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  • Paul KABUDOGO RUGABA

Lettre à monsieur Honoré Ngbanda Nzambo-ko-Atumba

Dernière mise à jour : 20 nov. 2020

Monsieur, c’est depuis un certain temps que vous contestez la nationalité des Banyamulenge, emboitant ainsi le pas à certains compatriotes du Sud-Kivu et d’ailleurs qui ont choisi volontairement de ramer à contre-courant de l’histoire. Intellectuel et homme d’Etat bien connu dans notre pays, j’ai du mal à croire que votre déni de la nationalité congolaise des concernés soit le fait de l’ignorance de votre part, ce qui serait surprenant si tel était le cas. Tout comme il serait aussi regrettable si c’est volontairement que vous le faites.

Les documents historiques qui prouvent que l’établissement des Banyamulenge en RDC est bien antérieur au partage de l’Afrique sont nombreux. Cependant, point n’est besoin pour moi de vous les étaler ici. Je préfère, plutôt vous donner quelques cas des gens qui ont tenté bien avant vous de contester leur nationalité et qui n’ont pas obtenu gain de cause, tout simplement parce qu’il n’est pas facile de falsifier l’histoire. Toutefois, Je vous citerai aussi quelques documents de l’époque coloniale pour démontrer la véracité de ce que j’affirme. Je vous préviens que je serai assez long dans mon propos que je vous invite à lire entièrement avec espoir qu’après l’avoir lu, vous allez rectifier votre position sur ce sujet. Car, traiter les Banyamulenge d’étrangers sur le sol de leurs ancêtres revient à passer à mille années lumières de la vérité.

Au début des premières élections qui précédèrent la date de l’accession de notre pays à l’indépendance, deux personnalités Fuliru (Malandura et Shishi) s’opposèrent à ce que les Banyamulenge pussent voter. C'était au poste de Mulenge, dans le territoire d’Uvira. Suite à cette opposition, Mr Herman, qui était le chef de ce poste, descendit à Uvira pour porter l’affaire devant l’administrateur colonial du territoire Mr Depelchin. Ce dernier lui dira que ces gens auxquels on voulait interdire le vote, leurs ancêtres étaient établis au Congo avant la création l’Etat Indépendant du Congo et qu’ils étaient des citoyens congolais et par ce fait, ils devaient voter à l’instar des autres citoyens. Les belges qui ont tranché ce jour-là savaient bien qu’ils les avaient trouvés sur place lorsqu’ils sont venus coloniser le Congo. Pouvez-vous prétendre en savoir plus qu’eux aujourd’hui sur les Banyamulenge? Certains témoins de cet événement sont encore en vie aujourd’hui et quiconque voudra vérifier ce récit pourra les contacter facilement. A l’époque, non seulement ils avaient voté, mais aussi certains d’entre eux avaient été élus comme conseillers au niveau des collectivités locales. Il s’agit de Mr Simon BISHIRIMBEHO dans le secteur de Tanganika, des MM Stephano MUHINDANYI (feu mon beau-père) et Isaac KARAMUDOGA dans la chefferie Bavira et Mr Yohana MUGABE dans le secteur d’Itombwe. Les deux derniers seront malheureusement tués en 1966 respectivement à Rugabano dans le secteur d’Itombwe et à Kirumba dans la collectivité Bavira par les rebelles mulelistes de la tribu Bembe, de laquelle se recrutent encore aujourd’hui les mai-mai qui mènent une fois de plus la vie dure aux Banyamulenge. Quelle est cette tête bien-pensante qui peut croire que l’on avait élu des étrangers au niveau des collectivités locales? Vous comprenez clairement que la loi de 1972 que vous brandissez à tout bout de champ, qui aurait accordé la nationalité congolaise aux Banyarwanda d’une manière collective n’a jamais concerné les Banyamulenge.

En 1969, il y eut un recensement général avant les élections qui allaient avoir lieu en 1970. La question de la nationalité des Banyamulenge fut encore soulevée par quelques individus mal intentionnés. L’affaire fut portée devant le Gouverneur du Kivu de l’époque, Mr Henri Désiré Takizala. Par sa lettre n° 212-2220-054-A.I.C-69 adressée au Commissaire du District du Sud-Kivu, il précisa que «les Banyarwanda d’Itombwe (les Banyamulenge) sont parmi les ethnies fondatrices de l’Etat Indépendant du Congo et sont des congolais d’origine». Ils prirent part au recensement. Signalons qu’à l’issue des élections législatives de 1970, le territoire d’Uvira fut représenté par deux députés, dont un citoyen Munyamulenge, en la personne de notre regretté frère l’Honorable Isaac Gisaro Muhoza qu’une mort à la fois brutale et prématurée arracha à l’affection de tous les siens en plein mandat législatif en mars 1980. Pensez-vous que la population d’Uvira avec ses intellectuels s’étaient tous laissés représenter au niveau national par un étranger sans broncher? Ceux qui avaient entériné sa candidature au niveau national n’avaient-ils pas étudié son CV? Je vous rappelle de plus que c’était deux ans avant la fameuse loi de 1972 devenue votre cheval de bataille. D’aucuns ont prétendu que les Banyamulenge avaient pris des armes en 1996 pour acquérir la nationalité congolaise par la force. Et les kadogo non Banyamulenge et leur maître à eux tous le feu Président Laurent Désiré Kabila, pour quoi les avaient-ils prises? Pour aider les Banyamulenge à avoir la nationalité? Quelle absurdité! Comment pouvaient-ils combattre pour arracher ce qu’ils possédaient déjà de par l’histoire ? Ceux d’entre eux qui avaient pris des armes avec d’autres congolais contre votre régime l’ont fait pour des motifs connus d’eux-mêmes, autres que celui de leur nationalité.

