Dérives de faux représentants et trahison politique : une blessure ouverte pour la diaspora Banyamulenge
- Paul KABUDOGO RUGABA
- il y a 4 jours
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Il est non seulement inquiétant, mais profondément scandaleux qu’une poignée d’individus opportunistes, se présentant frauduleusement comme « représentants des Banyamulenge des États-Unis », ait été reçue en grande pompe à Washington par le ministre Patrick Muyaya, porte-parole du gouvernement congolais. Ces personnes ne sont ni des porte-voix, ni des leaders, ni des interlocuteurs légitimes : elles sont des usurpateurs politiques, déconnectés de leur communauté, et désormais rangés du côté de ses bourreaux.
Cette mascarade de « représentation » constitue une insulte directe à la diaspora Banyamulenge. Ces individus ne représentent personne, si ce n’est leurs propres ambitions, leurs intérêts personnels et leur quête désespérée de reconnaissance politique. Ils ne parlent pas au nom des Banyamulenge d’Amérique — ils parlent contre eux.
La véritable diaspora Banyamulenge est organisée, structurée et est responsable, et continue de s’exprimer à travers la Mahoro Peace Association (MPA), une organisation humanitaire crédible, transparente et respectée. C’est là que réside la voix authentique de la communauté — et non dans les calculs cyniques d’un groupuscule renégat.
Ce cercle restreint, désormais perçu comme une véritable gangrène morale au sein de la diaspora, est constitué de personnes qui ont pourtant tout reçu du Rwanda lorsqu’elles fuyaient l’enfer des guerres en RDC : protection, sécurité, éducation, nationalité et opportunités. Elles ont grandi sous la bienveillance d’un État qui leur a offert une seconde chance, alors que leur propre pays les marginalisait et les exposait à la mort.
Et pourtant, une fois confortablement installées aux États-Unis, plusieurs d’entre elles ont craché sur cette main tendue. Leur retournement idéologique — devenant des adversaires acharnés du Rwanda — n’est pas seulement incompréhensible : il est moralement indéfendable. Pour beaucoup, il s’agit d’une trahison pure et simple, motivée par l’opportunisme et non par des convictions.
Au sein de la communauté, ces individus sont désormais qualifiés par certains de « Mai-Mai », tant leur discours épouse celui des milices hostiles aux Banyamulenge. Leur alignement total avec le régime de Kinshasa — qui coopère ouvertement avec des milices dites « Wazalendo », avec les FDLR (auteurs du génocide des Tutsis en 1994) et avec les Imbonerakure du Burundi — n’est rien d’autre qu’une complicité politique avec des forces criminelles.
Depuis 2017, ces mêmes groupes armés mènent une guerre d’extermination rampante contre les Banyamulenge dans les Hauts Plateaux du Sud-Kivu : massacres ciblés, villages incendiés, femmes violées, familles dispersées, communautés déracinées. Cette violence systématique, nourrie par une idéologie ouvertement anti-Tutsi, vise à effacer les Banyamulenge de leur terre ancestrale.
Dans ce contexte, voir certains membres de la diaspora se ranger aux côtés du gouvernement congolais — largement perçu comme complice de cette campagne de persécution — n’est pas seulement choquant : c’est une trahison historique, un reniement de leur propre peuple, et une collaboration morale avec l’oppression.
La réception de ces faux représentants par le ministre Muyaya ne relève pas du hasard : elle s’inscrit dans une stratégie cynique de manipulation politique. Il s’agit de fabriquer de faux interlocuteurs, de donner l’illusion d’un « dialogue », et surtout de masquer la réalité des violences contre les Banyamulenge. C’est une opération de blanchiment politique, comparable aux tactiques utilisées par des régimes cherchant à nier leurs crimes.
Il est de plus en plus clair que ces individus ne sont pas mus par l’amour de leur communauté, mais par des intérêts personnels : promesses de postes, avantages politiques, privilèges et reconnaissance au sein d’un système corrompu jusqu’à la moelle. Leur posture « pro-Kinshasa » n’est pas une conviction — c’est une transaction.
Le comble de l’indignité est que plusieurs d’entre eux ont perdu des proches depuis 2017, tués ou déplacés par les mêmes milices qu’ils défendent aujourd’hui politiquement. Cette contradiction grotesque révèle une rupture morale profonde avec leur propre histoire et leur propre famille.
Face à cette trahison, la colère et l’indignation sont immenses parmi les Banyamulenge, tant en RDC qu’au sein de la diaspora. Beaucoup estiment que vivre aux États-Unis — une nation fondée sur les droits humains — devrait au contraire les pousser à dénoncer l’injustice, et non à légitimer ceux qui la perpétuent.
Mais malgré ces reniements et ces divisions, une réalité demeure incontestable : les Banyamulenge ne se tairont pas. Ils continueront de résister à l’effacement, de dénoncer les crimes, et de défendre leur droit à exister. Leur lutte n’est pas seulement politique — elle est existentielle.
Tôt ou tard, la vérité éclatera, les responsabilités seront établies, et la justice s’imposera. Et lorsque ce jour viendra, l’histoire jugera sévèrement ceux qui auront choisi le camp de l’oppression plutôt que celui de leur propre peuple.
Le 7 fevrier 2026
KARL HEINZ RUMMENIGGE
