Uvira, aux Portes de l’Aube : Quand la Vérité Traverse enfin les Montagnes du Sud-Kivu
- Paul KABUDOGO RUGABA
- 5 déc. 2025
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La libération de la ville d’Uvira approche. Elle flotte déjà dans l’air comme un souffle annonciateur, palpable et imminent. Ce n’est plus qu’une question de jours, et non de mois ni d’années. Ceux qui ont attisé les flammes du conflit mesurent désormais, avec amertume, les conséquences de leurs choix. Car si l’on sait toujours comment une guerre éclate, nul ne peut réellement prévoir comment elle s’achève. Si Antoine Félix et Évariste Ndayishimiye avaient eu la sagesse d’en saisir la portée, ils auraient compris la profondeur de cet adage que l’histoire ne cesse de confirmer.
Aujourd’hui, ils s’agitent et crient aux abois ; hier encore, ils se frappaient la poitrine en célébrant des victoires imaginaires. Ironie du destin : Évariste, fraîchement revenu des États-Unis, cherche maintenant à regagner son pays en rampant, animé par une peur qui l’empêche même de monter dans un avion. Le renversement est saisissant.
La libération d’Uvira ne représentera pas seulement l’allégement du fardeau d’une population meurtrie par les exactions des Forces armées congolaises autoproclamées Wazalendo ; elle inaugure une perspective plus vaste. Elle ouvre l’aube d’un processus de reconstruction politique, sociale et morale pour tout l’Est de la République démocratique du Congo, une région minée depuis des décennies par le vieux démon d’une idéologie ségrégationniste et génocidaire qui a façonné, ensanglanté et défiguré la vie de millions de personnes. C’est ici, dans cette partie du pays, que se sont établis les laboratoires les plus funestes de cette pensée destructrice — laboratoires dont la production n’a cessé d’endeuiller la région.
Le Burundi demeure un acteur présent, mais dont l’action reste limitée sans l’appui de la RDC. Quant à la Tanzanie, elle semble avoir tiré les enseignements de ses engagements passés : ses bataillons dépêchés sous la bannière de la SADEC, censés « chasser les corbeaux », n’avaient guère tenu un mois avant de se retirer plus précipitamment que les oiseaux qu’ils prétendaient pourchasser. C’est là une nouvelle ironie de l’histoire, rappelant que nul ne peut étouffer éternellement la vérité ni verrouiller la justice.
La libération de l’Est de la RDC permettra aux Congolais d’exprimer leur diversité linguistique tout en adoptant un langage commun : celui du patriotisme sincère, loin du simulacre idéologique brandi par les Wazalendo. Un langage de paix, de progrès et de responsabilité collective. Un langage qui ne mesurera plus la citoyenneté à la largeur du nez, ni à l’appartenance ethnique, mais à la contribution réelle de chacun à la construction de la nation.
Nous entrerons dans une ère où les intérêts communs primeront sur les calculs identitaires, bannissant le tribalisme et l’exploitation d’une population longtemps tenue sous le joug d’élites prédatrices. Ce sera une période qui fera disparaître les éternels boucs émissaires, qui effacera le narratif toxique d’« infiltrés », de « vrais » et « faux » Congolais, de « Wazalendo », de « Maï-Maï , de la balkanisation » et d’autres vocables forgés pour diviser.
Dans cette nouvelle ère, les Tutsi ne seront plus relégués au rang d’indésirables. Ils ne seront plus déracinés ni condamnés à l’errance. Ils retrouveront leur dignité pleine et entière, ainsi que la jouissance concrète de leurs droits de citoyens. La paix traversera les montagnes comme une brise matinale sous les premiers rayons du soleil.
Les charlatans des églises, eux aussi, disparaîtront peu à peu : ces marionnettistes des synthétiseurs qui, au simple frémissement d’un doigt sur le clavier, se mettent à sautiller en invoquant des miracles aussi bruyants qu’illusoires, à l’image de la danse frénétique d’« igisirimba ». Leur ère touchera à sa fin, supplantée par une spiritualité plus digne, plus humaine et plus respectueuse de la raison.
« Alléluia » retrouvera sa véritable valeur : celle d’exprimer une joie authentique, profonde, au lieu d’être réduit à un simple slogan ou à une formule pseudo-magique destinée à envoûter les âmes crédules pour mieux les manipuler. La vocation spirituelle pourra enfin se distinguer des ambitions étouffées, dévoyées et mal orientées qui l’avaient dénaturée. Dans cette ère nouvelle, l’Église verra renaître de véritables pasteurs, des guides intègres, tandis que les loups ne pourront plus se draper du manteau des bergers.
Le 5 décembre 2025
Paul Kabudogo Rugaba




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