En 1974, ce problème refit surface quelque part dans le Sud-Kivu au moment de l’octroi des cartes d’identité pour citoyen. Certains de leurs compatriotes contestèrent leur droit d’en avoir. Le gouverneur de l’époque, Mr Ndebo Akanda di Nenkeza tranchant lui aussi en faveur des Banyamulenge par une lettre officielle et les cartes d’identité leur furent délivrées. Les colons belges et ces deux anciens gouverneurs du Kivu savaient tous très bien que les Banyamulenge n’avaient aucun problème de nationalité en RD Congo.

Tout récemment, j’ai suivi votre vidéo vieille d’environ 11 mois dans laquelle vous brandissez un document de 1953 tout en débitant des mensonges et des incohérences à faire dormir debout. Vous affirmez sans vergogne que c’est l’Honorable Gisaro qui, en 1996, avait demandé à Monsieur Tabazi (tous deux Banyamulenge) d’inclure le nom ‘’Banyamulenge’’ dans son mémoire de licence en histoire. Le premier est mort le 16/03/1980 et le second a obtenu sa licence en histoire à l’ISP/Bukavu en 1975. Comment en 1996, 16 ans après sa mort, l’Honorable Gisaro aurait pu demander à Monsieur Tabazi d’inclure ce nom dans son mémoire présenté 21 ans plus tôt(en 1975)? Avec ces mensonges grotesques, qui est cet homme sérieux qui peut croire à ces ragots qui émanent malheureusement d’un homme digne de respect que vous êtes? Voilà qu’en voulant se faire passer pour spécialiste d’un domaine que l’on ne maîtrise pas on finit par se rendre ridicule. Malheureusement vous ne vous arrêtez pas là. Vous continuez avec vos affirmations dénuées de tout fondement en parlant de l’arrivée des réfugiés rwandais dans l’Itombwe en 1953 où les belges auraient demandé à un notable Bembe de leur chercher un asile dans son entité. C’est encore votre propre invention car vous ne trouverez aucun document historique attestant qu’il y eut des rwandais qui avaient fui leur pays pour le Congo Belge durant cette année-là, tout simplement parce que ces refugiés n’ont jamais existé si ce n’est dans votre imagination.

Dans votre vidéo, vous parlez aussi des tensions qui auraient existé entre les Bembe et les Banyamulenge et qui auraient été à la base de l’expulsion de ces derniers du secteur de l’Itombwe toujours en 1953. Encore un tissus de mensonges. Il n’y a aucun Bembe ou Munyamulenge, moins encore un document historique qui peut confirmer qu’il y eut une quelconque tension entre leurs communautés avant 1964, année où éclata la rébellion muleliste. Au début des années 50, il y eut une conversion massive des Banyamulenge au christianisme. Les premiers convertis d’entre eux furent baptisés dans les églises se trouvant dans les villages des Bembe dans l’Itombwe forêt. Mon propre père fut baptisé à Kisangani, aux environs de Kitibingi, en Septembre 1950. Le premier baptême dans l’Itombwe savane eut lieu chez les Banyamulenge le 18/05/1951 à Tulambo, chez le tout premier Pasteur Munyamulenge qui s’appelait Matayo Mwungura. Le suivant eut lieu à Kakuku (un village Bembe) le 30/05/1951. Donc, en 1953, année des vos tensions imaginaires, les Banyamulenge et les Bembe appartenaient à une même communauté religieuse avec un même Révérend Pasteur Bembe en la personne de feu Stephano Mukyoku d’heureuse mémoire et dont mon papa fut l’un des proches collaborateurs parmi les pasteurs Banyamulenge. A la place des tensions, il y avait une convivialité totale et une parfaite harmonie. Parler de tensions tribales à cette époque relèverait d’une pure chimère. Durant cette même période, des jeunes Banyamulenge fréquentaient l’école chez les Bembe dans l’Itombwe forêt, précisément à Kitibingi. Signalons que ceux d’entre eux qui ne se prenaient pas en charge étaient hébergés dans des familles Bembe. Nous avons encore aujourd’hui des vieux (Muringa Laban et Gaturuturu Elias) qui ont terminé leurs études primaires en 1956 ensemble avec Mr. Kyembwa Walumona (ancien Gouverneur du Sud-Kivu) à Kalambi non loin de la cité de Mwenga. Monsieur, tout ceci eût-il été possible durant une période des tensions entre les Bembe et les Banyamulenge? A vous de répondre.

Toujours dans la même vidéo, vous sollicitez l’intervention des belges en tant qu’anciens colonisateurs pour éclairer votre lanterne au sujet des Banyamulenge. Pendant que vous attendez leur réponse à votre préoccupation, permettez-moi de vous proposer ici un avant-gout de ce que vous obtiendrez de leur part.

Dans l’annexe de l’arrêté no 15 du 16 Août 1937 créant le secteur de Tanganika, vous trouverez des noms des chefs des villages Banyamulenge (aux côtés des chefs Bembe), notamment Mr Lutambwe dans le groupement Basimuniaka et Mr Moasha (Muhasha) dans le groupement Balala. Cet arrêté fut signé à Constermansville (Bukavu aujourd’hui) le 06 Août 1937 par le Chef de la Province, Mr J. NOIROT. D’après votre entendement, pouvait-on confier la gestion d’une entité locale à un étranger?

Dans le procès-verbal du conseil du Secteur de l’Itombwe tenu le 24.09.1947 à Luemba (à plus ou moins 3 kilomètres au sud de Kipupu) et qui était présidé par l’Administrateur du Territoire Mr DERYCKE, vous trouverez trois groupes qui y apparaissent. Il s’agit de: Basimuniaka, Basimukindji et Baniarwanda (Banyamulenge). Parmi les participants se trouvaient les Banyamulenge SEBASAZA et SEMALINGA (qui représentait Mr Muhire dans cette réunion). Qui pouvez-vous convaincre que l’on avait invité des étrangers à siéger au Conseil du Secteur d’Itombwe en 1947? Même ceux de nos voisins dont les oreilles sont souvent caressées par vont propos mensongers n’y croient pas parce qu’ils connaissent la vérité. Ceci étant, ne trouvez-vous pas que vous devenez le dindon de la farce?

