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Persécution des Banyamulenge : quand l’État fabrique l’illusion de la protection

  • Paul KABUDOGO RUGABA
  • il y a 7 jours
  • 3 min de lecture


Le rapport de Human Rights Watch, bien qu’enveloppé d’un langage excessivement prudent — évoquant de simples « risques » alors que des crimes sont en cours de commission, car il ne s’agit nullement de menaces hypothétiques mais de faits établis, documentés et observables — a néanmoins produit des effets politiques limités, mais révélateurs. Nous l'encourageons à continuer et à le faire d'avantage.

Pour la première fois, William Yakutumba, général Maï-Maï autoproclamé et acteur central de l’insécurité chronique dans la région, a été contraint d’affirmer publiquement que les Banyamulenge sont des citoyens congolais à part entière, conformément à la Constitution. Pour la première fois également, le gouverneur d’Uvira, M. Purusi, a accepté qu’un membre de la communauté banyamulenge s’exprime publiquement devant lui afin d’exposer les doléances de sa communauté. Toutefois, ces gestes, présentés comme des avancées politiques, relèvent davantage d’une opération de communication que d’une rupture réelle avec les pratiques structurelles d’exclusion, de stigmatisation et de persécution.

Cette mise en scène a surtout servi à produire des images soigneusement calibrées — vidéos, photographies et déclarations officielles — destinées à être diffusées à l’échelle nationale et internationale afin de soutenir un récit étatique mensonger : celui d’une prétendue sécurisation des Banyamulenge. Les discours qui accompagnent ces images, loin de rassurer, trahissent une opération cosmétique maladroite et confirment l’existence d’une violence systémique exercée contre les Banyamulenge, doublée d’une stratégie délibérée de dissimulation plutôt que de protection.

En dépit du changement de ton adopté par l’administration locale d’Uvira, aucun changement substantiel n’est observable sur le terrain. Les Banyamulenge bloqués à Uvira ne peuvent toujours pas se déplacer librement dans les rues sans craindre pour leur vie. Ceux qui vivent dans les Hauts Plateaux sont dans l’incapacité totale de regagner leurs foyers. Les structures de violence demeurent intactes, les discours de haine persistent et se banalisent, et l’impunité reste la norme. Les barrières érigées sur les axes menant aux Hauts Plateaux des Banyamulenge restent opérationnelles et ne ciblent qu’une seule communauté : les Banyamulenge.


Survivre devient une faute : la persécution organisée des Banyamulenge en RDC

La fuite des Banyamulenge, victimes de violences ciblées, d’Uvira vers Kamanyola est cyniquement instrumentalisée comme une prétendue preuve de leur « non-congolité ». Selon cette logique perverse, rester en vie devient un crime, et survivre à un massacre constitue une faute politique. Pour leurs détracteurs, la seule preuve acceptable de loyauté nationale aurait été qu’ils demeurent sur place pour se faire exterminer.

Fidèle à son sarcasme cynique et à un esprit que l’on pourrait qualifier de sadique, le groupe Akagara saisit la fuite des familles banyamulenge comme un prétexte commode pour alimenter un récit mensonger. Il évoque, sans rigueur ni honnêteté intellectuelle, une prétendue déportation forcée des Banyamulenge vers le Rwanda. Or, cette affirmation relève davantage de la manipulation discursive que de la réalité des faits, lesquels ne témoignent nullement d’une telle opération, mais bien d’un déplacement contraint par l’insécurité et la violence.

Des tels raisonnements, tolérés, banalisés et parfois relayés par des responsables locaux, démontrent de manière éclatante que la République démocratique du Congo demeure très éloignée des principes élémentaires de l’État de droit.

À la suite de la publication du rapport de Human Rights Watch, le gouvernement de Kinshasa l’a rejeté en bloc, suivant un réflexe désormais routinier : transférer mécaniquement la responsabilité des crimes à l’AFC-M23. Cette version officielle relève d’une falsification manifeste des faits. L’AFC-M23 est entrée à Uvira et en est sortie sans qu’aucune effusion de sang n’ait été signalée. Avant même son retrait, le mouvement avait appelé à une relève par la MONUSCO et à une remise et reprise encadrée. Cette transition n’a toutefois jamais eu lieu, en raison de la lourdeur bureaucratique onusienne.

Face à des pressions internationales persistantes, notamment américaines, dans un contexte où les grandes puissances s’autorisent des décisions unilatérales au mépris du droit international, l’AFC-M23 a finalement quitté la ville. Selon de nombreux témoignages concordants de la population locale, le mois de son occupation a été le seul de l’année durant lequel les habitants ont vécu sans tracasseries, sans pillages, sans viols et sans tueries.

Persister à nier cette réalité, c’est non seulement insulter la mémoire des victimes, mais aussi refuser délibérément d’assumer les responsabilités politiques, sécuritaires et juridiques qui incombent à l’État congolais et à ses relais locaux.


Le 26 janvier 2025

Paul Kabudogo Rugaba

 
 
 

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