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L’encerclement des Hauts Plateaux : militarisation, agendas géopolitiques et vulnérabilité des populations civiles

  • Paul KABUDOGO RUGABA
  • il y a 18 heures
  • 3 min de lecture


Les Hauts Plateaux se trouvent de nouveau soumis à un bouclage militaire intégral. Des mouvements de troupes structurés et permanents organisent désormais un encerclement qui perturbe gravement les circuits de ravitaillement et isole la région. L’ensemble des axes d’accès est contrôlé par une coalition militaire dont la composition ne cesse de s’élargir et de se renforcer.

Initialement constituée des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) et des Forces de Défense Nationale du Burundi (FDNB), cette coalition inclut désormais des éléments tanzaniens ainsi que des mercenaires de nationalité américaine. Cette configuration multinationale apparaît paradoxale dans la mesure où elle est déployée contre une population civile de taille réduite, installée sur ses terres ancestrales, n’exploitant pas de ressources stratégiques majeures et ne représentant pas une menace militaire avérée, mais faisant néanmoins l’objet d’une forte stigmatisation sur la scène internationale.

Sur le plan humanitaire, les Hauts Plateaux connaissent une nouvelle aggravation des pénuries de produits de première nécessité. Au cours des neuf dernières années, la population n’a bénéficié d’une période de relative stabilité que durant l’occupation temporaire d’Uvira par le mouvement AFC-M23 au cours des deux premières semaines de janvier 2026. La position adoptée par les États-Unis et l’Union européenne à l’égard de cette situation a toutefois contribué à réactiver l’instabilité et l’insécurité dans la région.

L’analyse des dynamiques du conflit suggère que la consolidation d’une paix durable ne constitue pas une priorité pour la majorité des acteurs impliqués, à l’exception des Banyamulenge eux-mêmes, qui se retrouvent dans une position de vulnérabilité extrême. Ceux-ci apparaissent comme des victimes expiatoires dans un contexte marqué par des rivalités géopolitiques dépassant largement leurs intérêts et leur capacité d’influence.

Chaque acteur régional et international poursuit son propre agenda stratégique, généralement présenté sous couvert de discours officiels axés sur la paix, la médiation et la stabilité. Toutefois, ces narratifs dissimulent des logiques de domination et de contrôle territorial. Ils s’appuient fréquemment sur le récit, largement instrumentalisé, d’une « agression rwandaise » afin de légitimer des opérations militaires affectant directement des populations civiles.

La situation demeure toutefois plus complexe. L’idéologie génocidaire de haine et de stigmatisation  a gangrainé toute la région et  le monde des puissants. Le Rwanda perçoit la situation sécuritaire dans l’est de la RDC comme une menace potentielle à son existence en tant qu’État ( ce qui est tout à fait vrai), tandis que les Banyamulenge font face à une menace immédiate et quotidienne sur le terrain. Contrairement à l’État rwandais, qui dispose de structures militaires et institutionnelles pour assurer sa défense, les Banyamulenges subissent directement les conséquences des violences sans protection adéquate.

Les bombardements réguliers par drones sur leurs villages ont entraîné un nombre élevé de victimes civiles, largement ignorées par la communauté internationale. Par ailleurs, la coupure des communications imposée par le gouvernement congolais a réduit la capacité de cette population à alerter sur sa situation, et même lorsque des moyens de communication étaient disponibles, leurs appels à l’aide ont reçu peu de réponses concrètes.

Les conditions humanitaires se dégradent de manière alarmante : les blessés manquent de soins appropriés, la mortalité progresse silencieusement et la violence est devenue une réalité quotidienne banalisée. L’omniprésence des images de destruction et de souffrance traduit une normalisation inquiétante du conflit.

Les visites successives de Jean-Pierre Lacroix, haut responsable des opérations de paix de l’ONU, notamment celle effectuée récemment, ne semblent pas avoir conduit à une amélioration tangible de la situation. Ces visites coïncident paradoxalement avec une intensification des opérations militaires contre les Hauts Plateaux. Ses déclarations publiques indiquent une volonté de rétablir l’autorité de l’État congolais par des moyens coercitifs et de neutraliser à la fois le M23 et les groupes d’autodéfense Banyamulenge, notamment Twirwaneho.

Parallèlement, la politique américaine dans la région apparaît davantage orientée vers l’accès aux ressources minières stratégiques que vers la protection des populations civiles, ce qui soulève des interrogations sur les priorités réelles de Washington.

Dans le champ médiatique, certaines voix, telles que la journaliste angolaise Hariana Veras, relaient des thèses controversées inspirées de Charles Onana, figure condamnée pour négationnisme et désinformation. Ce type de discours contribue à renforcer des narratifs biaisés et à influencer l’opinion publique internationale de manière problématique.

Enfin, les accords de Washington et de Doha, officiellement destinés à neutraliser les FDLR, ont paradoxalement coïncidé avec leur renforcement sur le terrain. Dans le même temps, ce sont principalement les forces d’autodéfense MRDP et l’AFC-M23 qui font l’objet de pressions visant à leur démantèlement.

Dans ce contexte, l’action de Jean-Pierre Lacroix est perçue par certains observateurs comme favorisant indirectement l’implantation durable des FDLR dans la région, au détriment des communautés Banyamulenge dont les territoires se transforment en zones de confrontation armée où les civils sont particulièrement exposés.

Le 10 février 2026

Paul Kabudogo Rugaba

 
 
 

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