Voici en plus un récit éloquent d’un événement post colonial. Dans le compte rendu du conseil du secteur de Tanganika, dans le territoire de Fizi, tenu du 01 au 04 Juin 1962 et qui était présidé par Mr Kinioni Monebatu (Mwenebatu), vous trouverez un Munyamulenge parmi les huit membres du conseil. Il s’agit de Mr Bisirimbeo (Bishirimbeho) Simon, qui avait été élu en même temps que ses pairs Bembe. Dans ce même document vous trouverez que Mr Mvuka fut désigné notable de la cité de Itasha (Gitasha) avec quatre capitas Banyamulenge sur les six que comptait ladite cité. Il s’agit des MM Lukabanira (Rugabanira), Kahota (Gahota), Muhavu et Nyandinda. Notons qu’au moment des premières élections locales dans notre pays, il n’y avait pas encore dans ce secteur de réfugiés tutsi rwandais auxquels vos patriotes mai-mai assimilent abusivement les Banyamulenge. Quelques questions Monsieur: pensez-vous sincèrement que l’on avait élu un étranger comme membre du conseil du secteur et trois ans après, quatre parmi les siens nommés notables? Leurs collègues Bembe ne connaissaient-ils pas leur origine? Me direz-vous qu’à cette époque les Bembe étaient incultes au point de ne pas savoir distinguer qui était étranger ou non dans leur secteur? Décidément, le démon de mensonge ne tient jamais compte de la logique. A vous et à ceux-là dont vous vous êtes fait l’avocat dans leur œuvre destructrice des biens et des personnes je dis: mentez, mentez, il restera toujours quelque chose.

Monsieur, nos grands-pères eurent maille à partir avec les pygmées qui leur reprochaient de faire fuir les gibiers suite à l’extension de leurs pâturages dans les hauts plateaux d’Itombwe.

Ils furent face aux lions qui dévorèrent certains d’entre eux et qui n’épargnaient surtout pas leurs vaches. Appeler leurs descendants des étrangers chez eux, c’est cracher sur leur mémoire. Il sied de souligner que le secteur de l’Itombwe comprend deux parties : la savane et la forêt. La toute première personne à s’installer dans l’Itombwe savane avec sa famille fut Monsieur Muhire, un Munyamulenge, vers les années 1930. C’était à Kibonangoma, tout près de la lisière de la forêt de l’Itombwe. Suite au décès de son fils mort foudroyé, celui-ci déménagea pour Tulambo (plus à l’Est) en 1938, à plus ou moins quatre kilomètres au sud-ouest de Kipupu. Beaucoup d’autres familles Banyamulenge vinrent à sa suite pour ériger plusieurs villages autour de Tulambo. Signalons que bien des années avant de s’installer avec leurs familles dans l’Itombwe savane, ils y pratiquaient la transhumance en provenance du territoire d’Uvira. A cette époque, aucun Bembe n’habitait encore l’Itombwe savane. Ils habitaient tous l’Itombwe forêt. Ils vivaient à Ibachilo, Kisangani(Luchweko), Kitibingi, Lubumba, Kitopo etc. Signalons que le siège du secteur se trouvait initialement à Kitibingi. Il fut dans la suite transféré à Miki à la demande du chef de poste administratif belge qui venait de s’y installer parce que les véhicules pouvaient y accéder. C’était après la construction de la route reliant Fizi et Mwenga qui traversait l’Itombwe. Kipupu n’est devenu le siège du secteur de l’Itombwe qu’après la rébellion muleliste qui éclata en 1964. Les premiers Bembe à s’installer dans l’Itombwe savane furent les Basikombo (faisant partie des Basimukindji) qui s’établirent à Kakuku, à plus ou moins trois kilomètres à l’ouest de Kipupu en 1947. Je crois qu’il peut y avoir encore aujourd’hui beaucoup de vieux Banyamulenge qui peuvent témoigner les avoir vus s’y installer. Les Basimwenda avec leur Chef Kilima s’établirent à Tubangwa en 1948 au moment où la famille de mon grand-père s’installait non loin de là à Malanda, lieu où fut érigée plus tard la principale mission protestante de l’Association des Eglises Libres de Norvège (AELN) dans l’Itombwe, devenue aujourd’hui CELPA (Communauté des Eglises Libres de Pentecôte en Afrique). Quant aux Basimunyaka, c’est bien après l’expulsion des Banyamulenge de l’Itombwe savane en 1952 au profit de la société ELIT (Elevage de l’Itombwe) qu’ils s’y établirent. Je mets au défi quiconque peut citer le nom d’un seul village Bembe construit dans l’Itombwe savane avant 1947 ainsi que son emplacement. Ainsi, votre histoire des réfugiés rwandais arrivant dans ce secteur en 1953 est encore un pur produit de votre propre imagination. Toutefois, je constate que vous commencez à reculer la date de l’arrivée des Banyamulenge en RD Congo. Si je ne me trompe pas, plus d’une fois par le passé vous avez parlé de 1959. Dans votre vidéo dont il est question, vous ramenez leur arrivée en 1953. Quelle sera la prochaine date? Je vous informe que nos parents et grands-parents avaient à l’époque coloniale les mêmes livrets d’identité que tous les autres congolais. Pouvez-vous penser que les belges avaient accordé les livrets d’identité nationaux aux étrangers? On se rend compte que toutes vos déclarations concernant les Banyamulenge défient toute logique. C’est fort dommage pour un intellectuel que vous êtes.

