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  • Paul KABUDOGO RUGABA

MINEMBWE, UNE AUBAINE POUR LES POLITICIENS OUBLIES

Alors que cela paraissait un geste anodin, l’installation des animateurs de la commune rurale de Minembwe par le ministre provincial de l’intérieur, sécurité et affaires coutumières a été mise en orbite et diffusée en boucle par les médias locaux, mais aussi à travers les réseaux sociaux qui s’en ont largement fait écho. Les commentaires sur cet événement ont rapidement viré en un duel acharné entre, d’une part ceux qui considèrent cet acte comme une officialisation d’un processus administratif - non suspect - dûment abouti, et d’autre part, ceux qui s’agglutinent au tour des allégations sur l’imaginaire de la balkanisation qu’une frange de politiciens extrémistes et tutsiphobes font abusivement porter à la communauté Banyamulenge. Le discours de Bitakwira sur l’affaire Minembwe, savamment placé dans un contexte particulier de conflits armés dans les Hauts et Moyens-Plateaux de Fizi a été l’élément déclencheur ayant mis le feu aux poudres jusqu’à secouer certaines sensibilités politiques et ecclésiastiques, obligeant même l’Assemblée Nationale à se saisir du dossier.

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L’honorable Nzangi Muhindo à la manœuvre

Alors que le Président de la République, Chef de l’Etat, Félix Antoine Tshisekedi Tshilombo venait de lancer un appel à l’apaisement en promettant la mise en place d’une commission faite d’experts non originaires de la province du Sud-Kivu pour tirer les choses au clair, l’honorable Nzangi Muhindo eut l'air de désapprouver cette démarche. Rien ne pouvait l’arrêter dans sa démarche de proclamer Minembwe comme terre occupée par les étrangers que Bitakwira a vu venir du Rwanda après les années 60 (lui-même étant né en 1960), ou que l’honorable Bulakali donne comme 1959 leur date d’arrivée, mais qui ont quand-même été accueillis à Fizi en 1973 selon les déclarations des chefs coutumiers Babembe de la place.

A l’initiative de l’acte d’interpellation du Ministre d’Etat Azarias Ruberwa à l’Assemblée Nationale (au 19/10/2020), Muhindo et ses pairs extrémistes de l'Est ont mis dans leurs intérêts s’est montré coincé dans des excès de haine contre les tutsi auxquels appartient la communauté Banyamulenge. D’entrée de jeu au Palais de la Nation, il s’est illustré en homme qui cache mal son animosité contre une communauté qu'il confond pêle-mêle au processus d'acquisition du statut de commune rurale par une Entité Territoriale Décentralisée (ETD) qui n’est autre que Minembwe. Incapable de penser le nouveau mode de développement axé sur les ETD, il ne pouvait que cibler à la fois et maladroitement la communauté Banyamulenge en général et le Ministre Ruberwa en particulier. A cet effet, et comme s’il ne se souvenait plus de l’objet de ladite interpellation, Muhindo choisira de promener ses collègues députés sur une autre piste. Ces derniers se sont laissés à leur tour entraîner au gré des envies du désormais célèbre député Muhindo. Il leur a ainsi fait embrasser la cause nationale contre la Balkanisation, et les a incités à être à la tête d'une croisade contre les Banyamulenge, porteurs du projet, selon l’honorable‼

Par cette malveillante subtilité, Muhindo se savait bien en position de soumettre tous ceux qui ne marchent pas avec lui à des pressions populistes. Tel a été sans équivoque son objectif. A travers sa rhétorique tutsiphobe, il n’a cessé d’exacerber les téléspectateurs par son assurance et son arrogance. Par ailleurs, il a essayé de compenser son ignorance avérée de l'histoire de la RDC en usant du mensonge et en se servant d’affirmations grotesques ! Malgré ses incongruités qui n’ont pas manqué d’énerver les règles de bonne conduite à l’Assemblée Nationale, une partie de l’audience a délibérément pris faits et cause pour l’honorable Muhindo et le lui ont manifesté de la plus grotesque des manières.

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Azarias Ruberwa et la théorie de « adversaire affaibli, adversaire inoffensif »

Le Ministre d’Etat en charge de la décentralisation et réformes institutionnelles, Mr. Azarias Ruberwa est connu comme impitoyable au chapitre de l'honnêteté et de transparence. En chrétien convaincu, il est de ceux-là qui aimeraient mieux quitter leurs postes plutôt que de le sauver par la ruse et le mensonge. Cependant, en dépit de son intégrité, il a été déclaré hérétique par une bonne frange « d’élus légitimes du peuple » comme le concerné prenait sagement soins de les appeler. De l’honorable Henriette à Ambatobe en passant par Eve Bazaiba, il ne sortait une intervention sans qu'on ne lâche une invective, ou contre le Ministre Azarias (en tant que chef du RCD), ou contre les tutsi en général ! A chaque prise de parole s'exprimait la même perception d'un imaginaire projet de Balkanisation du pays qu’on fait porter aux tutsi Banyamulenge. La déclaration de Mgr. Muyengo à Kinshasa, le 5 Octobre 202, vient s'inscrire dans le prolongement de cette représentation, poussant ainsi plus d’un à se convaincre de l’éventualité pour la CENCO à devenir cette officine qui flirte avec le populisme radicale‼

