Doha : un accord fragile qui révèle un agenda externe à la RDC
- Paul KABUDOGO RUGABA
- 20 juil.
- 3 min de lecture

L’accord signé récemment à Doha concernant la crise sécuritaire à l’est de la République démocratique du Congo apparaît, dès la lecture de son contenu, comme extrêmement fragile. En réalité, il ne s’agit pas d’un véritable accord, mais plutôt de simples déclarations de principe. Ces déclarations, qui définissent des intentions générales, restent éloignées des engagements concrets nécessaires pour résoudre la crise.
En pratique, un fossé sépare la formulation de ces principes et leur mise en œuvre effective. L’un des obstacles majeurs à leur application immédiate réside dans le fait que le gouvernement congolais n’a pas encore validé ces décisions. Si le haut représentant du président congolais a bien apposé sa signature à Doha, le Conseil des ministres, seul organe habilité à engager officiellement l’État, ne s’est pas encore prononcé. Sans cette validation formelle, aucune des mesures décidées ne pourra entrer en vigueur, compromettant ainsi le calendrier prévu pour leur mise en œuvre.
Plus largement, la faiblesse structurelle de l’accord révèle un problème de fond : l’impression persistante que le processus de Doha s’inscrit dans un agenda qui échappe aux Congolais comme aux acteurs régionaux. Il s’agit d’un dispositif largement piloté par des acteurs internationaux, notamment les États-Unis via le Qatar, dont les objectifs géopolitiques dépassent largement la résolution de la crise congolaise.
Dans les faits, cet accord ne répond pas aux réalités du terrain. Selon plusieurs observateurs, loin d’apaiser la situation, celle-ci continue à se détériorer. Les forces en présence poursuivent leur renforcement militaire, aussi bien sur l’axe Uvira-Bukavu que sur l’axe Walikale-Goma, laissant présager de nouvelles confrontations dans les jours et semaines à venir. Comme toujours, ce sont les populations civiles qui en paieront le prix, prises au piège d’une guerre sans fin.
De plus, les mécanismes prévus à Doha reposent sur l’activation de dispositifs régionaux, tels que la SADC et l’East African Community. Or, aucune mise en œuvre n’est possible sans l’accord et l’implication formelle de ces organisations. L’absence d’un cadre régional consolidé bloque ainsi toute avancée significative.
En définitive, cet énième processus ne semble ni porter la voix des Congolais ni s’attaquer aux causes profondes du conflit. Il illustre une fois de plus la tendance à multiplier les accords sans en assurer l’application effective, renforçant le sentiment que la région est instrumentalisée au service d’agendas externes plutôt qu’orientée vers la paix et la stabilité.
Accords de principes : un théâtre politique au détriment des civils Banyamulenge
Alors que les acteurs politiques et diplomatiques s’évertuent à produire des déclarations de principes présentées comme des avancées vers la paix, sur le terrain, la réalité demeure tragique. Chaque partie prenante interprète ces pseudo-accords selon ses propres intérêts, y voyant un levier pour consolider sa position plutôt qu’un véritable cadre de résolution du conflit.
Cette instrumentalisation des accords se manifeste notamment dans la région des Hauts Plateaux, où les populations Banyamulenge subissent des attaques répétées. Ces dernières semaines, les renforts militaires des FARDC, appuyés par des troupes burundaises, des éléments FDLR, des groupes Wazalendo, mais aussi des mercenaires belges et colombiens, mènent des offensives ciblées contre cette communauté. Sous couvert de lutte contre le M23-Twirwaneho ou d’autres justifications sécuritaires, ces opérations traduisent une dynamique de violence systémique contre les Banyamulenge.
Pourquoi donc continuer à organiser ces mises en scène diplomatiques alors même qu’aucune mesure concrète de protection des civils n’est mise en place ? Ces pseudo-accords de principes, loin d’apaiser les tensions, fonctionnent comme un écran de fumée. Ils donnent aux acteurs internationaux l’impression d’agir et aux gouvernements impliqués le temps de poursuivre leurs agendas militaires, sans rendre de comptes sur les violations des droits humains.
Ces « sales coups de théâtre » démontrent que la finalité de tels accords n’est pas de résoudre la crise, mais de gagner du temps, repositionner les alliances régionales et internationales, et légitimer des interventions ou des offensives militaires sous une apparente légalité diplomatique. Pendant ce temps, la communauté Banyamulenge, déjà fragilisée par des années de persécution, se retrouve une fois de plus victime de massacres et de déplacements, dans un silence international quasi total.
Si la diplomatie régionale et internationale ne rompt pas avec cette politique de façade, la spirale de violences contre les populations civiles – en particulier les Banyamulenge – continuera, révélant l’absurdité d’accords qui n’ont ni la force contraignante d’un traité, ni la sincérité d’une réelle volonté de paix.
Le 20 juillet 2025
Paul Kabudogo Rugaba




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