S’agissant de votre document de 1953, voici les faits réels. Avant 1952, les sociétés CFL et SAAK avaient décidé d’implanter une société d’élevage bovin dans l’Itombwe, précisément dans les entités qui étaient occupées et gérées par les Banyamulenge notamment Tulambo, Itara, Irundu et Minembwe, entités dans lesquelles ils pratiquaient déjà l’élevage. Signalons que Tulambo était dirigé par Muhire, Itara par Sebasaza, Irundu par Sebihunga et Minembwe par Ruvugwa. En 1951, un géomètre fut envoyé dans la région pour explorer ce que sera l’étendue du domaine de la société d’élevage ELIT alors en gestation. Bien que la société portât le nom de l’Elevage de l’Itombwe, secteur du territoire de Mwenga, remarquons que sa concession s’était étendue jusqu’à Minembwe dans le territoire de Fizi. En 1952, tous les Banyamulenge furent expulsés de leurs terres de l’Itombwe et de Minembwe au profit donc de la nouvelle société. Alors que la décision de les déposséder leurs terres était déjà mise en application, Mr SCHEWALL se rendit dans la contrée en tant qu’Officier de Police Judicaire pour une enquête de fixation des limites de ladite société. L’expropriation des terres des Banyamulenge fut sanctionnée par un procès-verbal signé le 13 Janvier 1954 à Luemba. Seuls les notables Bembe de l’Itombwe qui n’avaient rien à perdre signèrent ledit procès-verbal avec l’enquêteur susmentionné. Il s’agit des MM KISALE, MALEKANI, MUNIAKA et MUKUMA. Vous remarquerez qu’en bas des noms des notables Banyamulenge SEBIHUNGA et MUHIRE repris dans ce procès-verbal, il n’y a ni signatures ni empreintes digitales car ils refusèrent de cautionner l’expropriation de leurs terres. C’est au notable Matiyabo du secteur de Lulenge où il y avait des savanes propices à l’élevage bovin que le colonisateur demandera de chercher un endroit où les Banyamulenge chassés de leurs terres pouvaient être relocalisés avec leurs troupeaux de vaches. Notons qu’ils ne s’installèrent même pas dans le secteur de Lulenge comme le demandait les colons belges. La plupart retournèrent dans le territoire d’Uvira et d’autres s’installèrent dans la partie orientale du secteur de l’Itombwe, en bordure des limites occidentales du territoire d’Uvira. Voilà le sens de votre document de 1953 dont vous tordez le sens et que vous présentez comme si on y parlait de l’installation des étrangers rwandais fraichement arrivés dans le milieu. Signalons que dans ce même procès-verbal, on parle d’un fonds d’indemnisation qui avait été proposé aux Banyamulenge contre leurs terres ; ce qu’ils refusèrent. Ce fonds fut logé dans un compte à la CADECO à Bukavu sous la gestion du Chef du secteur de l’Itombwe de l’époque. Seuls ses descendants peuvent peut-être dire avec qui il s’était partagé cet argent. D’après vous, pouvait-on indemniser des étrangers pour avoir perdu des terres qu’ils n’avaient pas achetées et qui ne leur appartenaient pas d’aucune manière? Je vous laisse donner la réponse en tant qu’un homme instruit.

A l’avènement de la rébellion muleliste en 1964, la société ELIT comptait 7000 têtes de bovins à Minembwe et 3500 à Tulambo. Dans moins de deux ans, les rebelles et leurs familles avaient bouffé tous ces bétails au point qu’en 1966 ils avaient commencé à bouffer ceux des Banyamulenge. Ceux de ma famille furent razziés un certain lundi 04 juillet 1966 entre Kipupu et Tubangwa. Aujourd’hui, plus de 53 ans plus tard, les voici revenus à la charge pour emporter cette fois-ci, plus qu’avant, des dizaines des milliers des vaches des Banyamulenge, détruire leurs villages, tuer quelques-uns d’entre eux et pousser d’autres à l’exil. Voilà Monsieur, les œuvres de vos patriotes dont vous défendez une cause imaginaire.

En 1968, plusieurs jeunes Banyamulenge furent massivement incorporés dans l’Armée Nationale Congolaise(ANC) dont le Commandant suprême n’était autre que votre frère de tribu, le feu Marechal Mobutu. Pensez-vous qu’il ne fut pas au courant du recrutement de ceux-là que vous appelez aujourd’hui des étrangers rwandais? C’était après que les autorités militaires à Uvira et Fizi eurent remarqué leur bravoure dans leurs combats contre les rebelles muleliste issus des tribus voisines Fuliru et Bembe, tribus d’origine des mai-mai qui ont tué, détruit les maisons, les églises et razzié des dizaines des milliers des vaches des Banyamulenge depuis 2017, curieusement cette fois-ci, avec l’appui de certains éléments de l’armée nationale(FARDC). Ces jeunes militaires issus de notre tribu avaient contribué à enrailler la rébellion muleliste dans notre région. Ils serviront ensuite sous le drapeau dans plusieurs coins du pays et plusieurs d’entre eux tombèrent sur le champ d’honneur. D’après vous, ont-ils combattu dans l’ANC en tant que des mercenaires étrangers? De cette génération, il en restait encore très peu dont deux qui ont été assassinés en 1998 à Kinshasa après avoir servi leur pays pendant environ 30 ans, non pas parce qu’ils avaient trahi leur patrie, mais parce que ils étaient nés tutsi. Il s’agit des MM Sebaganwa(un oncle paternel) et Ndahinda(un cousin croisé). Le premier a péri avec deux de ses fils. Le second fut pendant des années au service du Général Baramoto que vous connaissez bien plus que moi. Il pourra vous dire s’il l’avait eu à son service un mercenaire rwandais ou un militaire congolais. Vous trouverez leurs traces dans différents camps militaires de la ville de Mbandaka depuis 1969 et de Kinshasa au Camp Kokolo, de 1977 jusqu'à leur assassinat en 1998. Sachez que de 1968 jusqu’à ce jour, notre armée n’a jamais manqué en son sein des ressortissants Banyamulenge. Il y en a encore aujourd’hui jusqu’au niveau des officiers généraux. Je me demande si, à cause de leur facies, vous ne les incluez pas parmi les militaires rwandais dont vous dénoncez sans cesse l’infiltration au sein des FARDC.

