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Diplomatie des selfies pendant que les bombes pleuvent

  • Paul KABUDOGO RUGABA
  • il y a 3 jours
  • 2 min de lecture


Alors que Patrick Muyaya, porte-parole du régime de Kinshasa, parade en Amérique du Nord, il multiplie les selfies soigneusement mis en scène avec certains membres du groupuscule « Akagara », artificiellement présenté comme représentatif des Banyamulenge. Cette opération de communication n’a qu’un objectif : fabriquer une illusion de normalité et faire croire au monde que le pouvoir congolais entretient de bonnes relations avec les Banyamulenge. Après son passage aux États-Unis, il est attendu au Canada pour poursuivre cette tournée de propagande, où l’image l’emporte cyniquement sur la vérité.

On se souviendra que Patrick Muyaya lui-même avait publiquement appelé les Congolais à faire des selfies et à les diffuser à travers le monde — comme si des images souriantes pouvaient effacer la réalité de la guerre et des crimes commis sur le terrain. C'était après que le porte-parole des FARDC, le général Ekenge, avait été publiquement dénoncé par des pays occidentaux pour avoir tenu, devant les caméras de la télévision nationale, des discours ouvertement haineux et incendiaires contre les Tutsi.

Ces éléments révèlent une réalité que Kinshasa refuse obstinément d’admettre : le pouvoir congolais n’a aucune intention d’abandonner son projet politique visant à déraciner les Tutsis de la RDC. Si ce plan était réellement abandonné, la guerre s’arrêterait immédiatement — car elle n’est pas inévitable, elle est voulue.

Mais cette vérité dérange. Le monde, aveuglé par ses intérêts miniers et économiques en RDC, préfère fermer les yeux, détourner le regard ou feindre l’incompréhension. Ce silence complice permet à la violence de se poursuivre, tandis que les victimes sont abandonnées à leur sort.

Pendant ce temps, et c’est là toute l’obscénité de cette mascarade, les populations des Hauts Plateaux vivent sous un déluge de feu. Ce dimanche 8 février 2023, les habitants n’ont même pas pu se rendre à la prière, assiégés par des frappes de drones et des attaques terrestres menées conjointement par les FARDC, l’armée burundaise et les FDLR. Les villages de Rubemba, Karongi, Karingi, Gakenke et Bidegu ont été frappés par des drones kamikazes, laissant derrière eux des destructions dont l’ampleur reste encore impossible à évaluer.

Cette violence s’inscrit dans un contexte d’opacité accrue : les communications ont été coupées par Kinshasa depuis un mois, limitant toute documentation indépendante des faits. Depuis près d’une année, des frappes aériennes se poursuivent contre des zones habitées par des Banyamulenge, sans réaction de la communauté internationale. L’argument du « manque d’accès » invoqué par certains médias internationaux apparaît problématique, dans la mesure où il contribue à invisibiliser des violations graves, qu’elles soient dues à des contraintes sécuritaires, à des pressions politiques ou à des intérêts divergents

Ainsi, tandis que le pouvoir se pavane à l’étranger, des villages sont réduits en cendres, des familles terrorisées et des vies brisées. Ce contraste brutal entre la mise en scène diplomatique et la violence militaire révèle une mascarade politique ignoble, dont le seul but est de maquiller l’inacceptable.


Le 8 février 2026

Paul Kabudogo Rugaba

 
 
 

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