Le projet de déploiement de la CIRGL à Uvira : enjeux, limites et implications stratégiques
- Paul KABUDOGO RUGABA
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Des informations relayées sur le réseau X font état d’un déploiement imminent de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs (CIRGL) dans la ville d’Uvira, en République démocratique du Congo, en tant que « force neutre ». Ce principe aurait été approuvé par les ministres de la Défense des États membres de cette organisation régionale.
Dans ce cadre, le général de brigade Charles Simuyuni Nakeempa (Zambie) a été désigné commandant du mécanisme de vérification du cessez-le-feu prévu par les accords de Doha et de Washington. Il sera assisté par le colonel Arlindo Sebastião Vandunem (Angola). Bien que l’AFC/M23 n’ait pas été conviée à la réunion ayant entériné ces décisions, elle demeure une partie prenante du dispositif et devrait, à ce titre, recevoir les termes de référence du mécanisme pour observations.
La CIRGL regroupe les États suivants : l’Angola, le Burundi, la République centrafricaine, la République du Congo, la République démocratique du Congo, le Kenya, le Rwanda, le Soudan du Sud, le Soudan, la Tanzanie, l’Ouganda et la Zambie.
Analyse critique du concept de « force neutre »
La perspective de ce déploiement soulève toutefois de sérieuses interrogations quant à sa crédibilité et à son efficacité réelle. Comme le souligne l’Analyse stratégique de la gestion du processus de paix en République démocratique du Congo, la dynamique actuelle du processus de paix s’inscrit dans une stratégie dilatoire visant à prolonger le statu quo sécuritaire. Loin d’être accidentelle, cette approche répondrait à des calculs politiques internes précis.
Le cadre constitutionnel congolais prévoit en effet que, lorsque l’intégrité territoriale du pays est compromise par un conflit armé à l’expiration d’un mandat présidentiel, le processus électoral peut être suspendu. Une telle configuration permet le maintien du président en exercice par reconduction, transformant ainsi l’insécurité persistante en un instrument de conservation du pouvoir. Dans cette optique, le déploiement d’une force régionale, plutôt que de résoudre le conflit, risque d’en administrer la chronicité.
Problème de partialité et conflits d’intérêts
La composition même de cette force dite « neutre » pose un problème fondamental de cohérence stratégique. Le Burundi et la Tanzanie, régulièrement cités comme parties belligérantes directes ou indirectes dans le conflit à l’est de la RDC, figurent parmi les contributeurs potentiels de cette force. Leur participation remet en question le principe de neutralité et compromet la confiance des populations locales ainsi que celle des acteurs non étatiques impliqués dans le conflit.
Cette contradiction structurelle affaiblit la légitimité du dispositif et alimente la perception selon laquelle ce déploiement pourrait davantage contribuer à la gestion politique du conflit qu’à sa résolution effective.
Réactions locales et risques d’escalade
Les réactions observées sur le terrain illustrent déjà les risques inhérents à ce projet. Dans le territoire de Fizi, des segments de la communauté Bembe se sont récemment opposés à la présence des forces burundaises, une contestation qui a dégénéré en échanges de tirs. Cet épisode met en évidence le potentiel déstabilisateur d’un déploiement perçu comme partisan par les populations locales.
Dans ce contexte, de nombreuses voix au sein de la société civile congolaise, tant à l’intérieur du pays que dans la diaspora, expriment leur rejet de cette initiative, qu’elles considèrent comme un facteur supplémentaire de pérennisation des souffrances des populations civiles plutôt qu’un véritable mécanisme de paix.
En définitive, le projet de déploiement de la CIRGL à Uvira, tel qu’il est actuellement conçu, soulève des doutes sérieux quant à sa capacité à instaurer une paix durable. Sans clarification sur la neutralité réelle des forces engagées, sans inclusion effective de toutes les parties prenantes et sans prise en compte des dynamiques locales, ce mécanisme risque de renforcer le statu quo conflictuel au lieu de le résoudre.
le 12 janvier 2026
Paul Kabudogo Rugaba




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