Depuis longtemps, le facies tutsi a été faussement présenté comme la morphologie typique des rwandais alors que le Rwanda était habité par plus de 85% des hutu (bantous). Ainsi, un citoyen hutu rwandais pouvait être plus facilement accepté comme congolais là où un tutsi congolais d’origine avait du mal à se faire accepter comme tel. C’est ainsi que l’on pouvait trouver à Kinshasa, lors d’une conférence des Chefs d’Etat de la CEPGL, des étudiants qui étaient incapables de distinguer entre les Présidents Habyarimana et Bagaza, qui était le Président du Rwanda ou du Burundi. Le tutsi Bagaza, Président du Burundi était donné pour rwandais tandis que le hutu Habyarimana, Président du Rwanda était donné pour burundais. Ceci peut amener quelqu’un à se poser la question de savoir si nous avons tous utilisé les mêmes programmes scolaires de géographie et d’histoire de notre pays pour que certains compatriotes affichent une telle ignorance. Cette astuce de facies fut utilisée pendant plus d’une décennie (à partir des années 80) par certains politiciens du Kivu pour mettre hors circuit leurs concurrents potentiels tutsis lors des élections législatives. Avant l’entérinement des candidatures, une liste des candidats tutsi (parfois avec quelques Havu et Shi) était transmise à la commission ad hoc du comité central du MPR, les présentant tous comme des candidats à la nationalité douteuse. Comme conséquence, ils étaient tous rejetés en bloc sans aucune vérification. Curieusement, eux-mêmes et tous les membres de leur communauté tutsi participaient aux élections sans que la question de leur nationalité douteuse fusse évoquée, faisant ainsi des tutsi des citoyens électeurs non éligibles, sans qu’il y eut un texte de loi consacrant cette situation. C’est encore par cette astuce qu’aucun citoyen tutsi (du Nord et du Sud-Kivu) ne fut admis à siéger à la conférence nationale souveraine au début des années 90. Même le feu Rwakabuba Shinga, l’un des pères de l’indépendance de notre pays n’y fut pas admis bien qu’il eût été bien de décennies auparavant ministre provincial de l’éducation du Kivu(en 1960), et pendant plusieurs années, membre du bureau politique et du comité central du MPR d’une manière quasi ininterrompue.

Certains compatriotes (dont vous) se comportent comme si la RD Congo était une presqu’île attachée au continent africain par le Rwanda, ignorant délibérément qu’elle possède des frontières communes avec huit autres pays. Monsieur, ignorez-vous sincèrement que le long des nos frontières il y a des compatriotes qui appartiennent aux tribus qui ont des membres aussi dans les pays voisins ? Ignorez-vous que les Lunda de la RDC, de la Zambie et de l’Angola reconnaissent une même autorité coutumière et que ça n’a jamais dérangé personne? Ignorez-vous qu’à part en RDC, les Bakongo se retrouvent aussi bien au Congo qu’en l’Angola et que ça n’a jamais posé aucun problème à ceux de la RDC? Ignorez-vous que les Nande du Nord-Kivu sont les mêmes que ceux de l’Ouganda et qui sont des ougandais? Pouvez-vous distinguer les Tshokwe de l’Angola de ceux de Shayimbwanda en territoire de Kahemba dans le Bandundu en RDC où l’on peut trouver des militaires de l’armée angolaise venus passer des congés dans leurs familles congolaises? Pouvez-vous imaginer la mobilité entre frères de sang séparés par une tracée arbitraire des frontières qui n’a obéi à aucune logique si ce n’est qu’aux intérêts de ceux qui se partageaient le continent africain ? Pour quoi ça devient un problème lors qu’il s’agit seulement des tutsi? Les exemples sont trop nombreux pour les citer tous, mais je ne terminerai pas ce paragraphe sans parler de votre propre tribu, celle des Ngbandi. Vous et moi savons très bien que les Ngbandi de la RD Congo ont des cousins de l’autre côté de la rivière Ubangi en RCA. Alors que les Banyamulenge habitent des territoires qui ne font pas frontière avec le Rwanda auquel vous aimez les rattacher, aucune autre tribu ne se trouve entre la vôtre et la République Centrafricaine. C’est seulement une rivière qui sépare les Ngbandi de la RDC de ceux de la RCA. N’êtes-vous pas au courant de l’existence de cette frontière? En 1996, lorsque les bruits des bottes de l’AFDL se faisaient déjà entendre à l’Est, notre regretté frère Joseph MUTAMBO essaya de contacter différents officiels à Kinshasa pour leur parler des Banyamulenge dont le nom se propageait comme une trainée de poudre. Lorsqu’il parla à l’un d’eux qui était de votre tribu depuis quand les Banyamulenge étaient établis en RDC, celui-ci lui avoua qu’à cette date, ses ancêtres (Ngbandi) n’étaient pas encore arrivés en RDC. Qu’en est-il des vôtres? Pouvez-vous prouver que vous êtes plus congolais que Son Excellence Mr Azarias Ruberwa et l’Honorable Moïse Nyarugabo devenus des cibles privilégiées des extrémistes antis tutsis comme vous sur les réseaux sociaux à propos de leur nationalité ?

