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Banyamulenge : crimes d’État et silence international

  • Paul KABUDOGO RUGABA
  • 25 janv.
  • 3 min de lecture

  Banyamulenge : crimes d’État et silence international

 

Le 24 janvier 2026, les Hauts Plateaux des Banyamulenge ont une nouvelle fois été la cible d’attaques aériennes meurtrières. Plusieurs villages ont été bombardés, provoquant des pertes en vies humaines et la destruction de nombreuses habitations, notamment dans la région de Minembwe. Ces frappes s’inscrivent dans une continuité de violences délibérées contre une population civile clairement identifiée.

Parallèlement aux bombardements, la destruction systématique des maisons et des églises banyamulenge se poursuit à Uvira, où de nombreuses familles de cette communauté  avaient fui précisément pour échapper aux persécutions. Cette politique de destruction ne relève ni du chaos ni d’initiatives isolées : elle traduit une volonté organisée d’effacer matériellement, socialement et spirituellement une communauté.

Plus grave encore, les autorités administratives et sécuritaires locales, agissant au nom de l’État, orchestrent une entreprise de dissimulation des crimes. Des Banyamulenge sont contraints, sous la menace directe, de témoigner devant les caméras qu’ils vivraient en sécurité et dans une prétendue cohabitation pacifique. Ces mises en scène forcées se déroulent alors même que les massacres, les disparitions forcées, les pillages et les destructions se poursuivent sur le terrain.


L’inhumanité de cette stratégie atteint un degré insoutenable. Une femme a été sommée d’affirmer publiquement qu’elle vivait en sécurité alors que son enfant venait d’être assassiné. Un pasteur âgé, Rwigina, a été violemment frappé à la tête à coups de crosse par un agent de l’État, avant d’être contraint, malgré une plaie béante, d’enregistrer un message de « paix », attribuant l’agression à un simple voyou. Il s’agissait en réalité d’un représentant de l’autorité publique venu le dépouiller sous la contrainte.

Ces témoignages forcés ne sont ni accidentels ni marginaux. Ils constituent une politique assumée de falsification de la réalité, visant à nier l’existence des crimes, à tromper l’opinion nationale et internationale, et à neutraliser toute tentative de documentation indépendante des atrocités commises

Face à ces faits, la responsabilité internationale est tout aussi engagée. L’Organisation des Nations unies, à travers son inaction persistante et son langage volontairement édulcoré, échoue gravement à remplir son mandat de protection des civils. En refusant de qualifier les crimes en cours, elle ne se contente pas d’observer : elle devient un acteur passif de leur perpétuation.

Les grandes organisations internationales de défense des droits humains portent également une part de responsabilité lorsqu’elles minimisent systématiquement les faits, parlant de « risques de représailles » là où il s’agit d’atrocités massives, répétées et documentables. Cette prudence sélective contribue à banaliser l’horreur et à protéger les auteurs plutôt que les victimes.

Ce qui se déroule dans les Hauts Plateaux n’est plus une crise cyclique ni une succession de violences sporadiques. Il s’agit d’un processus de destruction systématique, étalé sur près d’une décennie, fondé sur le ciblage d’un groupe précis, l’anéantissement de ses moyens de survie et la négation de son droit à l’existence. À ce stade, les faits s’apparentent clairement à un génocide lent, commis par étapes, dans l’indifférence internationale.

Le langage onusien est devenu un instrument de dissimulation politique. Refuser de dénoncer explicitement les crimes commis contre les Banyamulenge, passer sous silence les atrocités imputables aux forces burundaises opérant sur le territoire congolais, ignorer le blocus imposé aux populations civiles pour les affamer, ne relève plus de la neutralité diplomatique. Il s’agit d’une complicité de fait.

À chaque rencontre internationale, la même narration simpliste est mécaniquement répétée : condamner le M23 et le Rwanda, tout en occultant systématiquement la réalité des crimes subis par les Banyamulenge. Cette lecture univoque et politiquement confortable sert de paravent à une persécution continue et à un processus génocidaire en cours.

Ce silence organisé, cette minimisation systématique et cette inversion délibérée des responsabilités ne sont pas neutres. Ils prolongent les violences, consolident l’impunité des auteurs et condamnent une population entière à une destruction lente, sous le regard passif — et parfois complice — de ceux qui prétendent incarner la défense universelle des droits humains.


Le 25 janvier 2026

Paul Kabudogo Rugaba

 

 

 
 
 

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