En acceptant volontiers de répondre à toutes les questions liées à sa note d'interpellation, et prêtant peu d’attention aux motifs secrets et personnels qui animaient certains députés, le Ministre Azarias était pourtant confiant de se faire entendre et espérait convaincre par ses arguments irréfutables et par la fiabilité des preuves apportées !

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A présent, Bitakwira tend sa main à tout le monde ; même aux Banyamulenge

A sa sortie de l’audience lui accordée par le Président de la République dans le cadre des consultations pour l’union sacrée, Bitakwira s’est auto-présenté en homme de paix. Il a prétendu tendre la main à tout le monde, « même aux Banyamulenge ». Par cette déclaration pourtant, Bitakwira fait preuve d’un machiavélisme en faisant croire au Chef de l’Etat qu’il possède la clé de la pacification pour l’Est de la RDC. D’aucuns - sauf ceux qui sont nés de la dernière pluie - n’ignorent que la main de Bitakwira est une main armée, une main fatale et mortifère ! A la moindre idée de le savoir éventuellement mandaté par le Président de la République pour une campagne de sensibilisation sur la paix dans les Hauts et Moyens Plateaux d’Uvira, Fizi et Itombwe, fuse l’unanime scepticisme au sein de toutes les communautés concernées par le conflit. Comme pour dire qu’on n'invite jamais un loup à arbitrer un match de moutons!

En effet, poussée à son paroxysme, la haine de Bitakwira contre la communauté Banyamulenge a fini par inciter l’ancien ministre de développement rural à soulever une partie de congolais contre une ETD jusqu’à réclamer son annulation. Originaire du Sud-Kivu et autorité morale de la milice MAI-MAI, il savait pertinemment qu'il suffit de jeter quelques noms en pâture (Minembwe, Tutsi Banyamulenge et Azarias Ruberwa), de déformer les faits ou de les surinterpréter pour que des torrents de boue se déversent sur les concernés sans qu'aucun argument contradictoire ne puisse être ni entendu, ni soutenu. Ces noms sont même devenus des véritables antidotes contre la morosité lui exprimée par sa base électorale lors des dernières élections législatives de 2018 qu’il a perdues par un échec cuisant.

Point n’est donc besoin d’indiquer qu’après son discours sur la question de Minembwe, les habitants de cette entité puissent se douter du sort funeste qui les attend. Après près de 4 ans que ses villages sont à feu et à sang, la communauté Banyamulenge contre qui les populistes se déchaînent -Bitakwira au premier plan- n'en sont donc pas à leur moment de répit. Sa main tendue n’est qu’une plaisanterie dont se méfient ceux qui connaissent « le Jogo » comme prenant toujours pour le soulèvement populaire, sa stratégie d’accéder au pouvoir.

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La pierre lancée avec bonté ne siffle pas, dit-on

Le durcissement de la rhétorique à l'égard des Banyamulenge par les géniteurs de l'entreprise tutsiphobe remet en cause tout espoir de réconciliation/ pacification initié par le président de la République à travers la caravane de la paix. Les fondamentaux de l'intervention du Président de la République sur la mise en garde contre tout agitateur des conflits ont été dans les faits, et à travers la réalité sur le terrain, bafoués par la virulence et la pathogénicité du virus de haine telle qu'inoculé par Bitakwira, Mukwege répandue dans la nature par Nzangi Muhindo, Martin Fayulu, etc., jusqu’à générer des souches endémiques.

Si le discours incendiaire de BULAKALI en Nov. 2019 à Baraka a accentué la méfiance entre la communauté Banyamulenge et ses voisins, celui de Bitakwira, ayant généré des nouvelles tensions, est venu envenimer une situation déjà explosive contre cette communauté dévastée et exposée aux funestes ambitions de MAI-MAI. En prenant la responsabilité d'aborder le sujet de cette façon, Bitakwira et associés désobéissent à la recommandation du Chef de l’Etat, et sont par conséquent disqualifiés pour toute initiative destinée à réparer le tissu social abîmé.

Quoi qu’il en soit, on retiendra que l’acharnement contre le Ministre Azarias Ruberwa et sa communauté, tout injuste et cruelle qu'elle soit, présente dans l'avenir d'assez de grands avantages sur le plan de visibilité de la commune rurale de Minembwe, l'une des plus enclavées du pays, grâce notamment aux visites des diplomates et journalistes de renommée mondiale.


Kinshasa, le 11 novembre 2020


Mukulu Le Patriote

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