J’ai un frère qui a étudié à la Faculté de Théologie Evangélique de Bangui (FATEB) au courant de la décennie 80. Certains de ses collègues Ngbandi centrafricains allaient passer leurs vacances à Kinshasa chez leurs oncles Ngbandi zaïrois (congolais). Qu’en dites-vous Monsieur? Un jour j’étais avec ce frère au centre ville de Kinshasa. Il fut arrêté par un des hommes du régime qui circulaient souvent dans le centre ville se faisant passer pour les agents de sécurité alors que quelques uns n’étaient là que pour rançonner des paisibles citoyens. Motif d’arrestation? Son adresse à Kinshasa n’était pas consignée dans sa carte d’identité pour citoyen alors qu’il y était tout simplement de passage. Arrivés auprès du chef devant lequel on avait été conduit, le motif changea pour dire qu’il avait injurié Mobutu (sic)! Le chef ayant appris que mon frère étudiait à Bangui, comme pour en vérifier la véracité, se mit à lui parler en langue Sango, qui est parlée aussi bien par les Ngbandi de la RCA que par ceux de la RDC. Il le relâcha après leur entretien dans cette langue. Quelques questions Monsieur: à quoi pouvait-on reconnaître que cet agent de sécurité qui parlait la langue Sango à Kinshasa était congolais? Quelle serait votre réaction si vous entendiez un citoyen congolais de Rutshuru, Masisi ou Goma parler le Kinyarwanda, langue parlée également en face au Rwanda? Direz-vous qu’il est rwandais ? Monsieur, la vérité est comme la lumière. Si vous avancez avec elle, elle vous éclaire; mais, si vous marchez à son encontre, elle vous aveugle. Ainsi, l’aveuglement vous rend incapable de voir et d’analyser de la même manière des cas qui sont similaires chez tous les compatriotes frontaliers ayant des membres des leurs tribus dans les pays voisins. Laissez-moi vous dire aussi que le fait de parler en criant haut et fort et sans arrêt ne signifie pas que l’on a raison et inversement, se taire ne signifie pas que l’on a tort.

A vrai dire, les Banyamulenge n’ont pas un problème de nationalité en RDC. Ils sont plutôt victimes d’une haine ethnique de la part de certains de leurs compatriotes. Moi qui vous écris, je suis natif du secteur d’Itombwe, territoire de Mwenga dans le Sud-Kivu. Encore tout jeune, j’avais vu le livret d’identité de mon grand père paternel lui délivré par les belges. Son emballage d’origine était un étui métallique brillant (probablement en aluminium) frappé de l’effigie d’une étoile. Les caractères imprimés dedans étaient en français et en flamand. L’année approximative de sa naissance estimée par le colon belge était 1875, à Gihande, entre Katobwe et Mulenge, dans l’actuelle collectivité Bafuliru en territoire d’Uvira. Comme vous pouvez le constater, de par cette date estimée de la naissance de mon grand père, aucun homme sensé ne peut mettre en doute ma nationalité congolaise. Pourtant, à cause de la haine ethnique et de l’intolérance, j’ai failli être tué par ceux qui m’accusaient d’être rwandais, comme si être rwandais était une infraction punissable par la mort en RD Congo. Au cours d’une nuit de décembre 1981, trois étudiants tutsis (dont moi) furent attaqués presque simultanément dans trois homes différents sur le campus de l’Université de Kinshasa. Le lendemain vers la mi-journée, lorsque j’étais encore couché dans la salle d’urgence des cliniques universitaires où l’on soignait mes blessures, j’apprendrai que l’on venait de surprendre un étudiant en train de glisser les tracts dans les toilettes du home 20, lesquels tracts parlaient de l’«opération herbe» qui visait les étudiants tutsi de l’UNIKIN. L’étudiant en question était originaire de Nyantende, dans la périphérie sud de la ville de Bukavu, non loin de la frontière avec le Rwanda. Moins d’une semaine plus tard, les étudiants originaires du Kivu avaient manifesté dans l’enceinte de l’Université avec un calicot sur lequel on avait écrit que tous les tutsi étaient des rwandais (sic). Combien parmi mes agresseurs pouvaient prouver qu’ils étaient plus congolais que moi, surtout ceux-là dont les domiciles des parents étaient juchés sur les hauteurs surplombant les rives occidentales du Lac Kivu et de la rivière Ruzizi à quelques pas du Rwanda voisin et dont la morphologie est identique à celle de la majorité des rwandais? Etaient-ils plus congolais par le simple fait qu’ils étaient des bantous? Permettez-moi de vous dire que ceux de nos voisins qui contestent faussement la nationalité congolaise des Banyamulenge le font sciemment, tout simplement par haine des tutsi. Voilà Monsieur, la danse dans laquelle vous vous êtes mêlé sans en connaître ni la musique ni le rythme. Dès lors que vous connaissez la vérité, allez-vous continuer sur la même voie de l’erreur?

