l’ancien président kényan Uhuru Kenyatta à Nairobi, le dialogue a été abruptement déplacé vers Luanda, sous la médiation du président angolais João Lourenço. Par la suite, alors que les négociations entraient dans une phase cruciale — celle de la formalisation et de la rédaction des accords — le chef de l’État congolais a interrompu cette dynamique en se rendant à Doha, au Qatar. Ce déplacement inattendu a contribué à suspendre les avancées réalisées, avant un retour ultérieur du processus à Luanda, au moment même où une conclusion semblait envisageable.
Selon plusieurs analystes, cette succession de ruptures procédurales s’apparente à une stratégie dilatoire visant à prolonger le statu quo sécuritaire. Loin d’être fortuite, cette approche pourrait répondre à des calculs politiques internes. En effet, le cadre constitutionnel congolais prévoit que, lorsque l’intégrité territoriale du pays est compromise par un conflit armé à l’expiration d’un mandat présidentiel, le processus électoral peut être suspendu. Une telle situation ouvre la voie au maintien du président en exercice par reconduction, faisant de l’insécurité persistante un instrument de conservation du pouvoir.
Par ailleurs, le facteur militaire constitue un élément central de cette équation. Les Forces armées de la RDC (FARDC) font face à des déficiences structurelles majeures, notamment en matière de commandement, de logistique et de cohésion interne. Conscient de ces faiblesses, le pouvoir exécutif semble privilégier une stratégie de temporisation afin de reconstituer ses capacités opérationnelles, notamment par le recours à des combattants étrangers. Des informations concordantes font état du recrutement et du déploiement de mercenaires originaires du Burundi, de la Tanzanie et de la Colombie dans plusieurs zones stratégiques, dont Baraka, Bibokoboko, Fizi et Point Zéro.
Dans ce contexte, les opérations militaires menées sur les Hauts Plateaux de Minembwe et dans le territoire de Masisi prennent une dimension particulièrement préoccupante. Deux jours seulement après l’enterrement de milliers de civils tués par des frappes de drones à Masisi-centre, Rwitsankuku et Point Zéro se sont à nouveau réveillés sous une pluie de bombardements, dans des zones densément peuplées.
Ces espaces, habités par des populations tutsies, sont devenus le théâtre d’attaques répétées, soulevant de graves interrogations quant à la sélectivité des cibles et au caractère délibérément discriminatoire de la violence exercée. Une telle conduite des opérations militaires remet en cause le respect des principes fondamentaux du droit international humanitaire, notamment ceux de distinction, de proportionnalité et de protection des populations civiles.
En définitive, l’analyse croisée des dimensions diplomatique, institutionnelle et militaire révèle une instrumentalisation du conflit comme mécanisme de régulation politique interne. Cette dynamique compromet non seulement les perspectives de paix durable, mais accentue également les fractures sociales et identitaires, au détriment de la stabilité régionale et de la protection des populations civiles.
Le 12 janvier 2026
Paul Kabudogo Rugaba




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