Quand les Bombes parlent et que le Monde se Tait
- Paul KABUDOGO RUGABA
- 6 déc. 2025
- 3 min de lecture

La récente signature, à Washington, d’un accord réunissant trois chefs d’État — ceux des États-Unis, du Rwanda et de la République démocratique du Congo — demeure entourée d’un voile d’opacité. Quel en est le contenu réel ? Nul ne le sait. Fait intrigant : les présidents du Kenya, de l’Angola et du Burundi étaient également présents, mais aucun d’eux n’a apposé sa signature. Leur rôle dans cette rencontre demeure tout aussi énigmatique que l’accord lui-même.
L’accord de paix présenté comme « historique » par le président américain Donald Trump n’aura, au-delà de la mise en scène diplomatique, guère réussi à dissiper la méfiance palpable entre les deux signataires : Paul Kagame et Félix-Antoine Tshisekedi.
Trump, fidèle à son goût pour les superlatifs, avait voulu célébrer ce qu’il qualifia de « grand miracle », censé mettre un terme à l’un des conflits les plus dévastateurs de la planète. Pourtant, les deux présidents concernés — celui du Rwanda et son homologue de la République démocratique du Congo — étaient loin de partager son enthousiasme.
Rassemblés à Washington ce jeudi 4 décembre, ils se sont soigneusement abstenus de se serrer la main ou même d’échanger un regard, leur froideur étant si visible que Donald Trump, amusé, s’est permis une pointe d’ironie :« Regardez comme ils s’aiment, l’un l’autre… »
Cette scène, aussi brève que révélatrice, a suffi à montrer que derrière les déclarations triomphales et les photos officielles, l’accord demeure fragile, suspendu à des intérêts divergents et à une méfiance que nul cérémonial ne saurait effacer.
Sur les réseaux sociaux, les spéculations prolifèrent : pour les uns, il s’agirait d’un accord de paix ; pour d’autres, d’un pacte économique ou sécuritaire. Pourtant, depuis la reprise des hostilités le 2 décembre 2025, la situation sur le terrain contredit toute idée d’apaisement.
Dans la plaine de la Ruzizi, les bombes en provenance du Burundi s’abattent avec la régularité d’une pluie diluvienne, transformant la région en un véritable abattoir humain. Une arme lourde, identifiée comme un système BM, a été installée sur une colline burundaise et pilonne quotidiennement le centre de Kamanyola. Maisons, écoles, hôpital : tout a été réduit en ruines. Le Burundi semble déterminé à nuire, dans une logique qui rappelle tristement celle des Wazalendo et de certaines unités des FARDC.
Au retour du président congolais, nombreux étaient ceux qui espéraient entendre un message de paix. Il n’en fut rien. Les discours officiels paraissent plutôt destinés à manipuler l’opinion publique, à présenter la RDC comme victorieuse alors même que sa population continue de mourir à l’Est.
Le 6 décembre 2025, deux hélicoptères burundais ont de nouveau bombardé des villages banyamulenge, notamment à Rugezi et Gakangara. L’un d’eux s’est écrasé dans le lac Tanganyika ; l’enquête a révélé la présence de pilotes blancs, des mercenaires. Au-dessus des villages, les nuées de drones décollant de Bujumbura et de Kalemie continuent de quadriller le ciel. Où va-t-on ainsi ?
Pendant ce temps, le président burundais est rentré discrètement dans son pays, conscient du mécontentement de sa propre population face à l’engagement militaire du Burundi dans ce conflit aux portes du Kivu.
Sur les Hauts Plateaux, l’armée burundaise maintient ses positions et bloque les axes routiers, empêchant l’acheminement des biens essentiels vers la communauté banyamulenge, déjà affaiblie par la famine.
Parallèlement, prolifèrent sur les réseaux des pseudo-analystes qui ne livrent que des impressions personnelles, incapables de révéler les dynamiques profondes de la crise. S’y ajoutent des « prophètes » improvisés, revendiquant avoir tout annoncé et prétendant même connaître la suite des événements. Lorsque la réalité contredit leurs affirmations, ils disparaissent dans le silence.
Cette confusion, ce retard volontaire dans l’analyse, servent ceux qui ont fait de la famine une arme contre les Banyamulenge. Cette communauté, parmi les plus vulnérables du pays, ne demande pourtant que le strict minimum : le droit de circuler librement comme tout citoyen.
Le monde, lui, semble lui avoir tourné le dos, comme si la communauté Banyamulenge ne figurait pas dans le cercle restreint de ceux qui méritent compassion. Voilà le visage de notre justice internationale : qu’un chat ou un chien appartenant à un Américain soit maltraité, et le monde médiatique s’enflamme. Mais qu’un génocide ravage les Hauts Plateaux contre les Banyamulenge, ou l’Ituri contre les Hema, et les mêmes médias restent muets.
Dans la logique politique actuelle, étouffer les catastrophes humanitaires provoqués revient à proclamer la paix. Comme le disait Tacite : « Là où ils font un désert, ils appellent cela la paix. »
Le 6 décembre 2025
Paul Kabudogo Rugaba




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