Monsieur, selon moi, votre comportement répréhensible trouve son explication dans ce que je vais vous raconter ici. Tenez. Un soir, au courant des années 80 j’avais suivi sur Télé Zaïre l’émission ‘’Plein Feu’’ dont l’animateur n’était autre que Mr Kwebe Kimpele, devenu votre compagnon dans vos diatribes anti tutsi. Son invité était un sujet belge à qui on avait confiait la mission de redresser la SNCZ (SNCC). Celui-ci parlait des difficultés qu’il éprouvait de la part de ceux qui lui introduisaient les bâtons dans les roues alors qu’ils œuvraient au sein même de cette entreprise. A la question du journaliste de savoir comment cela se faisait, voici ce que lui répondit le PDG : « vous savez, le zaïrois est un génie, malheureusement il met son génie au service du mal». Ça ne vous rappelle pas les mêmes difficultés que rencontra l’allemand Blumenthal à la Banque du Zaïre quelques années auparavant? Cela résume le problème de la gestion de notre pays par son élite. Le fait qu’elle mette son génie au service du mal. Et c’est ce que vous continuez à faire malheureusement. Monsieur, savez-vous qu’à l’accession de notre pays à l’indépendance, son produit intérieur brut équivalait celui du Canada? Aujourd’hui, notre pays est le seul (à ma connaissance) en Afrique où vous ne pouvez trouver même pas une seule route qui le traverse d’Est à l’Ouest et du Nord au Sud. 60 ans après son accession à l’indépendance, notre pays devrait avoir eu des infrastructures routières et ferroviaires dignes de son potentiel économique et de ses dimensions. C’est ce que vous auriez dû faire pendant l’interminable règne du MPR. Direz-vous que c’est à cause du Rwanda ou des Tutsi que vous n’avez pas pu le faire ? Non Monsieur; c’est le génie au service du mal qui a fait son travail. L’essentiel du riz (un cas parmi tant d’autres produits) consommé au pays est cultivé à plus de 8000 km à vol d’oiseau alors que le Bumba, le Sankuru et le Maniema bien aménagés peuvent nourrir toute l’Afrique et au-delà en cette denrée. Ah! Ça me rappelle le projet de Bukanga Lonzo. Sont-ce toujours les tutsi rwandais qui empêchent les dirigeants congolais de procurer du bien être aux citoyens d’un pays où Dieu avait tout mis sauf rien pour qu’ils vivent mieux qu’aujourd’hui? Non Monsieur; c’est le « mal zaïrois » qui continue son bonhomme de chemin. Vous souvenez-vous de dix fléaux identifiés en 1975 par le bureau politique du MPR comme gangrenant la société zaïroise? Combien en aviez-vous jugulés avant la fin de votre régime? Vous connaissez le triste sort que vous avez fait subir aux 13 parlementaires qui, sept ans plus tard, avaient osé rappeler ces fléaux au Président Mobutu.

Monsieur, au lieu de penser au développement du pays pour combler le retard dont votre régime déchu est en grande partie responsable, c’est la nationalité des citoyens congolais qui parlent le kinyarwanda qui vous préoccupe alors que le fait que vous même vous ayez comme langue maternelle une langue parlée de l’autre côté de la rivière Ubangui ne fait pas de vous un citoyen centrafricain. Ça fait honte! Ce n’est vraiment pas digne de vous. Consultez différents classements des indices du développement humain. Presque dans tous les domaines, notre pays se retrouve vers le bas de l’échelle dans tous ces classements, très loin derrière même de petits pays qui n’ont comme richesse que les cerveaux de leurs citoyens. C’est à la fois triste et honteux. C’est dommage que vous n’ayez pas d’yeux pour voir cette sombre situation, mais que vous en ayez pour ne voir qu’une seule frontière sur les neuf que compte notre pays, qui est devenue pour vous une véritable obsession sur laquelle vous concentrez votre temps et votre énergie.

Monsieur, être patriote, ce n’est pas seulement crier en permanence contre le Rwanda; c’est aussi bien gérer et bien gouverner le pays pour une meilleure distribution de ses richesses à ses citoyens. Je me souviens encore de quelques paroles du Président Mobutu qui précédaient les informations en langue française à la radio vers le début des années 70 où il disait : «Mabele tozali na yango, Nzambe atondisa biloko» Pour dire : les terres nous en avons, Dieu en remplies des richesses. Qu’avez-vous fait de ces richesses? Comment les avez-vous distribuées à vos concitoyens pendant votre règne? Direz-vous toujours que c’est à cause des tutsi rwandais que vous n’avez pas pu le faire? Pendant plus de trente ans de règne, votre régime n’est pas parvenu à hisser notre pays sur la voie du développement. Il n’a au contraire que régressé. Curieusement, vous êtes aujourd’hui devenu ce grand donneur de leçon en matière de bonne gouvernance aux régimes qui ont succédé au vôtre. Ça fait tout simplement rire. Vous accusez l’actuel régime rwandais d’être responsable de la tragédie que connaît notre pays depuis plus de 20 ans. C’est normal. Toutefois, permettez-moi de vous dire que vous y avez aussi une grande part de responsabilité. Voici comment. A la fin du régime du Président Habyarimana, les rwandais ont fui dans différentes directions. Il n’y a qu’en RDC où ces refugiés furent accueillis avec leur armée et son arsenal militaire. Le gouvernement rwandais et le vôtre savaient tous les deux ce qui se préparaient dans les camps où ils étaient installés. Nous connaissons la suite. Peut-on frapper volontairement le bâton dans une flaque d’eau et après s’étonner d’être éclaboussé? Or, c’est justement votre cas. Certainement que vous ne vous attendiez pas au retour de la manivelle. Pourtant, en homme averti, vous aviez été témoin quelques années plus tôt de la piètre prestation du corps expéditionnaire militaire zaïrois parti à la rescousse du régime Habyarimana contre les rebelles du FPR. C’est sans honneur ni gloire que vos militaires étaient rentrés au pays après avoir pillé au passage quelques magasins à Kigali. Donc, vous conviendrez sincèrement avec moi que si votre gouvernement avait accueilli ces refugiés chez-nous comme ils le furent dans d’autres pays (sans armes ni arrière pensée), le nôtre n’aurait pas connu une tragédie de l’ampleur telle qu’on l’a connue. Ainsi, d’autres compatriotes peuvent accuser le Rwanda, mais pas vous, parce que nul ne peut se prévaloir de sa propre turpitude.

Quid du vocable ‘’Banyamulenge’’ qui fait couler beaucoup d’encre et de salive depuis belle lurette et qui semble hanter votre esprit? Les termes Baniaruanda[1], Banyarwanda ou Banya-Rwanda[2], les Pasteurs de l’Itombwe[3], les Tutsis de l’Itombwe[4] et les Banyamulenge[5] ont été utilisés pour designer les membres d’une même et seule tribu. Les concernés ont opté pour cette dernière appellation dont Monsieur Depelchin[5] donna explicitement l’origine suite à ses recherches. Selon ces dernières, ce sont les leurs demeurés dans le royaume précolonial du Rwanda qui les appelaient des Banyamulenge en référence à l’endroit où ils s’étaient établis dans ce qui deviendra plus tard l’Etat Indépendant du Congo, en suite le Congo Belge et enfin la RD Congo. Monsieur, en tant qu’intellectuel, vous savez que la nationalité d’un individu ne dépend ni de son nom, ni de celui de sa tribu, de son ethnie, de son facies ou de sa race, mais plutôt de son histoire. Ceci étant bien compris, le débat sur le vocable ‘’Banyamulenge’’ est sans objet. En 1971, des millions des congolais étaient devenus des zaïrois du jour au lendemain. Un jour après ce changement du nom, qui est ce géographe qui pouvait situer le pays appelé Zaïre sur la carte du monde? Aucun. Pouvait-on ainsi conclure que ce pays et ses habitants appelés zaïrois n’existaient pas? Bien que n’existant pas encore dans aucun manuel de géographie et d’histoire, le Zaïre et les zaïrois étaient bel et bien là! Donc, nier la nationalité congolaise aux tribus dont les noms ne se trouvent pas sur une liste que vous détiendriez est un non sens. Vérifiez plutôt leur histoire. A l’origine, le territoire d’Uvira comprenait trois collectivités chefferies crées par un même décret royal à la même date. Il s’agit des collectivités chefferies Bavira, Bafuliru et Barundi. Aujourd’hui, le nom de la dernière parmi les trois a été changé en celui de la Plaine de la Ruzizi par ceux qui ne voulaient pas entendre le vocable ’’Barundi’’ et surtout que la famille régnante de celle-ci est tutsi. Ceux qui ont opéré ce changement, à qui avaient-ils demandé l’autorisation? Direz-vous que cette collectivité chefferie n’existe pas parce que son nom actuel n’existait pas à l’époque coloniale? Je voudrais vraiment avoir une réponse à cette dernière question de votre part. Dans la plaine de la Ruzizi ils n’ont pas voulu l’appellation « Barundi » ; dans les hauts plateaux de Fizi-Mwenga-Uvira, ils veulent imposer celle de « Banyarwanda ». Quelle contradiction! Sûrement que tout est fait en fonction des objectifs à atteindre.

Monsieur, de tout ce qui précède, toute personne sensée peut se rendre compte que de par leur histoire, les Banyamulenge n’ont aucun problème de nationalité en RD Congo, terre des leurs ancêtres. Ils sont plutôt victimes de l’intolérance et de la haine ethnique comme tous les autres tutsis à l’Est de notre pays, de la part de certains extrémistes congolais. Je vous ai relaté comment j’ai failli mourir parce que je suis tutsi. Beaucoup parmi les miens n’ont pas eu, comme moi, la chance de survivre face à l’intolérance. Ils ont été exécutés dans différents endroits de notre pays à cause de leur facies. Et ce n’est pas encore fini car ça continue jusqu'à ce jour dans les hauts plateaux de Fizi-Mwenga-Uvira. Je termine par ce cas tout à fait singulier. En 1993, au lendemain de l’assassinat du Président hutu burundais Melchior Ndadaye, un jeune étudiant Munyamulenge quitta Bukavu pour se rendre à Uvira en compagnie d’autres compatriotes bantous en passant par le Rwanda comme il était de coutume(jusqu’au début de la pandémie en cours), pour rentrer au pays par Kamanyola. Au niveau de Bugarama (en face de Kamanyola) au Rwanda, le jeune Muyamulenge fut extrait du véhicule, tué à la machette tandis que ses compatriotes congolais continuèrent leur route jusqu'à destination. Qu’est ce qui s’est passé? Des hutus rwandais vengeant (au Rwanda) un hutu burundais tué par des tutsis burundais (au Burundi) sur un tutsi congolais! C’est ça le drame de l’Est. Voilà la situation sur laquelle vous continuez à verser de l’huile à travers vos déclarations mensongères qui trouvent des caisses de résonnance dans l’Est de notre pays dont, apparemment, vous ignorez complètement l’histoire.

Monsieur, je pense qu’il n’y aura jamais dans notre pays une loi qui rendra apatride une partie de ses citoyens, quelle que soit la détermination des quelques extrémistes anti tutsi. Je crois que la voix de la majorité de nos compatriotes qui sont lucides et qui aspirent à la paix et à une cohabitation pacifique prévaudra sur la haine d’une minorité extrémiste.

Monsieur, il n’est jamais trop tard pour bien faire. Je reste convaincu que le jour où tous les responsables congolais mettront leur génie au service du bien-être des populations de leur pays, celui-ci décoléra pour la réalisation du rêve des pères de l’indépendance. A savoir, bâtir un pays plus beau qu’avant dans la paix et en assurer la grandeur. A ce moment-là, les guerres inutiles et interminables, la misère des populations d’un pays immensément riche potentiellement, l’intolérance, la haine ethnique et son cortège de malheurs n’auront plus droit de cité dans notre pays. Etes-vous prêt pour mettre la main à la pâte? Attendons voir.

Respectueusement,



Jean Baptiste RUTHIRIRIZA NKANIKA


Le 27/09/2020


Références


[1]. Terme utilisé dans les documents officiels référenciés dans cette lettre

[2]. Etude Ethnographique de l’Itombwe(District du Kivu, Congo Belge), par Frédéric Hautmann, 1949

[3]. Les Pasteurs de l’Itombwe, in Revue Science et Nature 8(1955) : 3-12 par Maquet, Jacques J.

[4]. Notes sur les Tutsi de l’Itombwe, Bulletins et Mémoires de la Société d’Anthropologie de Paris, tome 7, XI série, 1965, pp. 361 à 371 par J Hiernaux.

[5]. From pre-capitalism to imperialism: a history of social and economic formations in Eastern of Zaire (Uvira Zone, c. 1800-1965), 1971, by Jacques M. François Depelchin

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